[Bureau des questions existentielles] Pourquoi des enseignes de magasins disparaissent du centre-ville ?

HARMONISATION. Depuis le début de l’été, en centre-ville, et principalement rue des Lois, les passants ont pu assister à un étrange manège : des commerçants en train de démonter eux-mêmes leur enseigne. Le JT a enquêté sur les raisons de cet autosabotage collectif.

Par Nicolas Mathé

En ce moment, dans Toulouse, une expérience inédite s’offre aux promeneurs attentifs. Pour cela, il suffit de se poster place du Capitole, à l’angle des rues Pargaminières et des Lois. Un coup d’œil à gauche vers la première : la vision est totalement obstruée par des enseignes multicolores et disposées de manière anarchique. Tandis qu’en tournant la tête à droite, la seconde offre un panorama dégagé, dévoilant les façades en toute fluidité. Le contraste est saisissant et ferait une magnifique publicité pour les détracteurs de la société de consommation.

Mais pour cette fois, la mairie n’aura pas à traquer un dangereux voleur d’enseignes puisque c’est elle qui est à l’initiative de ces disparitions. Depuis le début de l’été, elle a ainsi décidé d’interdire les enseignes dites “drapeau” celles qui sont perpendiculaires à la rue dans certaines zones. Avec pour objectif, selon Jean-Jacques Bolzan, adjoint au maire en charge des commerces, « d’embellir la ville en vue de la candidature de Toulouse au patrimoine mondial de l’Unesco ».

Du côté des commerçants, la mesure a été globalement bien accueillie et la majorité des enseignes ont été retirées assez rapidement. Un disquaire de New Bullit témoigne : « C’est bien mieux. Avant, la rue n’était pas très attirante. Nous avons aussi enlevé la notre car c’est loin d’être le plus important dans la réussite d’une boutique. Depuis que la rue a été rénovée, il y a plus de passage donc ce qui compte est d’avoir une belle façade avec une jolie vitrine. »

Toutefois, en s’éloignant de la place du Capitole, on tombe sur un îlot de retardataires… ou de résistants. « Je ne l’enlèverai pas ! Pour moi, c’est très important d’être bien vu et cela m’a coûté au moins 3000 euros », affirme un commerçant souhaitant rester anonyme.

Philippe Roncalli, président de l’association des commerçants de la rue, confirme qu’il n’y a pas vraiment eu de consensus au sein des adhérents mais défend, à titre personnel, la mesure : « Nous sommes tous des indépendants, nos clients savent où nous trouver donc il n’y aura pas d’impact sur notre activité. »

Après la rue des Lois, l’interdiction s’appliquera aussi aux rues Pargaminières, du Taur, Gambetta, Bayard et à la place Arnaud-Bernard. Avec les travaux de rénovation et de piétonnisation, c’est donc un véritable lifting que s’offre le centre-ville. Une bonne nouvelle pour le vendeur de New Bullit qui met tout de même en garde contre le risque d’aseptisation lié à cette volonté d’harmonisation : « La rue des Lois doit rester une rue pour les Toulousains, contrairement à d’autres, plus touristiques. »

 



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