Comme un air de Mai 68… 50 ans après

Barricade. Il y a 50 ans, les étudiants toulousains marchaient sur le Capitole. Ce 22 mars 2018, les étudiants, les cheminots, la fonction publique hospitalière, les contrôleurs aériens et bien d’autres vont descendre dans la rue. Ce mouvement de grève unitaire annonce-t-il pour autant un nouveau Mai 68 ? – Maylis Jean-Préau

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« À Toulouse, Mai 68 a commencé le 25 avril avec les étudiants de la faculté de Lettres barricadés dans un amphi rue Lautman », raconte Gilbert Laval, historien et ancien correspondant de “Libération” à Toulouse. Dans “Le gauchisme flamboyant, l’après 68 à Toulouse”, qu’il vient de publier aux Éditions Cairn, Gilbert Laval revient sur la façon dont la Ville rose a vécu ces années de révolte. En 1968, Toulouse est la première ville universitaire à suivre le mouvement parisien. Ce 25 avril, en plein centre, les étudiants de lettres affrontent ceux de droit « à grands moulinets de barre de fer ». Comme tout le pays, la ville est paralysée par une grève générale qui touche toutes les grandes entreprises.

«  Aujourd’hui, il n’y a pas de rêve collectif, comme c’était le cas en mai 68 »

Les étudiants bloquant les universités veulent s’allier aux travailleurs. Le 24 mai, ils se dirigent vers le Capitole, comptant rallier à leur cause les employés municipaux. Mais les patrons des syndicats calment le jeu. La manifestation se termine « en queue de poisson ». À Toulouse, s’il n’y a pas eu de volonté de prendre le pouvoir par la force, la ville a été marquée par une forte mobilisation. À plusieurs reprises, 50 000 personnes, dont le maire Louis Bazergue, défilent dans les rues pour réclamer la démission du général de Gaulle ! « En 68, chaque ville avait une identité politique très prononcée, maoïste, trotskyste… Toulouse avait la particularité de représenter toutes les tendances du gauchisme », poursuit Gilbert Laval. Le climat politique toulousain est alors marqué par la proximité de l’Espagne franquiste et la présence d’opposants en exil, dont d’anciens combattants. « Cette atmosphère pénétrait la ville d’une façon incroyable », raconte Gilbert Laval.

Au regard de l’histoire, la mobilisation actuelle ne semble pas avoir la même ampleur qu’en 68. Pourtant, selon le rapport très sérieux de l’association Entreprise & Personnel, publié fin 2017, le risque d’explosion existe. Si le gouvernement ne parvient pas à convaincre « une convergence des luttes serait possible en mai 2018 », note le rapport. Car les raisons du mécontentement sont nombreuses. À l’université Jean-Jaurès, bloquée depuis trois semaines, les étudiants s’opposent à la fusion des universités et à la sélection pour y entrer. Ils vont se joindre aux fonctionnaires manifestant contre les mesures d’austérité du gouvernement (suppressions de postes, etc). Néanmoins, Gilbert Laval n’entrevoit « aucune structure qui pourrait porter un projet de changement. Aujourd’hui, il n’y a pas de rêve collectif, comme c’était le cas en mai 68 où nous sortions d’un monde tellement fermé ». À l’université Jean-Jaurès, Lina, membre de l’Union des étudiants de Toulouse, veut croire « aux lendemains qui chantent » : « Certaines années nous avions du mal à mobiliser, mais on sent que la situation est très tendue et pourrait bien s’enflammer… comme en Mai 68 ! » Reste aux jeunes générations à « inventer autre chose » lance Gilbert Laval, persuadé malgré tout « qu’il n’y a pas de combat perdu d’avance ».

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