[Dossier] Trois actions qui dépoussièrent le militantisme

Les faucheurs de chaises ©DR
Les faucheurs de chaises ©DR

BOITE À OUTILS – Ces dernières années, l’actualité a été riche en enseignements quant au renouvellement des pratiques militantes. Au-delà du diptyque manifestation/pétition, des associations comme L214 ou des mouvements tels que les manifs de droite et les faucheurs de chaises font preuve d’inventivité pour mobiliser les consciences et rendre leurs luttes les plus concrètes possible.

De l’humour dans les manifs

Ils sont apparus au début des années 2000 et ont essaimé un peu partout en France durant la décennie. Des manifestants d’un genre nouveau, accoutrés comme des grands bourgeois, se démarquaient du cortège par leurs cris de slogans tels que : « On veut des banques, pas des saltimbanques ! », « Pas d’allocs pour les dreadlocks », « Moins d’Assedics, plus de domestiques » ou encore, « Restons divisés ! ». Un moyen, bien entendu ironique, d’attirer l’attention sur le sort réservé aux intermittents du spectacle, bien souvent à l’initiative de ces happenings. Mais aussi une manière plus globale de dénoncer un monde tourné vers l’argent en prenant le parti d’en rire. Largement relayé dans les médias, le mouvement des ‘’manifs de droite’’ n’a toutefois pas amusé tout le monde. « Pour nous, il s’agissait d’une expression artistique plus que militante. Les participants à ces manifs de droite ne se sont pas énormément manifestés dans nos rangs lors des luttes concrètes pour sauver le régime », estime-t-on du côté de la coordination des intermittents et des précaires de Midi-Pyrénées. Plus symboliques qu’utiles, les manifs de droite témoignent en tout cas d’une envie de rupture avec les moyens classiques d’expression du mécontentement. Un désir qui se retrouve aujourd’hui dans d’autres associations.

Des caméras cachées au service de la cause animale

Et parmi les plus en vue du moment figure L214. Avec ses vidéos virales révélant les pratiques douteuses de certains abattoirs et sa forte présence sur les réseaux sociaux, L214 a porté la cause animale sur le devant de la scène, comme jamais auparavant. « La société évolue d’elle-même sur la question, mais il est vrai que les modes d’action choisis sont d’une efficacité redoutable », souligne Carole Mare, présidente du Mouvement pour la Cause animale, antenne officielle de L214 dans la région. « Notre grande force est de montrer des faits et non pas d’exprimer des opinions individuelles. Finalement, c’est un vrai travail journalistique consistant à casser la propagande qui s’évertue à montrer l’inverse de la réalité », poursuit-elle. L’association a fait des propositions qui ont d’ores et déjà permis de faire évoluer la loi et surtout d’obtenir des victoires judiciaires. « Les abattoirs sont des lieux très fermés dans lesquels il est interdit d’entrer. Donc nous assumons parfaitement le volet juridique lié à notre action. Le fait est que lors d’un procès en avril dernier, c’est une communauté de commune qui a été condamnée pour sévices graves envers des animaux. C’était une première », se réjouit Carole Mare.

Après les faucheurs d’OGM, les faucheurs de chaises

En février 2017 à Dax, c’est encore un procès, celui du militant basque Jon Palais, qui a mis en lumière la pertinence d’un autre mode d’action. Il est porté cette fois par ‘’les faucheurs de chaises’’. Les faits remontent à l’automne 2015. En pleine période de scandales fiscaux révélés notamment par les fameux Luxleaks ou les Swissleaks et à l’approche de la COP 21, quatre associations (Attac, ANV/COP21, Les Amis de la terre et Bizi) souhaitent mettre en évidence le lien entre les chiffres faramineux de l’évasion fiscale et l’urgence sociale et écologique. Pour cela, ils choisissent un mode d’action original : la réquisition citoyenne de chaises dans des banques. « L’objectif était de montrer qu’en luttant contre l’évasion fiscale, on peut trouver les financements nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique. D’où l’idée de réquisitionner 196 chaises, comme le nombre d’États présents à la COP 21, que nous avons ensuite restitué à la justice à l’occasion du procès Cahuzac », explique Quentin Couix, membre d’Attac et participant actif de la campagne. « Le fait d’aller jusqu’au procès ne faisait pas partie de la stratégie, mais quand on se lance dans une action de désobéissance civile, on se prépare à cette éventualité. Or ce jour-là, nous avons réussi à inverser les choses pour que le procès soit celui de l’évasion fiscale et non pas de Jon Palais. L’impact a été énorme et la justice a légitimé notre action puisqu’il a été relaxé », poursuit le militant. Là aussi, la campagne s’appuie sur des revendications concrètes et porte ses fruits : la BNP, particulièrement ciblée, a depuis fermé ses filiales dans les îles Caïmans. « Il n’y a pas de recette applicable à toutes les causes. Dans ce cas, il s’agissait d’un mode d’action très concret et accessible à tout un chacun. Partout en France, des groupes d’une dizaine de personnes ou plus ont pu montrer leur détermination et leur capacité à changer les choses. Surtout, le fait de donner un visage à l’adversaire a forcément un effet très mobilisateur. Mais il faut toujours se renouveler pour continuer à surprendre », glisse le militant d’Attac.

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