[En immersion] Avec les travailleurs du salon de l’érotisme de Toulouse

Pendant que les visiteurs admiraient les courbes des danseuses et des danseurs du salon érotique qui se tenait le week-end dernier, le Journal Toulousain est allé à la rencontre de ces professionnels pour découvrir leur quotidien.

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Par Enri Ramousset

Un singulier théâtre d’ombres vient de commencer au parc des expositions de Toulouse. Sur les murs du hall 7, les contours démesurés d’un talon aiguille pointant vers le ciel et le profil d’un homme oscillent de pair dans un mouvement de va-et-vient. Contre un supplément de 10 euros, le visiteur – un brin voyeur – peut lever le voile sur ce recoin caché du salon et découvrir Tony Caliano et Kelly Pix, deux acteurs pornographiques en action.

« C’est un concept unique en Europe, relève fièrement le comédien de 32 ans. Je fais du théâtre pornographique depuis quatre ans. C’est plus dur que pendant les tournages car il ne faut pas débander face aux spectateurs. » Grand timide « dans la vraie vie », l’acteur fétiche des réalisateurs Jacquie et Michel « entre sur scène comme dans une bulle, sans voir les gens. » Après sa performance, il couvre chastement son sexe d’une serviette blanche avant de revenir vers le public. Moins pudique, sa compagne discute complètement nue avec deux jeunes admirateurs. « On n’a aucun tabou avec notre corps, confie en souriant la Parisienne de 21 ans, dans le porno depuis deux ans par curiosité et pour financer ses études. Après nos représentations, des couples viennent nous demander des conseils. Nous ne sommes pas sexologues, mais nous essayons de leur répondre. On ne fait pas tout ça à la maison », intervient Tony Caliano. « Les positions ne sont pas agréables. Si nous prenions du plaisir, le spectateur ne verrait rien. »

À leurs côtés pendant le numéro, un ventripotent cinquantenaire explique aux visiteurs – un brin voyeurs – les petits secrets du porno. « J’essaie de les mettre à l’aise car ils sont toujours tendus comme des strings au début », lance Gérard en rigolant. « Ici, on fait du porno chic. On essaye de sortir de l’image de la femme objet. » Hypnothérapeute dans le civil, le Lillois adore ce milieu du hard qu’il arpente depuis quinze ans : « Ça me permet de me changer les idées après avoir entendu les doléances de mes patients. »

Émoustillés, les spectateurs s’éparpillent sous l’œil de deux vigiles. « Pour nous, c’est un salon comme un autre, avec un petit plus pour le plaisir des yeux », pépient Patrick et Frédéric en lançant leur regard sur une danseuse de pole dance légèrement vêtue. En dix ans de sécurité sur le salon, les deux hommes ont aussi observé que les corps galbés n’attiraient plus autant le chaland. « Le salon s’est réduit. Ils ont arrêté les shows hard en public et l’équipe de sécu est passée de quatorze à quatre », soupirent-ils.

« Je veux rehausser l’image du strip-tease. Beaucoup de lourdauds pensent qu’une strip-teaseuse est une fille facile qui se met à poil. Ce n’est pas vrai ! »

La fesse ne ferait-elle plus vendre ? À l’entrée du salon, les étalages de lingeries, lotions et accessoires coquins s’amoncellent dans une certaine indifférence. Entre ses tas de petites culottes rouges et bon marché, Alain, dit Nounours, fait ses comptes. « Je vends 30% de moins que prévu. Il n’y a personne », s’exclame cet habitué des marchés de la région parisienne. La faute peut-être au match de foot Toulouse-Lyon qui, selon l’organisation, draine au même moment une partie de la clientèle du salon. « Le soir, il y a plus d’ambiance, c’est plus sympa », assure Jeremy Kiffel, l’homme de radio qui loue sa voix pour l’événement. « Je ne suis pas un animateur de cul, je mets en avant des artistes qui proposent des spectacles magnifiques », s’enflamme le trentenaire en désignant de la main une danseuse siliconée crachant du feu sur la grande scène du salon.

Dans des loges partagées avec deux danseurs culturistes, Betty Benetti fixe des oreilles d’elfe de part et d’autre de son visage maquillé. L’ancienne championne d’Europe de strip-tease tourne sur le salon Kamasou (ex Eropolis) pour la 6e fois. Mannequin depuis ses 15 ans, repérée par Estelle Desanges, elle a tourné quelques scènes lesbiennes pour Marc Dorcel pour se faire connaître. « Cela m’a permis de fonder Imperia, ma propre troupe de danse », raconte cette Toulousaine de 28 ans. « Je veux rehausser l’image du strip-tease. Beaucoup de lourdauds pensent qu’une strip-teaseuse est une fille facile qui se met à poil. Ce n’est pas vrai ! »

Comme Tony et Kelly, Betty est plus discrète au quotidien. « J’ai deux personnages, un pour la danse et un en dehors », précise-t-elle. « J’adore ça mais je pense arrêter dans deux ans car j’ai envie de fonder une famille. En même temps, je me sens bien, j’assume et il y a une demande. Tant que mon corps le permet et que ça plaît au public, je continuerai. »

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