[Dossier] Le pollinarium : une alerte efficace contre les pollens

Regrouper dans un petit espace les plantes, arbres et arbustes les plus allergisants d’une zone spécifique pour observer leur évolution. C’est le but d’un pollinarium sentinelle. En France, une dizaine de villes en disposent. Parmi elles,Tarbes, la seule d’Occitanie à en être pourvue. Le JT a voulu en savoir plus.

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Les arbres bourgeonnent, les plantes fleurissent, les oiseaux reviennent, le printemps est bien la saison où la nature s’éveille. C’est aussi celle qui marque le retour de ce que l’on nomme “le rhume des foins” dans le langage courant et qui en réalité est une allergie au pollen. Pour informer les personnes touchées par ces allergies et étudier au plus près les plantes qui les causent, plusieurs villes françaises se sont dotées d’un pollinarium sentinelle. Ces jardins de quelques centaines de mètres carrés regroupent les plantes, arbres et arbustes les plus allergisants d’une zone donnée. La France compte une petite dizaine de pollinariums sentinelle, tous pilotés par l’Association des pollinariums sentinelles de France (AFPS).

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« Connaître les bonnes dates d’émission permet aux médecins d’ajuster le traitement des personnes allergiques »

En Occitanie, la ville de Tarbes est à ce jour la seule à disposer d’un pollinarium sentinelle.Graminées en pleine terre et arbres en pots – pour qu’ils restent à taille humaine – s’étendent sur 400 mètres carrés. C’est ici que Christophe Bouhacen, responsable des serres municipales se rend pour observer des plantes comme la houlque laineuse, le fromental, le plantain, la flouve odorante, le dactyle aggloméré et des arbres comme le saule, le cyprès, le noisetier, le bouleau, ou encore le heaulme. Tous sont laissés à l’état naturel, sans ajout d’intrants chimiques et ont été ponctionnés dans un rayon de 20 kilomètres autour de Tarbes. Une sélection poussée jusqu’à l’orientation des plantes. « Pour chaque arbre, nous disposons de quatre échantillons prélevés au Nord, au Sud, à l’Est et à l’Ouest de la zone. Pour les plantes, nous prenons 20 échantillons dans les quatre directions », précise Christophe Bouhacen. Chaque matin, le responsable, ou l’un des deux autres agents de son équipe, se rend au pollinarium pour scruter à l’œil nu les différentes espèces et noter dans son carnet celles qui diffusent du pollen. En cette fin de mois de mars, les agents ont les yeux rivés sur le noisetier. L’équipe attend la fin d’émission de pollen pour cet arbre. « Le premier noisetier à avoir émis est celui orienté Nord, c’était le 30 janvier. Le Sud et l’Est l’ont fait le 6 mars. Pour cet arbre, la fin est proche. Maintenant, on commence à surveiller le plantain, il ne devrait pas trop tarder à produire”, note l’agent.

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« Aujourd’hui, on sait qu’il y a des pollens de février à novembre »

Au pollinarium, les dates de début et fin d’émission de pollen sont capitales. Dès les premiers grains repérés, le relevé des agents est transmis à Catherine Chateau. Cette ingénieure en santé et environnement est le deuxième maillon qui compose la chaîne de surveillance du pollinarium. Responsable du service communal hygiène et santé (SCHS) de Tarbes, c’est elle qui vérifie que les dates d’émission des différentes espèces soient bien le reflet de ce qu’il se passe en milieu naturel. « Connaître ces dates permet aux médecins d’ajuster le traitement des personnes allergiques. Les allergologues peuvent intervenir avant même que la concentration de pollen dans l’air soit importante et qu’elle déclenche une crise chez le patient.

Ce dernier aura été suivi en amont et pourra supporter ensuite une concentration plus forte de pollen. Ce qui fait du pollinarium un véritable outil de santé publique », décrypte Catherine Château. Ce travail de vérification terminé, la responsable du SCHS transmet, dans la journée, les relevés au Dr Gayraud, allergologue référent du pollinarium de Tarbes depuis sa création. C’est lui qui, en concertation avec d’autres confrères, a énuméré les allergènes les plus fréquents dans la région et établi la liste des plantes à installer au pollinarium. Vice-président du Syndicat français des allergologues (Syfal), le médecin loue un dispositif qui lui permet de réaliser une analyse plus fine pour traiter ses patients. « Il y a 40 ans, on considérait que la grande saison des pollens était en mai-juin. Aujourd’hui, on sait qu’il y a des pollens de février à novembre. On peut également observer quels sont les allergènes qui pollinisent en même temps. Grâce au pollinarium, un patient que j’avais désensibilisé à une graminée sait aussi qu’il est allergique au frêne », se réjouit le Dr Gayraud. Une réussite qui pousse la ville de Tarbes à diffuser plus largement ses analyses, notamment auprès des médecins, et plus directement de la population.

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