Lettre ouverte d’un travailleur social à Georges Méric

©Tran Dac Phat
©Tran Dac Phat

Stéphane Borras est représentant et secrétaire adjoint du syndicat Sud Collectivités Territoriales 31. Dans cette lettre adressée au président du Conseil départemental, il souhaite mettre en avant l’importance de l’aide sociale à l’enfance et les conséquences du plan sur la protection de l’enfance, voté à l’unanimité par l’assemblée départementale la semaine dernière.

Monsieur le président du Conseil départemental,

Lorsque le Journal Toulousain m’a proposé une lettre ouverte, je dois vous dire que j’ai hésité. Le Président va-t-il prendre cette missive pour une attaque politique ? J’espère sincèrement que ce ne sera pas le cas et que cette lettre sera prise pour ce qu’elle est : celle d’un militant syndicaliste, attaché à la charte d’Amiens et toujours, malgré les années qui passent, révolté par les injustices.

Comment vous dire, monsieur le président, quelle fût notre surprise, camarades de SUD, de FO et de la CGT, quand nous avons su que vous vous apprêtiez à prendre une délibération qui, dans les faits, va précipiter à la rue –ou dans des conditions d’hébergement extrêmement précaire – des femmes avec enfant de moins de trois ans, des mineurs isolés et des jeunes majeurs de plus de 19 ans. De la surprise, nous sommes passés à l’écœurement et la colère.

Qui sont donc ces femmes et ces jeunes dont nous parlons ? Ils et elles sont Françaises ou étrangères. Certaines ont été violentées par leur conjoint, d’autres sont traumatisés par la guerre dans leur pays, d’autres encore ont tout simplement perdu leur logement. Toutes et tous sont dans la plus grande précarité. Toutes et tous relèvent du cœur de la mission de service public départemental puisque les lois de décentralisation en ont décidé ainsi.

Monsieur le président, nous ne pouvons pas nous satisfaire de l’effet d’annonce plus ou moins habile de la création de place d’hébergement ou de l’étalement des mesures. Nous avons bien compris que vous aviez tiré les leçons du précédant conflit sur les jeunes majeurs en 2014. Nous connaissons bien le terrain et nous avons tout de suite compris que vos décisions amèneraient à de nombreuses catastrophes individuelles. Et nous avons aussi tout de suite compris que les travailleurs sociaux, ces fantassins du social comme le disait P. Bourdieu, seront une fois de plus en première ligne.

« les travailleurs sociaux, ces fantassins du social comme le disait P. Bourdieu, seront une fois de plus en première ligne »

Nous avons pourtant quelques points d’accord. Il est incontestable que l’austérité budgétaire imposée par le dogme libéral pèse sur les collectivités, y compris la Haute-Garonne. Il est incontournable de dénoncer les reculs de l’État qui se replie sur ses fonctions répressives (sauf pour la fraude fiscale), abandonnant petit à petit sa fonction sociale. Mais ces constats ne dédouanent pas les décideurs locaux de choix politiques et budgétaires. Comment comprendre que le conseil départemental va consacrer 45 millions d’euros pour le parc des expositions après avoir consacré 6 millions d’euros pour le stadium et que dans le même temps, le budget de la protection de l’enfance doit rester constant ?

Notre lutte, monsieur le président, est collective. Elle est au nom de l’intérêt des populations qui sont dans l’incapacité de se défendre elles-mêmes. On reproche souvent aux syndicats d’être dans la défense corporatiste, en particulier lorsqu’ils sont des syndicats de fonctionnaires. Je suis fier de faire partie de ce syndicalisme qui se préoccupe non seulement des conditions de travail de ses collègues, mais aussi du contenu et de la qualité des missions de service public. De ce syndicalisme qui peut se lever contre la loi travail et en même temps se battre pied à pied pour l’intérêt des plus précaires d’entre nous.

Recevez, monsieur le président, mes sincères salutations.

Stéphane Borras.



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