À la source de l’eau potable de Toulouse

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OR BLEU – D’où vient l’eau claire qui arrive comme par magie dans les robinets des Toulousains ? Pour le savoir, le JT a remonté la source. Direction la colline de Pech David et l’usine de traitement d’eau potable de la ville, où nous avons suivi son parcours de purification.

« Un verre d’eau ? Potable bien sûr », lance Eric, l’un des conducteurs de l’usine. Voilà à quoi ressemble le petit verre de bienvenue sur le site de traitement de Véolia. À demi dissimulé entre les arbres, à flanc de coteaux, cet étrange paquebot domine Toulouse depuis sa construction en 1981. Pour des raisons de sécurité renforcée, ce site sensible ne peut plus être visité par le grand public. Ceux qui y pénètrent sont obligatoirement électriciens, chimistes, techniciens ou mécaniciens.

La qualité de l’eau de notre douche du soir et de celle de notre thé du matin dépend de cette quarantaine de personnes. Leur mission ? Produire 150 000 m³ de flotte par jour et piloter l’ensemble du système d’alimentation en eau potable de Toulouse. « D’ici, je peux tout vérifier », poursuit le conducteur de l’usine, installé au cœur de la vaste salle de contrôle, véritable cabine de pilotage du site. Sur un mur s’affichent d’immenses graphiques où apparaissent les taux de chlore ou d’ozone dans l’eau. 24 heures sur 24. La moindre anomalie est détectée.

« Pour désinfecter l’eau, nous utilisons de l’air enrichi en ozone, il permet de neutraliser les odeurs de vase de la Garonne. En tant que désinfectant, il est beaucoup plus rapide que le chlore »

Pour mieux comprendre à quoi servent tous ces chiffres et boutons, il faut s’infiltrer dans les artères de l’usine et entreprendre un parcours dans un dédale menant jusqu’à la tour d’eau brute. C’est là qu’arrive l’eau pompée dans la Garonne. Après avoir traversé une grille puis un tamis, le liquide gravit 95 mètres de hauteur pour atterrir dans cette tour. Son relooking ne fait que commencer, car elle contient toujours des particules en suspension, notamment de la terre. « Je vais vérifier la quantité de sable dans le bac de décantation », poursuit Eric tout en se dirigeant vers un grand bassin. Là, des produits sont injectés. Comme ce coagulant dont l’effet aimant attire les particules de terre et les pousse vers le fond du décanteur. Un filtre de sable fin d’un mètre de haut prend le relais pour une vingtaine de minutes. Seules les gouttes réussissent à passer à travers ce filtre, terminant de débarrasser le fluide de tout élément étranger. Le parcours à travers l’usine se poursuit jusqu’à d’étranges bassins entièrement fermés. L’eau s’aperçoit à travers des lucarnes à l’aspect lunaire. Des bulles d’ozone crépitent à travers le liquide. « Pour désinfecter l’eau, nous utilisons de l’air enrichi en ozone, il permet de neutraliser les odeurs de vase de la Garonne. En tant que désinfectant, il est beaucoup plus rapide que le chlore », explique notre guide à bord. En huit minutes, au lieu de 1h30 avec le chlore, l’eau peut terminer sa dernière étape de mise en beauté. La voilà enfin, claire, purifiée, potable, prête à être envoyée dans le circuit.

La nuit est tombée sur la colline de Pech David. Les lumières de l’usine éclairent faiblement les alentours. Le lieu est vide. Ou presque. Serge, un conducteur de travaux de nuit a pris le relais de ses collègues. Sur les épaules du quinquagénaire repose la lourde responsabilité de veiller au bon déroulement du processus. « Depuis la salle de contrôle, je surveille ce qui se passe ici à Pech David, mais aussi à l’usine de Portet-sur-Garonne. En cas de problème, sur place, je vais prendre des mesures pour faire des vérifications ou alors, si c’est à Portet, j’envoie une équipe d’astreinte », explique-t-il.

« Après AZF, c’était particulier de se retrouver dans l’usine complètement déchiquetée, il n’y avait plus de vitre. Il a fallu se débrouiller. Heureusement, nous avions assez de réserves pour assurer la continuité du service ».

La nuit, contrairement aux apparences, l’usine ne chôme pas. L’énergie étant moins chère, l’usine travaille à plein régime et stocke des réserves d’eau. 100 millions de litres sont ainsi traités toutes les 24 heures par les deux sites de production de Toulouse. Il faut aussi gérer les imprévus. « Il y a des nuits où c’est plus compliqué. Quand il pleut beaucoup et que la Garonne est chargée de terre ou de branches, ça pose des problèmes. » Serge se souvient d’une nuit particulièrement difficile, celle qui suivit l’explosion d’AZF en 2001. « C’était particulier de se retrouver dans l’usine complètement déchiquetée, il n’y avait plus de vitre. Il a fallu se débrouiller. Heureusement, nous avions assez de réserves pour assurer la continuité du service ». Et de l’eau il en faut beaucoup. Un Toulousain en consomme 150 litres par jour. L’usine de Pech David ne risque pas de manquer de travail.

Par Maylis Jean-Préau

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