Le Brexit, une opportunité pour l’économie française ?

Relocalisations d’entreprises et d’emplois, nouveaux marchés qui s’ouvrent… Et si la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne bénéficiait à l’économie française ? C’est en tout cas ce que pensent de nombreux dirigeants politiques, Bruno Le Maire en tête, le ministre de l’Économie annonçant même « plusieurs milliers d’emplois » rapatriés vers l’Hexagone. Pour débattre du sujet, le JT a sollicité deux acteurs de terrain : Marina Rodrigues, avocate d’affaires, et Cédric Garcia, directeur administratif du Toulouse Olympique XIII, qui évolue en championnat d’Angleterre.

© Franck Alix
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Le Brexit peut-il être une chance pour l’économie française ?

Marina Rodrigues : Avant tout, le Brexit est un échec dans la construction européenne. Va-t-il générer des opportunités ? Peut-être. Certains expatriés pourraient revenir et certaines entreprises se relocaliser en France. Dans un premier temps, cela concernera le secteur financier qui a besoin de conserver un pied dans l’Union. Il sera aussi possible de récupérer des parts de marché, profitant du fait qu’il sera plus simple de commercer à l’intérieur de l’espace communautaire. Mais les bénéfices risquent d’être diffus et difficilement quantifiables. En attendant, les chefs d’entreprise sont dans l’incertitude et il n’y a rien de pire pour eux.

Cédric Garcia : Même en Angleterre, le Brexit reste quelque chose d’abstrait. Il est difficile de cerner les enjeux tant que les règles définitives ne seront pas connues. Un déménagement de succursale voire de siège social n’est pas quelque chose d’anodin et n’aura lieu que si le bénéfice est réel. En attendant, seuls les très grands groupes et leur écosystème ont commencé à étudier ces questions. Certaines autres entreprises profiteront directement du retour des frontières, comme les prestataires de services spécialisés dans les démarches internationales.

Quels sont les enjeux du Brexit pour les entreprises ?

Marina Rodrigues : Cela concerne surtout celles qui ont des clients, des fournisseurs ou des implantations au Royaume-Uni. Le rétablissement d’une frontière douanière pourrait entraîner des changements au niveau administratif, des coûts, et des délais de livraison. D’autres questions se posent en matière de propriété intellectuelle ou de certifications par exemple. Que va-t-il advenir au Royaume-Uni des marques ou brevets déposés et des produits labellisés au niveau européen avant le Brexit ?

Cédric Garcia : Il demeure le sentiment et l’espoir que peu de choses vont changer, et l’on sait que le Royaume-Uni mettra tout en œuvre pour ne pas créer de freins à son développement économique. À terme, il n’y aura pas une seule vérité, mais des décisions à prendre au cas par cas dans chaque secteur ou dans chaque entreprise. Sachant qu’à l’heure actuelle, la plupart des PME ne sont pas impactées. Beaucoup de dirigeants seront davantage dans la réaction que dans l’action.

Quelles initiatives les pouvoirs publics, les entreprises ou même les citoyens doivent-ils amorcer pour être certains de faire du Brexit une opportunité ?

Marina Rodrigues : La clé est l’anticipation. Les entreprises doivent prendre du recul sur leur modèle économique. C’est aussi maintenant qu’il faut prospecter. Tout en veillant à la compétitivité, car la barrière douanière ne sera un atout que si les prix français sont attractifs. Pour faciliter ce report d’activité, l’État doit continuer à stabiliser la fiscalité. Enfin, les citoyens ont aussi leur rôle à jouer : en cette période de changement, c’est le moment de faire prendre conscience aux dirigeants européens qu’ils sont face à une responsabilité historique, celle de corriger les défauts de l’Union pour ne laisser personne sur le bord du chemin.

Cédric Garcia : Ce sont les dirigeants européens et anglais qui détiennent la plupart des clés. De leurs négociations et des cadres établis dépendront les éventuelles opportunités et le fait que le Brexit se passe de la meilleure manière. Mais il est aussi possible d’agir à petite échelle. Au TO XIII, nous envisageons par exemple d’organiser des rencontres entre nos entreprises partenaires et des sociétés britanniques pour qu’elles réfléchissent ensemble à l’après-Brexit.

Marina Rodrigues
Avocate associée au sein du bureau toulousain de Fidal, premier cabinet d’avocats d’affaires de France, notamment spécialisée en fiscalité internationale.

Cédric Garcia
Directeur administratif du Toulouse Olympique XIII, qui évolue en championnat d’Angleterre de rugby à XIII et qui fédère un réseau de 200 entreprises partenaires.



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