A Toulouse, la maison « Ruelles » accueille les femmes isolées

Chaque nuit, une dizaine de femmes isolées dorment dans la rue ou en squat à Toulouse. Depuis 2013, le foyer Ruelles, de l’association Cités La Madeleine du Secours Catholique, offre un toit à certaines d’entre elles, le temps nécessaire pour se reposer, se reconstruire et rebondir. – Gaël Cérez

femmes isolées toulouse
Association Ruelle © Franck Alix

Fatma, Hasma, Flavienne, Charlotte, Geneviève, Maureen et Marie-Danièle n’ont pas choisi de vivre ensemble. Elles partagent pourtant les quatre chambres d’une discrète demeure non loin de l’hôtel de Région, à Toulouse. Certaines sont là depuis 15 jours. D’autres, depuis de longs mois. Elles viennent de France, d’Afrique du Sud, de Somalie, de Centrafrique ou d’Algérie. Leurs âges et leurs parcours diffèrent, mais toutes, un jour, ont dû appeler le numéro d’urgence du 115, faute d’avoir un toit pour la nuit.

Marie-Danièle par exemple. Assise sur un bout du canapé de récupération qui orne le salon, elle grimace, les traits tirés, en se tenant le dos. Sa grossesse arrive à terme. Il y a quatre mois, elle dormait à la gare Matabiau. Aujourd’hui, elle est toujours sans logis mais son moral s’améliore. Elle pourra accoucher sans se préoccuper de savoir où passer la nuit chaque soir.

Chaque nuit, une dizaine de femmes isolées sont à la rue ou dans des squats à Toulouse. Fondé en 2013 par l’association Cités La Madeleine du Secours Catholique, le foyer Ruelles leur est dédié. «  La première année, 103 femmes ont été hébergées puis la durée de séjour s’est allongée. L’an passé, 41 femmes y ont été accueillies  », explique Hiba Gomri, responsable du lieu. Accompagnées par des travailleuses sociales, les femmes vivent de façon autonome dans la maison qu’elles partagent et ont accès à la Banque alimentaire. « Leurs parcours sont difficiles, mais elles n’ont pas besoin d’aide pour les gestes du quotidien, comme la cuisine et le ménage  », poursuit Hiba Gomri.

Dans le salon, Fatma sourit en disposant sur un plateau les pâtisseries algériennes qu’elle a préparées pour accompagner le café. Puis, assise bien droite sur sa chaise, les mains posées sur ses cuisses recouvertes par une tunique bleutée, elle se plonge dans son passé. Elle raconte son père «  mort pour la France  » pendant la guerre d’Algérie, sa jambe qu’on refuse de lui soigner à Oran, le visa français qu’elle ne parvient pas à obtenir, son arrivée par l’Espagne, ces proches qui l’hébergent, puis s’épuisent. Le sourire a disparu. « En Algérie, je n’avais droit à rien  », sanglote-t-elle. «  Ici, j’ai l’impression d’être chez moi. »

«  Ici, on peut poser ses valises sans devoir quitter les lieux à 8h du matin  »

À ses côtés, Hasma n’en finit pas de triturer son téléphone portable. La jeune somalienne est réfugiée en France depuis cinq ans. Son mari et sa fille sont restés au pays dont Mogadiscio, la capitale a été meurtrie par un horrible attentat. Les vidéos sanglantes défilent sur l’écran au creux de sa main. Sa famille est sauve, mais «  ça ne va pas bien  » pour eux pour autant. Sans logement, le regroupement familial est si lointain.

Flavienne, elle aussi, se perd dans l’attente. Enroulée dans son trench-coat, l’élégante infirmière centrafricaine frotte sans cesse son visage dans ses mains. En France depuis deux ans, sa demande d’asile a été rejetée. L’avenir semble bouché. «  Je voudrais aider les personnes âgées de la maison de retraite d’à côté  », rêve-t-elle. « Mais je ne peux pas.  » Pour tromper l’ennui, Flavienne regarde les vitrines des boutiques, sans rien pouvoir acheter. Au foyer, elle aime suivre les informations à la télé, mais les autres hébergées préfèrent les téléfilms. La cohabitation n’est pas toujours facile.
« Il y a parfois des heurts  », avoue Charlotte, la Toulousaine du groupe. «  Certaines font leur tour de ménage, d’autres se laissent aller. On ne discute pas trop ensemble. Chacun fait sa vie. » Après un passage dans un centre d’urgence pour femme battue, Charlotte et sa fille de 7 ans ont été expulsées d’un logement pour loyers impayés. « Ici, on peut poser ses valises sans devoir quitter les lieux à 8h du matin  », apprécie-t-elle. Seuls bémols, Charlotte ne peut vivre avec sa fille au foyer et – comme les autres hébergées – ne peut recevoir ni visite ni courrier. Elle devrait cependant bientôt bénéficier d’un logement thérapeutique.

Le Graal du logement, Fatima et Said l’ont enfin trouvé. Lui-même en réinsertion, le couple vit dans un chalet monté dans la cour de la maison. “Hôtes du foyer”, ils veillent à ce que les femmes soient là le soir à la fermeture des portes et font le lien avec l’association. Arrivés de Barcelone, ils ont dormi trois mois dans leur voiture avant d’entrer au foyer. « J’étais alors dans un état déplorable  », se souvient Said. «  Depuis, j’ai réussi une formation et j’ai trouvé un boulot d’agent de sécurité. En janvier, on sera dans un HLM. Ce n’était pas dû. On a fait tout ce qu’on devait pour y avoir droit.  »

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