Aéronautique : les raisons du nouveau plan social chez Airbus

Délestage. L’avionneur envisage la suppression de 3 720 postes en Europe sur trois ans, dont 320 à Toulouse. En cause : la baisse de la production, notamment pour l’A380, et un marché incertain. Explications. – Grégoire Souchay

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L’information avait de quoi surprendre. Quinze jours après la publication de très bons résultats pour 2017, le groupe Airbus annonçait, lors du conseil d‘entreprise européen de mercredi dernier, la suppression à venir de 3 720 postes en Europe sur trois ans. Principaux pays touchés : l’Allemagne (1 800 emplois) et l’Espagne (850), la France étant relativement épargnée avec 470 postes menacés, dont 320 à Toulouse.

Un plan « nécessaire pour ajuster la production avec une baisse de cadence progressive sur l’A380 et l’A400M », selon Matthieu Duvelleroy, chargé de communication du groupe. Pas de quoi inquiéter Force ouvrière, organisation majoritaire chez Airbus : « Il s’agit d’un redéploiement, comme il en a toujours existé », estime Gérard Pimbert, secrétaire général de FO-métaux en Midi-Pyrénées. « Notre principale crainte était de savoir s’il y aurait des licenciements secs et ce n’est pas le cas. » Les 320 postes concernés à Toulouse sont des missions d’intérim, des CDD non renouvelés et des départs en retraite non remplacés. Ce qui n’en reste pas moins « scandaleux » pour Christophe Lloret, délégué syndical central CGT pour Airbus-aviation : « L’entreprise a 996 milliards d’euros de carnet de commandes, une vision sur dix ans et a fait en 2017 un bénéfice net de 2,9 milliards d’euros, en hausse de 189% », s’insurge-t-il.

« Il s’agit d’un redéploiement, comme il en a toujours existé »

En bonne santé, le groupe européen tente désormais de rentabiliser ses productions. Les principales inquiétudes concernaient l’A380, sauvé de justesse en janvier par la commande ferme de 20 nouveaux appareils par la compagnie Emirates. Si la chaîne de production se maintient, sa cadence diminue, de 12 avions produits cette année à 6 en 2020. Idem pour le transporteur militaire A400M dont la production chutera à 8 par an en 2020, contre quinze aujourd’hui. Parallèlement, la production bat son plein pour les autres modèles avec près de 7 250 commandes inscrites fin février dont plus de 6 000 pour l’A320 et 700 pour l’A350.

Dans l’âpre bataille économique entre Airbus et Boeing, chacun semble jouer désormais la carte de la prudence en matière d’innovation. Le moindre mouvement de l’un est aussitôt suivi par son concurrent direct. En attendant, il s‘agit donc de rentabiliser les modèles existants en les améliorant si nécessaire avec des versions “neo” comme pour l’A320 ou l’A330, quitte à délaisser les très gros projets comme l’A380 ou l’A400M. Plus original, on retrouve le groupe au Salon de l’auto, pour présenter un prototype de taxi volant, dont les premiers essais pourraient avoir lieu d’ici cinq ans, si la législation le permet.

Airbus semble en tout cas avoir réussi à traverser la tempête financière et les soupçons de corruption qui l’ont touché ces derniers mois entraînant le départ des deux principaux dirigeants en 2019. D’ici là, reste à mettre en œuvre concrètement ce plan social, avec des discussions au niveau des comités centraux d’entreprise de chaque pays puis sur chaque site, avant un bilan social fin mai.

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