samedi 23 octobre 2021

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[Tribune] « N’attendons pas cinq ans de plus pour mettre fin à la prostitution »

Il y a très exactement 76 ans, le 29 avril 1945, les femmes usaient de leur droit de vote pour la première fois de l’histoire de France. En écho avec cet anniversaire, Le Journal Toulousain donne aujourd’hui la parole au collectif du Front féministe pour l’abolition et contre la marchandisation des corps (FFAMC), un regroupement de plusieurs associations féministes toulousaines. Ces femmes abordent ici leur combat contre la prostitution, entre autres. 

prostitué
Image d’archives. Crédit les5w.info – Marie Champion

Cela fait cinq ans que la loi du 13 avril 2016 est entrée en vigueur. Elle interdit l’achat d’actes sexuels, pénalise les clients et renverse ainsi la charge de la responsabilité. Elle renforce la lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains, et permet un accompagnement des survivantes de la prostitution vers un accès à leurs droits: à disposer de leur corps, droit au logement, papiers, formations…

Si nous estimons que les moyens ne sont pas encore à la hauteur des besoins, nous sommes convaincues que cette législation aide à inverser les rapports de domination et que la honte a le visage de ceux qui veulent disposer et posséder le corps des filles et des femmes à tout prix. Cette loi révèle par ailleurs les inégalités structurelles, entretenues, voulues qui existent entre les femmes et les hommes, les pauvres et les riches, celles et ceux qui n’auraient d’autres options que la vente de leurs corps pour survivre. 93% des personnes en situation de prostitution en France sont d’origine étrangère (ministère de l’Intérieur).

Les femmes sont victimes de ce système

Dans leur écrasante majorité, ce sont des femmes, elles ne parlent pas ou très peu français, souvent elles n’ont pas de papiers et ont difficilement accès aux soins, à leurs droits et aux aides sociales de l’Etat. Le corps des femmes est, à leurs dépens, source de grand profits économiques, mais ce système n’enrichit pas les exploitées. Il profite aux clients des prostituées, aux proxénètes, aux réseaux mafieux et à leurs complices.

C’est une véritable industrie néolibérale qui se développe et s’exporte partout dans le monde. Les chiffres donnent le vertige : déjà en 2004, l’Unicef estimait à 2 millions le nombre d’enfants victimes de prostitution dans le monde… La pédocriminalité est ainsi le terreau de la prostitution : l’âge d’entrée en prostitution est de 13 ans en moyenne.

Le libéralisme incite à la marchandisation des corps

Les États endettés sont encouragés par le Fonds monétaire international (FMI) à développer un tourisme de masse, souvent associé à une industrie du commerce du sexe florissante (“Prostitution, la mondialisation incarnée”, Richard Poulin, Editions Syllepse).

Le triomphe des valeurs libérales, la banalisation et l’acceptation de la vente des corps humains, au nom du “choix”, entraînent des conséquences catastrophiques et la traite humaine creuse encore plus l’écart entre les pays riches et les pays pauvres.

Un manque de volonté politique

Or, il serait temps que les femmes se voient proposer autre chose que violences, tortures et psychotraumatismes comme alternatives aux métiers précaires. Surtout quand elles sont 92% à dire vouloir sortir de la prostitution. Si le vote de cette loi a effectivement été une belle avancée, le manque de volonté politique et d’engagement des pouvoirs publics est patent. Entre autres :
– les femmes en situation de prostitution subissent encore des pressions de la part de la police, notamment à Toulouse, avec une mairie qui prend des arrêtés municipaux illégaux pour les chasser et les pénaliser pour “stationnements gênants” au lieu de pénaliser les clients ;
– les financements pour les associations qui accompagnent les femmes qui veulent sortir de la prostitution sont insuffisants ;
– il n’existe toujours pas de politique de santé publique qui soit dédiée aux personnes en situation de prostitution, ni de formation spécifique pour les policiers, ni même de communication auprès du grand public.

N’attendons pas cinq ans de plus !

Quelle est la politique d’information au niveau des scolaires et des jeunes ? À cet égard, nous déplorons l’échec flagrant des politiques publiques de protection de l’enfance. Nos luttes féministes sont multiples, diverses, mais nous avons l’objectif de faire disparaître  toutes les formes de violences qui jettent les femmes dans la pauvreté, la soumission, l’aliénation, la prostitution. N’attendons pas cinq ans de plus !

Front féministe pour l’abolition et contre la marchandisation des corps

Institut Supérieur de Journalisme de Toulouse
Cet article a été écrit par des élèves de l'Institut Supérieur de Journalisme de Toulouse dans le cadre d'un partenariat avec le Journal Toulousain.
 

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