[Dossier] Politique, vraiment tous blasés ?

J-3.  “De toute façon voter ça sert à rien”, “c’est bonnet blanc et blanc bonnet”, si l’on s’en tient aux discussions de comptoir, il n’y a qu’un pas pour considérer que nous sommes tous blasés par la politique. L’élection présidentielle est pour le JT l’occasion de prendre le pouls. Ce grand rendez-vous joue le rôle de révélateur. De notre défiance envers nos représentants, de notre envie de changer les institutions, de notre passion pour défendre nos idées… Cette semaine, nous sommes allés à la rencontre d’associations qui rendent le débat plus palpitant, d’un politologue qui cherche à simplifier notre parcours vers les urnes, de jeunes qui inventent des moyens de mieux comprendre nos institutions. Et qui montrent que non, nous ne sommes pas tous blasés.

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Crédits : Franck Alix/JT

Elle n’a pas de candidat ni de campagne officielle, l’abstention pèse pourtant sur ces élections présidentielles. Selon plusieurs sondages Ifop et Ipsos, elle pourrait atteindre un record de 30% cette année. En cause, un sentiment contradictoire : « Même s’ils sont très politisés, nos concitoyens ne se reconnaissent pas dans l’offre politique qui leur est proposée », estime Joël Echevarria, président du think tank (cercle de réflexions) toulousain La Compagnie Riquet. Pourtant, constate-t-il, « le spectre des candidats est assez large cette année. Mais le climat délétère qui règne sur cette campagne, nuit au débat. »

Ce qui éloigne les électeurs des bureaux de vote ce n’est donc pas tant le désintérêt pour la chose politique que la défiance envers les femmes et hommes qui en ont fait leur métier. « Le jugement qu’ils portent sur leurs dirigeants et le fonctionnement de la démocratie est clairement négatif », révèle Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherche de Sciences Po (Cevipof).Entre les affaires juridiques qui touchent plusieurs des candidats et les désillusions suite aux deux derniers mandats présidentiels, les Français observent une crise de confiance comme en atteste le “Baromètre de la confiance politique”, édité en janvier 2017 par Cevipof : 63% d’entre eux disent ne pas avoir confiance ni en la droite ni en la gauche pour gouverner le pays.

Bruno Cautrès ne voit pas non plus un lien systématique entre abstention et désintérêt des Français pour la politique. Les derniers chiffres du “Baromètre de la confiance politique”, édités en janvier 2017, prouveraient le contraire puisque 56% d’entre eux disent s’en préoccuper. Pour le scientifique, « les grands rendez-vous comme les primaires ou les gros scrutins suscitent toujours le même engouement. 80% des Français confessent un attrait significatif pour les présidentielles. » À Toulouse notamment, la dernière élection du chef de l’État en 2012 a enregistré une participation de 77.53%. « Dans la Ville rose, nous avons une tradition politique profonde. D’ailleurs, notre réputation d’être le berceau du radicalisme nous précède », rappelle Jean-Louis Chavoillon, président du think tank l’A.P.Ré.

Les meetings sont également les témoins d’une émulation des citoyens pour la politique. À Toulouse, Jean-Luc Mélenchon a harangué 70 000 personnes sur la prairie des Filtres dimanche dernier, quand Benoît Hamon et François Fillon s’adressaient chacun à 5 000 potentiels électeurs au Zénith. À cela s’ajoute « les bonnes audiences réalisées par les débats télévisés », lance Jean-Louis Chavoillon. Celui du 20 mars sur TF1 a attiré 10 millions de téléspectateurs.

Plus qu’un simple intérêt, les Français nourrissent une passion pour la politique. Un sur deux en discute avec son entourage, en famille, entre amis, chacun tentant de convaincre l’autre. Mais aussi avec des inconnus en se tournant vers des actions plus concrètes, issues de mouvements citoyens, de la société civile pour assouvir leur envie de participer au débat politique. Un besoin d’agir, de peser autrement que par l’intermédiaire d’élections ?

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