dimanche 5 décembre 2021

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SportsLes anges gardiens des skippers du Vendée Globe nichent à Toulouse

Les anges gardiens des skippers du Vendée Globe nichent à Toulouse

Chaque jour les spécialistes de la société Collecte Localisation Satellites (CLS), à Toulouse, transmettent de précieuses informations à la direction de la course du Vendée Globe sur la localisation et les déplacements des icebergs. Un des nombreux dangers qui guette les skippers engagés dans leur course autour du monde.

Thomas Ruyant Vendée globe
Thomas Ruyant, actuel second du Vendée Globe © Pierre Bouras – TR Racing

Le départ de la course est donné depuis les Sables-d’Olonne. Et l’essentiel du Vendée Globe se joue sous les tropiques, dans le légendaire Pot au noir, ou sous des latitudes extrêmes. Celles, aux abords de l’Antarctique que l’on appelle les 40e rugissants et les 50e hurlants. Pourtant une partie de cette mythique course à la voile autour du monde et en solitaire se joue à Ramonville-Saint-Agne, près de Toulouse. Précisément au centre de Collecte et de localisation satellite (CLS), une filiale du Centre national d’études spatiales (Cnes) spécialisée dans la détection d’icebergs.

Le temps de la course, ces spécialistes de la surveillance du milieu marin deviennent les « yeux des skippers ». De véritables anges gardiens qui les guident entre les icebergs ou les aident à localiser un éventuel compagnon en détresse, depuis la capitale française de l’aérospatial. Comme ce fut le cas lors du sauvetage de Kevin Escoffier, le premier décembre dernier. « Trois minutes après qu’il ait déclenché sa balise de détresse, l’info arrivait au centre de mission hébergé à Toulouse .Celui-ci pouvait alors la communiquer à la direction de course et lancer l’alerte. Ces exemples permettent de montrer concrètement l’utilité des données satellitaires », se félicite Sophie Coutin-Faye responsable des projets d’altimétrie au Cnes.

Une zone interdite pour les skippers du Vendée globe

À l’aide d’une constellation de sept satellites les experts du CLS produisent une carte, la plus précise possible, de la position et des déplacements des icebergs. Et afin de garantir la sécurité des marins, engagés dans un tour du monde en solitaire et ne pouvant être sur le qui-vive jour et nuit, la direction de course établit une Zone d’exclusion antartique (ZEA). Une frontière théorique que les skippers ont interdiction de franchir sous peine de sanctions sportives.

« En fonction des données actualisées, nous réévaluons le périmètre de cette ZEA. Si ce cordon de sécurité allonge leur parcours, en leur prohibant la navigation dans les eaux les plus australes, elle leur garantit également une meilleure sécurité. Nous cherchons le meilleur équilibre », justifie Jacques Caraes, directeur de course du Vendée Globe. Et justement, en raison d’une grappe d’iceberg détectés au nord des îles Crozet, cette zone vient d’être relevée de cinq degrés. Obligeant, entre autres, Thomas Ruyant, deuxième de la course sur le bateau LinkedOut, a revoir son cap.

Un recensement qui s’effectue en quatre étapes

Le travail de cartographie nécessaire à l’élaboration de cette ZEA s’effectue en quatre étapes. Un premier satellite dit ”altimètrique” identifie les plus gros objets flottants à l’aide d’un écho radar. À partir de ce signal qui met sur la piste d’iceberg pouvant atteindre plus de cent kilomètres de long, l’équipe de CLS peut programmer une deuxième flotte de satellites ”imageurs” qui, eux, vont quadriller la zone et effectuer un repérage photographique.

iceberg vendée globe
Dans les mers australes, à proximité de l’Antarctique, les navigateurs ont de grandes chances de croiser des icebergs © Vendée Globe

Chacune des quelques trois cents images qui seront produites lors de cette phase couvre une surface d’environ 400 kilomètres de côté, avec une résolution approchant les 50 mètres. Ces documents sont alors minutieusement analysés afin de confirmer la présence de ces géants des mers. Une solide base mais pas encore suffisante.

Des dangers parfois invisibles

En effet, si un choc contre l’un de ces icebergs monumentaux pourrait s’avérer catastrophique, l’une des plus grosse crainte des skippers du Vendée Globe est de croiser la route d’un rowler. Des blocs de glaces de seulement quelques mètres cubes qui flottent entre deux eaux. Indétectables par satellites, ils ne sont pas toujours visibles à l’œil nu. Surtout de nuit ou dans des conditions de visibilité réduites.

Les experts du CLS se basent donc sur la connaissance des courants ainsi que sur des modèles de dérive pour anticiper la fonte des icebergs repérés et évaluer la trajectoire des fragments qui résultent de leur dislocation. Une méthode qui leur permet de déterminer des zones à risque. « Cette année est plutôt calme, avec seulement une soixantaine d’icebergs d’intérêt. Mais, en raison de courants froids qui remontent vers le nord, les navigateurs devront être vigilants au passage du cap Horn », préviens Sophie Besnard, en charge de la direction du projet Vendée Globe au sein de CLS.

Transmettre le goût et la connaissance de l’océan

Afin d’affiner leurs modèles, les scientifiques ont besoin de multiplier les données concrètes sur les courants marins et les conditions météorologiques. Ainsi, dans le cadre du projet pédagogique Argonautica, le Cnes a sollicité le concours d’Alexia Barrier, l’une des navigatrices engagée sur le Vendée Globe. Depuis sont bateau TSE-4MYPLANET, celle-ci a largué une balise Argos qui participera à la collecte de ces précieuses informations. Une bouée géolocalisée, toujours par satellite, dont des centaines d’écoliers pourront suivre les déplacements sur le globe.

« L’Océan est une source de vie qui nous apporte la moitié de l’oxygène que l’on respire. Il est important de le connaître et d’y être sensibilisé dès le plus jeune âge », partage la skippeuse quelques instants avant de lâcher la balise jaune dans l’étrave de son voilier. Une manière, en pleine course, de jeter une bouteille à la mer porteuse d’un message d’écologie et de soif de connaissance à destination des générations futures.

Nicolas Belaubre
Nicolas Belaubre a fait ses premiers pas de journaliste comme critique de spectacle vivant avant d’écrire, pendant huit ans, dans la rubrique culture du magazine institutionnel ‘’à Toulouse’’. En 2016, il fait le choix de quitter la communication pour se tourner vers la presse. Après avoir été pigiste pour divers titres, il intègre l’équipe du Journal Toulousain, alors hebdomadaire de solution.
 

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