Découverte d’une mâchoire de rhinocéros sur le chantier du métro : et maintenant ?

C’est en creusant le puits d’un ascenseur, la semaine dernière, que les ouvriers du chantier d’extension de la ligne A du métro sont tombés sur un os. Une mandibule de rhinocéros paléontologique. Il faut maintenant faire parler cette mâchoire.

machoire rhinoceros paléontologique
©Tisséo

C’est à 15 mètres de profondeur, alors qu’ils creusaient le puits d’un ascenseur de la station Jean Jaurès, que les ouvriers du chantier d’extension de la ligne A du métro ont mis à jour, dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7 août, une mandibule d’une cinquantaine de centimètres. Devant cette trouvaille inattendue, les travaux ont été provisoirement interrompus, le temps que des spécialistes du Muséum de Toulouse, du service archéologique de la ville et de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) puissent mener une visite d’expertise. Ceux-ci, sur place dès le lendemain, ont identifié un ossement de rhinocéros vieux d’environ 24 millions d’années.

« Nous avons pu descendre dans la zone du chantier où nous avons également repéré des restes de carapaces de tortues de l’ère tertiaire. Cette découverte, très ponctuelle et localisée, n’aura pas d’impact sur les travaux qui ont pu reprendre sans contraintes particulières. Maintenant, les archéologues vont se livrer à une caractérisation précise des ossements et une datation des strates géologiques », détaille Didier Delhoume, conservateur régional du département archéologie de la Drac. En effet, seuls les vestiges archéologiques, donc concernant des restes humains, peuvent entraîner une obligation de fouilles préventives. Ces dernières ayant d’ailleurs déjà été effectuées lors du percement de ligne à la fin des années 1980.

Une mâchoire fragmentaire

« C’est intéressant, même si nous avons déjà trouvé de nombreux fossiles de cette époque dans la région. Notamment sur le chantier de la ligne B du métro, à Borderouge, en 2002 », ajoute le conservateur de la Drac. En effet, la dimension exceptionnelle de l’événement tient plus de sa rareté que de sa portée scientifique. « Même si nous savions déjà qu’il pouvait y avoir des ossements, les chances de tomber dessus étaient minimes. On ne creuse pas tous les jours à 15 mètres de profondeur et la surface du puits est relativement réduite », rappelle Jean-Paul Laffont, chargé de communication au Muséum de Toulouse.

« Nous avons déjà pu constater que la mandibule, qui a été malmenée lors de son extraction, est divisée en plusieurs fragments. Elle a été retrouvée dans le godet d’une mini-pelle mécanique, ce qui est une chance inestimable. Avec un matériel plus lourd, elle aurait été irrémédiablement broyée », se félicite Yves Laurent en charge des collections de paléontologie au Muséum. « Pour le moment, nous attendons que la gangue (enveloppe de terre, ndlr) autour de la mandibule sèche pour la nettoyer. Ensuite, nous pourrons commencer le travail d’identification. Aux ères géologiques correspondantes, plusieurs espèces de rhinocéros cohabitaient sur la plaine toulousaine. La présence de dents, source de beaucoup d’informations, nous sera d’une aide précieuse », détaille Pierre Dalous, conservateur des collections du Muséum. Il faudra donc patienter encore quelques mois avant que cette mandibule ne dévoile tous ses secrets. En attendant, celle-ci a d’ores et déjà trouvé sa place dans le fond du Muséum, aux côtés des quelques 2,5 millions d’objets qui le composent.

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