[Dossier] Radicalisation : Toulouse innove dans la prévention

INTELLIGENCE COLLECTIVE – Alors que s’achève la troisième semaine du procès d’Abdelkader Merah, la question des mécanismes conduisant des personnes à sombrer dans la radicalité violente et dans le terrorisme s’invite à nouveau au coeur des débats. Depuis les attentats perpétrés par Mohamed Merah et ceux qui ont suivi, les pouvoirs publics multiplient les plans pour endiguer le phénomène. Un nouveau plan national de prévention de la radicalisation devrait voir le jour en décembre, a annoncé Emmanuel Macron. A Toulouse, des chercheurs, des parents de jeunes tombés dans le djihadisme, des associations croient au potentiel de la pédagogie, du dialogue et de la prévention. Et imaginent des alternatives à une réponse basée sur le tout-sécuritaire.

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Quand le processus de radicalisation mène au pire, reste l’émotion. Ici la foule rassemblée après les attentats contre Charlie Hebdo.

Le temps des procès est souvent un moment douloureux qui ravive les blessures. Mais lorsqu’il s’agit d’un sujet touchant l’ensemble de la société comme c’est le cas de celui d’Abdelkader Merah, c’est aussi l’occasion d’une réflexion collective. Les audiences qui se tiennent en ce moment à Paris nous rappellent ainsi que depuis les attentats de Mohamed Merah à Toulouse en 2012, il ne s’est pas passé un mois sans que le mot radicalisation ne vienne hanter l’actualité. Cinq ans depuis lesquels les autorités semblent jongler avec cette notion sensible.

Récemment, Emmanuel Macron annonçait ainsi un nouveau plan de prévention de la radicalisation pour la fin d’année, dont la principale mesure est l’expérimentation d’un centre pour « personnes radicalisées sous main de justice ». Un projet visant la prise en charge de mis en examen ou de condamnés, mais non incarcérés faute de preuves suffisantes ou bénéficiant d’un sursis avec mise à l’épreuve. Une réponse à l’échec du premier centre de déradicalisation de Pontourny, fonctionnant sur la base du volontariat. Car, depuis 2012, la déradicalisation a fait l’objet de beaucoup d’échecs et même d’abus de la part de structures alléchées par les fonds dégagés par l’État. « On a voulu montrer que l’on faisait de la prévention mais sans comprendre le phénomène.

On a appliqué des remèdes sur une blessure que l’on ne connaît pas. Et cela a participé à alimenter l’hystérie collective », regrette Jérôme Ferret, sociologue à l’université Toulouse Capitole. Avec des chercheurs issus des trois facultés de la ville, il a créé la plateforme Radicalités et régulations, un organisme inédit destinée à rassembler les compétences universitaires locales afin d’ériger les sciences sociales en solution. « À Toulouse, on ne sait rien de l’histoire du phénomène et de sa réalité. Le traumatisme de l’affaire Merah n’a par exemple jamais été vraiment débriefé. L’idée de la plateforme est d’en avoir une meilleure connaissance ainsi qu’une vision de son ampleur pour mettre ensuite des outils à disposition des acteurs de terrain. »

«  On a appliqué des remèdes sur une blessure que l’on ne connaît pas »

En Haute-Garonne, la préfecture estime que 300 personnes sont suivies pour radicalisation, un chiffre et un terme qui ne reposent sur rien de concret selon le chercheur : « C’est ce que j’appelle un concept-écran. Mais si on l’accepte, il faudrait le définir comme un processus qui pousse un individu à dévier du statu quo culturel et à le mener, ou pas, à la violence politique. Un mécanisme complexe, pouvant comporter différents stades et niveaux d’intensité et qu’il faudrait ne plus seulement analyser par le prisme psychologique ou de la santé mentale. » Autre erreur, selon Jérôme Ferret : l’obsession du moment de bascule vers la violence. « C’est une question à laquelle nous n’avons pas de réponses mais c’est une mauvaise piste comme le fait de scinder vie réelle et vie numérique ou actions de groupe et loup solitaire. Encore une fois, ce sont des processus profonds qu’il faut identifier à l’aide notamment de la sociologie. » Autant de recherches qui prendront certainement du temps mais en se mobilisant, les universitaires toulousains espèrent bien œuvrer en faveur du décloisonnement des savoirs et mettre l’intelligence collective au profit de la société.

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