[Dossier] Ne plus être à l’étroit sous son toit

BON DÉBARRAS. C’est un terme que l’on aurait bien aimé laisser au siècle où il est apparu. Le XIXe, celui des premières politiques hygiénistes et de lutte contre les taudis. Le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre vient rappeler la réalité, tel un mauvais anachronisme : plus de 8 millions de Français sont actuellement touchés par le surpeuplement dans leur logement. Un problème qui ne concerne plus seulement les plus démunis et dont les impacts sociaux sont loin d’être négligeables. De la fluidification de la mobilité dans le parc social aux innovations pour un habitat modulable, le JT a cherché à apporter un peu d’air à tous les étages.

© FAP
© FAP

Quelque 2,7 millions de ménages français vivent dans un logement trop petit, ne correspondant pas à leurs besoins. Soit 8,5 % des familles. Un chiffre avancé par la dernière enquête de l’Insee, datant de 2013. On parle alors de surpeuplement. L’institut statistique considère l’occupation du logement comme normale si l’on y trouve une pièce de séjour pour le ménage, une chambre pour chaque couple, une pour les célibataires de plus de 19 ans, une pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de 7 ans, et sinon, une par enfant. « S’il manque une pièce, la famille est en situation de surpeuplement et ne dispose plus de conditions de vie correctes », explique Sylvie Chamvoux, directrice de la Fondation Abbé Pierre en Occitanie.

« Le phénomène s’accentue et atteint des couches sociales jusqu’à présent épargnées »

L’organisme vient d’ailleurs de publier son 23e rapport sur l’état du mal-logement en France dans lequel elle rappelle que le surpeuplement reste une dimension du mal-logement. « Cette notion qui avait disparu refait surface aujourd’hui, notamment parce que le temps où les membres d’une même famille vivaient ensemble est révolu. Désormais, chacun veut son chez-soi », commente Sylvie Chamvoux. Mais le marché du logement est tendu et les loyers élevés, ce qui ne leur permet pas de prétendre à une habitation correspondant à leurs besoins. Ainsi, sur les 8,6 millions de personnes actuellement en situation de surpeuplement, « 934 000 le sont de manière accentuée. Cette hausse de 17,2 % depuis 2006 s’explique par un différentiel toujours plus important entre les ressources des ménages et les prix de l’immobilier », note la directrice de la fondation.

«  Cette notion qui avait disparu refait surface aujourd’hui »

Et sur ce point, tout le monde est concerné, du locataire de logement social au propriétaire d’une maison privée. « Bien sûr, les populations les plus touchées par le surpeuplement restent les familles monoparentales, les ménages recomposés, devant les jeunes de moins de 30 ans, et les immigrés qui occupent le parc HLM », relève Sylvie Chamvoux. Depuis 10 ans, les classes moyennes sont elles aussi concernées, selon le rapport de la fondation Abbé Pierre, soit 940 000 personnes louant un logement dans le secteur libre ou privé. Et le surpeuplement a également franchi le seuil des propriétaires. « Il s’agit de couples ayant acquis un logement et qui n’ont pas eu les moyens d’en changer quand les enfants sont arrivés, ou qui ne parviennent pas à revendre leur bien », précise la directrice régionale de la fondation. Une situation qui s’applique à 465 720 ménages, dont 30 060 sont en surpeuplement accentué.

« Non seulement le phénomène s’amplifie, mais en plus, il atteint des couches sociales jusqu’à présent épargnées », termine Sylvie Chamvoux. Un constat alarmant, dont l’organisme regrette la tolérance. Tantôt minimisé, tantôt perçu comme inéluctable, le surpeuplement est parfois présenté comme un choix du ménage, voire comme une solution pour répondre à des difficultés de logement.

logement © jt
Sources : Enquête nationale logement 2013, Fondation Abbé Pierre


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.