Des inquiétudes autour de la privatisation de l’aéroport

DÉBAT – L’aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB) est devenu fin 2017 le troisième aéroport régional de France. Toutefois, à partir d’avril, l’État pourra exercer une option de vente des 10,01% de parts qu’il possède à la société CASIL Europe, qui possède déjà 49,99%. Mais pour les élus locaux, le développement économique de la plateforme aéroportuaire et ses retombées sur le territoire dépendent de l’actionnariat public. Fleur Olagnier

aéroport toulouse
© David Aubert

« L’aéroport de Toulouse-Blagnac est un outil de souveraineté pour le développement économique et l’aménagement de notre territoire », a rappelé l’ancien maire de Blagnac Bernard Keller à la présentation du bilan d’activité 2017 de l’aérogare ce lundi. Alors que l’aéroport a franchi le 21 décembre le cap des 9 millions de passagers, devenant ainsi le troisième aéroport régional derrière Nice et Lyon, l’incertitude plane quant à l’avenir de la société Aéroport Toulouse-Blagnac (SATB).

Aujourd’hui, 40% du capital d’ATB est détenu par les collectivités locales et 49,99% par Casil Europe, regroupement de deux sociétés chinoises. Or, l’État, actionnaire des 10,01% restants, pourra exercer une option de vente de ses parts en faveur de Casil Europe dès avril 2018 et ce, pendant 12 mois. Toutefois, pour les collectivités locales, une telle privatisation n’est pas dans l’intérêt général. Chambre de commerce et d’industrie, Région Occitanie, Conseil départemental et Toulouse Métropole ont donc envoyé le 15 décembre une lettre publique au Premier ministre.

« En prélevant la totalité des bénéfices générés par la plateforme en 2015, soit près de 5 millions d’euros et plus de 6 millions en 2016 […] Casil Europe démontre, chaque jour, une logique recherchant le rendement immédiat, déconnectée du développement à long terme de l’entreprise […] et du territoire », écrivent-ils. Les élus redoutent la vision uniquement financière du développement de l’aéroport à travers le business plan de Casil Europe. Il consiste en une augmentation de résultat net de 5 millions d’euros en 2015 à 26,5 millions d’euros en 2021, et au passage de 7,5 à plus de 11 millions de passagers sur l’année. La Région a notamment commandé une étude sur les retombées socio-économiques de l’écosystème aéroportuaire à Toulouse, pour montrer sa solidité en l’état. Résultat : ATB a généré localement 10 740 emplois (hors aéronautique) et 884 millions d’euros de PIB en 2016, les entreprises sur site 764 M€ de chiffre d’affaires et les passagers visiteurs ont dépensé 712 millions d’euros sur place.

« En cas de privatisation, mes craintes se portent sur le manque de souplesse dans le réinvestissement des recettes »

Par ailleurs, pour Didier Codorniou, vice-président de la Région en charge des aéroports, le projet est inscrit dans le marbre et les retombées économiques, notamment des 50 millions d’euros investis dans l’extension du hall D, la jetée du hall A et la construction d’un hôtel, se feront bel et bien, que l’État revende ses parts ou non. « En cas de privatisation, mes craintes se portent plutôt sur le manque de souplesse dans le réinvestissement des recettes et les risques de blocages de certains projets structurants soutenus par les collectivités locales », comme le métro ou la ligne de tramway Aéroport Express, avance Didier Codorniou.

Enfin, suite aux départs imminents du président du directoire Jean-Michel Vernhes et de la présidente du conseil de sécurité Anne-Marie Idrac, l’inquiétude provient d’une éventuelle remise en cause par leurs futurs successeurs de tous les plans stratégiques engagés. Ainsi, pour que l’aéroport reste un équipement phare du développement économique pour Toulouse, la Haute-Garonne, l’Occitanie et l’industrie aéronautique, les élus locaux demandent à l’État de renoncer à son option de vente.

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