[Dossier] L’autre visage du Mirail

REFLET – Misère, violence, laideur. “Miroir” en occitan, le Mirail renvoie une image calamiteuse. Et quand les journaux mettent la cité à la Une, ce n’est pas pour l’embellir. Pourtant, le quartier recèle des richesses insoupçonnées. Des lycéens qui s’attachent à révéler la beauté de leur banlieue, des militants qui donnent de la voix ou des associations qui invitent les étudiants et les habitants à tisser des liens. Le JT vous amène de l’autre côté du miroir.

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©GonzaloMauleon

C’est pour se défaire d’un patronyme trop encombrant, qu’en 2014 l’université du Mirail a décidé de se rebaptiser Jean-Jaurès : « C’était inutile car cela ne change pas la réalité. Le nouveau nom va, petit à petit, se charger de l’identité du Mirail », estime Stephane Gruet, architecte et docteur en philosophie, auteur en 2009 de ‘’Le Mirail, la mémoire d’une ville’’. Une identité construite dans un matériau vieillissant : « Le béton ajoute une couche grise à l’image que l’on se fait du quartier. Et sa conception urbaine très particulière, censée rapprocher les individus, s’est révélée totalement inefficace. » 

Pour lui, le regard porté sur cette cité lui a toujours été défavorable : « En réalité, dès le départ, la bonne société toulousaine a jugé que la greffe ne pourrait pas prendre. Comme une réaction allergique. » Ainsi dans les années 1960, le maire de Toulouse, Louis Bazerque, a eu toutes les peines du monde à convaincre les promoteurs immobiliers de participer au projet. Et la ville nouvelle qui devait accueillir 100 000 habitants s’est réduite à une ZUP (Zone à urbaniser en priorité) de 25 000 âmes. « Très vite, les commerçants sont partis. Il ne restait plus au Mirail que la mission locale et le commissariat. Sans politique de la ville efficace, les choses se sont dégradées jusqu’à exploser en décembre 1998 », poursuit Stephane Gruet. La mort d’un jeune de 17 ans, tué par un policier, provoque alors de violentes émeutes, qui ternissent un peu plus l’image de la cité.

Les médias ne parlent plus de quartier populaire, mais de ‘’ghetto’’ et de ‘’cité sensible’’. Les journaux télévisés y vont de leurs figures imposées : des ascenseurs en panne dans des tours délabrées, des jeunes désœuvrés dans les halls d’immeuble. « Tout processus de communication répond à des codes. Avant même d’entrer dans son sujet, le journaliste a un certain nombre de prérequis, il ne part pas vierge sur le terrain. S’ajoute ensuite la logique du storytelling, qui accentue les stéréotypes », explique Serge Regourd, président de la commission culture et audiovisuel du Conseil régional d’Occitanie.

Ainsi, les images évoquent systématiquement une fatalité sociale : ceux qui vivent au Mirail n’ont pas eu le choix, ils sont relégués. Et les commentaires font le lien entre pauvreté, immigration, religion, insécurité et trafic de drogue, sans plus d’analyse. À l’opposé, lorsqu’il s’agit d’annoncer des bonnes nouvelles, ce sont toujours les mêmes exemples de sportifs ou de chanteurs ‘’qui ont réussi à s’en sortir’’. « Si les journalistes se basent bien sur des éléments matériels et factuels vérifiables », conclut Serge Regourd, « ils s’arrêtent à l’écume des choses : la réalité est immensément plus complexe ».



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