[Dossier] Une oasis de verdure au pied des tours

Stolon. Avides de jardinage, en recherche de lien social ou proches de la nature, des citadins se sont regroupés pour créer un jardin partagé au pied de leur immeuble. Une initiative permettant de répondre à leur envie tout en palliant le manque d’espace. L’association Partageons les jardins les y aide.

© Franck Alix
© Franck Alix

Il est 15 heures. Au pied des immeubles de la résidence Rixens, à Borderouge, Berte prépare déjà sa dernière couche de lasagnes. Il n’est pas question ici de cuisine mais bien de jardinage. « Il s’agit d’une technique visant à reconstituer la terre. Je commence par couper les adventices (mauvaises herbes), puis je les recouvre de carton. Par-dessus, je place une couche de feuilles mortes, puis une de déchets organiques, comme des épluchures de légumes. Ensuite, je tapisse le tout d’un paillage de copeaux de bois », explique Berte. Elle a appris la méthode sur Internet et la teste maintenant grandeur réelle.

Car même si elle vit en appartement, cette amoureuse de la nature s’est prise à rêver d’espaces verts aménagés, où les végétaux, les insectes, les animaux et les hommes pourraient évoluer ensemble. Un endroit accueillant et paisible où tous les habitants de son immeuble pourraient se retrouver et nouer des liens autour d’une même activité. « J’avais d’abord pensé à un écoparc participatif mais le projet s’est avéré trop complexe », confesse-t-elle. Accompagnée de quelques voisines, elle sollicite l’association Partageons les jardins pour les aider à identifier leurs besoins et organiser la création de l’espace naturel auquel elle songe.

«  Ce qui m’intéressait, c’était de revenir à la terre et de préserver la biodiversité du lieu »

« Au préalable, il est important de recueillir les souhaits de tous les habitants et de tous les inviter à participer, car le but indirect et pourtant primordial, est de créer du lien social entre les résidents d’un même immeuble », précise Alice Thouvenin, cofondatrice de Partageons les jardins. Ensemble, habitants et membres de l’association dessinent les jardins, établissent un règlement intérieur et décident du mode de gouvernance. Ainsi, une dizaine de parcelles sont délimitées.
Slalomant, brouette à la main, Berte parvient à la sienne : « Chacun l’exploite comme il l’entend. Moi, j’y plante du maïs, du tournesol, des tomates, des melons et des capucines ». Mais elle avoue que les débuts ont été difficiles : « Je n’y connaissais pas grand-chose. Ce qui m’intéressait, c’était de revenir à la terre et de préserver la biodiversité du lieu. » Pour aider les apprentis jardiniers, Partageons les jardins accompagne durant un an la création, le développement et la gestion des initiatives qu’elle soutient. « Sous forme de cours mensuel, nous leur apprenons les techniques de base, à faire leur propre semence, leur donnons des conseils en tout genre », énumère Alice Thouvenin. « Elle nous a également épaulés pour construire notre cabane de jardin, nous prête des outils ou nous explique comment planter nos arbres fruitiers. Même, elle nous a enseigné à faire des potions de purins d’ortie et de prêle, pour enrichir nos jardins », témoigne Berte, fière de montrer le cerisier, le plaqueminier et l’abricotier qui parsèment le bas de son immeuble.

Aujourd’hui, plus de 135 jardins collectifs ont été aménagés dans la région toulousaine grâce à l’aide de Partageons les jardins. Un réseau donnant l’opportunité à ses adhérents de partager plus que leur jardin. « Nous échangeons nos connaissances, nous permettons à d’autres de ne pas faire les erreurs que nous avons commises, nous troquons même nos graines », commente Berte. Pour qu’ils puissent croiser leurs expériences et s’enrichir de celles des autres, Partageons les jardins organise des rencontres entre les différents collectifs. Animatrice du réseau, Violaine Lamouret veille à ce que la communauté reste en constant mouvement : « Ateliers, animations lors de festivals, mise à jour de la grainothèque, sensibilisation au jardinage écologique… Autant d’outils qui nous permettent de dynamiser l’ensemble et de diffuser nos valeurs de gestion participative et de respect de l’environnement. »
Des notions chères à Berte, qui a même tenté de les transmettre aux enfants de la résidence Rixens. Le collectif leur a réservé de grands bacs en bois, situés à proximité des parcelles de jardins. Mais les enfants ne s’étant pas bousculés pour les entretenir, il a finalement été décidé de les exploiter autrement. « Je pense que nous allons y planter des plantes médicinales », atteste la jeune femme qui regorge d’idées pour diversifier au maximum le jardin de Rixens.

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