Didier Gardinal : « La compétitivité ne peut se désolidariser de l’écologie »

Didier Gardinal ©David Bécus ok
Didier Gardinal ©David Bécus

RSE. De plus en plus, les entreprises semblent prendre conscience de la nécessité d’une transition énergétique. Quelles sont leurs motivations ? Par quels moyens y parvenir ? Quels en sont les bénéfices ? Didier Gardinal, président de la CCI Midi-Pyrénées, évoque quelques éléments de réponse.

 

Didier Gardinal, les entreprises souhaitant amorcer leur transition énergétique sont-elles nombreuses en Midi-Pyrénées ?

À la CCI Midi-Pyrénées nous avons accompagné 200 entreprises en deux ans à la maîtrise de leur consommation d’énergie, premier facteur du réchauffement climatique, les sociétés du bâtiment étant les plus voraces en la matière, suivi de l’industrie. Avec le soutien de l’Ademe, le but est de passer à 600 entreprises accompagnées sur trois ans, sachant qu’en 2015, 130 sociétés ont entamé des démarches avec l’aide de la CCI. Essentiellement, il s’agit de PME, mais nous entendons bien s’attaquer aux entreprises plus importantes et donc plus consommatrices, en appréhendant leur transition énergétique par le biais de la compétitivité.

 

Quelles sont leurs principales motivations à cette transition ?

Si certaines entreprises souhaitent la faire pour des raisons écologiques, ce n’est pas la majorité. En revanche, lorsqu’on leur parle d’économies d’énergie, de maîtrise d’approvisionnement, de compétitivité et donc de gains financiers, ils nous prêtent une oreille. De même, travailler avec d’autres sociétés pour réduire les coûts de fonctionnement, et par là-même les dépenses énergétiques, est un argument qui ne laisse aucun établissement indifférent. Les entreprises entrent alors dans une démarche spontanée qui les mènera à réduire leurs émissions carbone. Dans tous les cas, le processus est à la fois environnemental et économique, la croissance et la compétitivité ne pouvant se désolidariser de l’écologie. Finalement, c’est le résultat qui compte, peu importe la nature des motivations !

 

L’adaptation au changement climatique est ainsi un levier de compétitivité et d’innovation, en quels termes ?

À l’inverse surtout, une entreprise qui n’anticipe pas peut le payer très cher ! Elle prend le risque de ne pas recevoir ses matières premières ou de ne pas pouvoir livrer son client à temps. De même, ne pas anticiper l’augmentation du coût de l’énergie, peut défavoriser une entreprise par rapport à d’autres qui l’auront prévu. Celles qui anticipent en créant un nouveau modèle économique prendront-elles, un train d’avance. Les pionnières en matière d’économie collaborative, d’innovation méthodologique, de RSE ou de développement durable sont celles qui s’en sortiront le mieux.

 

Quels conseils donneriez-vous à une entreprise souhaitant se lancer dans ce processus ?

D’abord, il faut travailler sur la consommation d’énergie, puis sur l’approvisionnement et enfin envisager de produire sa propre énergie, voire de la revendre. Tout cela pour maîtriser les risques de gestion de stock et d’événements climatiques graves.

 

Comment adapter une entreprise au changement climatique ?

Ne pas se préoccuper de ce changement aujourd’hui, c’est prendre un risque important. Les conséquences sont déjà visibles : les dernières inondations d’octobre représentent plusieurs centaines de millions d’euros de dégâts et ont remis en cause des milliers d’emplois. Ainsi, faire un investissement sans penser aux événements climatiques potentiels reste dangereux. Ceci se ressent sur les assurances, sur la réticence d’investisseurs dans certaines zones à risque. Cette réflexion doit également prendre en compte les chaînes de production ou logistique puisqu’une entreprise reste tributaire de ses sous-traitants. Il faut donc s’adapter à cette nouvelle donne, mais aussi la prévenir en réalisant les premiers pas vers une transition énergétique de l’entreprise, en faisant des économies d’énergie, en n’achetant pas de l’énergie sans besoin, en pensant économie circulaire et énergie renouvelable.

 

Quels accompagnements propose la CCI ?

Il faut d’abord établir un diagnostic de l’utilisation de l’énergie puis, poste par poste, identifier les plans d’action prioritaire. La CCI accompagne, individuellement, les entreprises sur ce processus via des experts énergie présents. Nous leur permettons également de se rencontrer pour échanger leurs expériences en la matière. Pour finir, nous allons monter un accompagnement sur l’économie circulaire qui permettra, par des diagnostics de flux, d’envisager des mutualisations de certains postes ou matières.

 

En termes de coût, à combien estime-t-on une transition énergétique ?

Les premières démarches peuvent ne rien coûter puisqu’il s’agit simplement d’un changement de mode de vie. Il peut y avoir ensuite un investissement, dont le retour doit être assuré, et dont le coût sera variable en fonction de l’implication du chef d’entreprise. En revanche, le coût de l’inadaptation peut lui être problématique, voire fatal. Il existe des aides comme celles de l’Ademe, du Conseil régional et de BpiFrance qui peut être financeur de cette transition.

 

Hormis le coût, quels sont les principaux freins à cette adaptation ?

Avant même le coût, c’est le nombre de casquettes que doit porter un chef d’entreprise. Ses préoccupations se dirigent vers ses salariés, ses clients, ses fournisseurs, elles sont d’ordre juridiques, commerciales… La transition énergétique en est une de plus, mais elle n’est logiquement pas ma prioritaire. D’où l’importance d’un accompagnement et d’une communication accrus.

 

 

 

 

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