[Au boulot] Une animatrice sur-mesure

©DR Alter et go

ADAPTATION. Chaque semaine cet été, nous explorons le monde du travail, dans la peau de ceux qui s’y frottent pour la première fois. Dernier épisode : Marie anime des séjours pour personnes handicapées.        

Marie est artiste-plasticienne et pourtant, cet été, elle s’est lancée dans l’aventure des séjours adaptés. On pourrait s’en étonner mais la jeune femme explique : « Pour mon orientation, j’ai toujours hésité entre l’art et le social. Finalement, j’ai fait les Beaux-Arts, mais l’envie d’être utile ne m’a jamais quittée. » C’est pourquoi à 21 ans, elle est partie en quête de ce job d’été comme d’autres chercheraient un stage ; pour expérimenter le travail auprès d’un public en situation de handicap, voir si le métier lui plaisait. La réponse est clairement “oui” : « Je me suis régalée. De voir ces gens si heureux d’être là, tout simplement, c’est une grande récompense pour tous les efforts que demande l’animation.» Le travail est en effet intensif. Présente auprès des pensionnaires 24 heures sur 24, 6 jours sur 7, pendant trois semaines, Marie participe aux courses, à la cuisine, à la conduite du minibus… Mais au-delà de la logistique du quotidien, il y a les activités, sélectionnées toutes les semaines entre animateurs : « On ne décide des sorties qu’après avoir rencontré les gens, pour savoir de quelle autonomie ils disposent, s’ils parlent, s’ils sont à l’aise pour marcher, pour nager… Ce sont des éléments importants, particuliers à ce public et il faut être vraiment à l’écoute. Un programme établi à l’avance ne nous permettrait pas de tailler les activités sur mesure comme nous le faisons. »

« On pense beaucoup aux enfants handicapés, pas forcément aux adultes »

Cet été, le séjour était organisé à Espousouilles, dans les Pyrénées-Orientales. Les groupes se composaient d’adultes : « J’ai particulièrement cherché à travailler auprès de gens plus âgés parce que c’est une population un peu oubliée. On pense beaucoup aux enfants handicapés, pas forcément aux adultes. » Et l’âge moyen des vacanciers ? « Dans le jargon du métier, ce sont des “personnes vieillissantes”, c’est à dire de plus de 40 ans ! » Entre les sorties au parc animalier des Angles, les fermes pédagogiques, le bowling et les balades dans la nature, les vacanciers ne s’ennuient pas. C’est le fait de les voir s’épanouir dans ces milieux nouveaux qui inspire et motive Marie : « Aux bains chauds de Llo, notre seul vacancier non verbal (qui ne parle pas, ndlr) s’est transformé au contact de l’eau. En temps normal, il est assez lent et mal à l’aise. Là, dès qu’il a touché l’eau, il s’est mis à nager, à jouer, tout sourire, souple et détendu… C’était merveilleux à voir ! »

Seule artiste dans une équipe d’animateurs tous issus de filières médicales ou sociales, Marie s’est vite intégrée malgré les craintes initiales de la responsable du séjour : « Le premier jour, elle prenait beaucoup de précautions avec moi, m’expliquait tout dans les plus petits détails, hésitait à me laisser seule avec les vacanciers, mais elle a vite vu que je m’en sortais bien. En fait, elle était contente, donc finalement, ça a été un bon début. » À la rentrée, Marie poursuit ses études avec une licence professionnelle en infographie et multimédia à l’Esav de Castres, mais elle ne renonce pas pour autant à un éventuel avenir dans le médico-social. C’est désormais vers l’art-thérapie qu’elle pense s’orienter. Une discipline qui ferait appel aux capacités artistiques de la jeune femme tout en lui permettant de se « rendre utile » auprès d’un public comme celui qu’elle a découvert avec tant de bonheur cet été.

Par Vanessa Stone

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