Témoignages : La crevette brésilienne décortiquée

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Arnaque. Voici une affaire qui fait partie de l’histoire de votre hebdo. Nous avons rencontré un chef d’entreprise qui s’est fait floué par Marcial Layani … L’escroquerie à la crevette brésilienne, mode d’emploi.

Par Thomas Simonian

 

Il y a un peu de notre histoire dans cette affaire

En 2011 le « Journal Toulousain » est racheté par l’homme d’affaires franco-américain Marcial Layani. Oui mais voilà … En janvier 2014 le scandale de la « crevette brésilienne » éclate, et cet actionnaire majoritaire du titre de presse serait à l’origine d’une escroquerie internationale. Toute une équipe, une rédaction, se retrouve alors sur le carreau … Quatre d’entre eux relanceront cet hebdomadaire le 4 septembre dernier sous forme de SCOP. Si vous tenez aujourd’hui entre les mains ce « Nouveau Journal Toulousain », c’est donc aussi parce qu’il y a eu cette affaire.

Comment des fortunes toulousaines sont-elles tombées dans le panneau

L’homme est un chef d’entreprise aguerri et reconnu sur la place toulousaine. Comme beaucoup d’autres, il est tombé dans le panneau … Il a sans doute même été l’un des derniers investisseurs à avoir confié une somme d’argent à Marcial Layani : « J’ai investi 50 000 euros dans cette affaire. Le contrat a été signé le 26 octobre 2013. » C’est en effet à peine quelques semaines plus tard que l’homme d’affaires était interpellé à l’aéroport Toulouse-Blagnac, et c’est le 29 janvier 2014 qu’il était placé sous mandat de dépôt. La désormais célèbre affaire dite des « crevettes brésiliennes » était alors lancée … Marcial Layani aurait ainsi escroqué près de 150 fortunes (en majorité dans l’agglomération toulousaine) via un montage proche de Madoff, une véritable pyramide de Ponzi avec un préjudice financier estimé aujourd’hui, selon des sources judiciaires, entre 20 et 25 millions d’euros. Les premiers chiffres sortis par nos confrères étaient de l’ordre de 16 millions d’euros environ. Mais comment cet homme d’affaires franco-américain a-t-il réussi à tromper tout son monde ?  « Je le connaissais de vue depuis longtemps, mais ce n’était pas un ami. Quand il était jeune il avait déjà ce petit côté flambeur, toujours habillé comme un ministre avec des montres de luxe au poignet. C’était un personnage ostentatoire, que l’on remarquait », nous confie ce chef d’entreprise toulousain qui a accepté de parler. Pourtant, ce n’est pas par Marcial Layani que le premier contact avec cette offre d’investissement s’est réalisé : « Dans un premier temps j’ai rencontré un apporteur d’affaires qui venait me vendre des assurances. Et puis, au bout du bout de son argumentaire, quasiment sous le manteau, il a commencé à me parler d’une SCA (société en commandite par actions, ndlr) qui proposait un placement avec une rémunération à 24% via des bassins d’élevage de crevettes. Je ne savais alors pas que c’était Layani derrière. J’ai quand même l’habitude de manipuler les chiffres, et je me suis dit que c’était impossible. J’ai refusé. »

“C’était quasi un gourou !”

La première impression de ce chef d’entreprise était donc la bonne. Et pourtant … « Le hasard a fait que j’ai alors croisé plusieurs fois successives Marcial Layani. Petit à petit, de manière insidieuse, sans y aller avec des gros sabots, il a remis sur le tapis son histoire de crevettes … Et puis, un jour il m’a dévoilé les noms de personnes (un avocat et un promoteur immobilier) que je connaissais qui avaient investi de grosses sommes dans son affaire (respectivement 200 000 et 380 000 euros.) Je me suis alors dit que si ces personnes-là avaient investi, c’est que cela devait être sérieux. Je suis donc tombé dans le panneau, et j’ai lâché 50 000 euros. Dans un premier temps j’avais même évoqué la somme de 150 000 euros. » Et d’ajouter : « J’ai tout de même fait contrôler le contrat par mon expert-comptable qui s’il a été surpris par le rendement du produit financier, m’a assuré que tout était en règle. Tout était déclaré, et j’y suis allé les yeux fermés. » Le contrat signé notre chef d’entreprise est allé à sa banque pour effectuer les virements : « L’apporteur d’affaires de Layani m’a même suivi jusqu’à ma banque. » Et pour cause … Il fallait avoir des arguments à tenir vis-à-vis des proies jusqu’au bout de la chaîne : « Ma banque m’a alors mis en garde car elle avait une double-alerte de Tracfin (Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits financiers clandestins, ndlr) sur le virement. L’apporteur d’affaires m’a rassuré en me disant que c’était une procédure classique pour ce type d’opérations, car la banque de la SCA était au Maroc. J’y ai encore cru. » Aujourd’hui si ce chef d’entreprise en veut forcément terriblement à Marcial Layani, il pointe également du doigt l’apporteur d’affaires auquel il a été confronté dans cette arnaque : « Il était dans l’irrégularité. Il n’avait pas l’agrément de la COB (commission des opérations de bourse, ndlr) obligatoire pour ce type d’opérations. » Notre interlocuteur n’aura donc jamais eu de rémunérations liées à son investissement. Ses deux connaissances qui avaient investi plusieurs années auparavant avaient eux en revanche reçu des rémunérations, « mais cela n’était plus le cas depuis un an. On leur avait alors tenu un discours sur un changement légal, lié au statut fiscal, au Maroc. Là  aussi ils y ont cru, alors qu’en fait Layani ne faisait que gagner du temps. »

La CCI et un journal, une respectabilité achetée

Dans la ville rose Marcial Layani s’était acheté une respectabilité par deux biais. Le premier était celui de la CCI de Toulouse dont il était membre associé. Il aurait ainsi reçu plusieurs de ses victimes sous les dorures du Palais consulaire, en leur faisant même miroiter une certification de l’institution sur certains documents. Le deuxième biais était celui du « Journal Toulousain. » Etre patron de presse pouvait sans doute aider à rassurer certains investisseurs : « Il m’a en effet reçu un jour dans son bureau cossu du Journal Toulousain. Il m’a même alors annoncé que j’allais avoir un article rapidement pour présenter mes entreprises. Cela a été effectivement le cas. » Et le chef d’entreprise que nous avons rencontré de nous brosser le portrait de Marcial Layani : « C’est quasi un gourou. Tu bois un peu ses paroles … Il a une tête de malhonnête mais t’y crois pourtant ! Moi qui fais plutôt attention à ce genre de personnages, je me suis fait pourtant avoir en beauté. » Aujourd’hui Marcial Layani est toujours incarcéré à Gradignan (33) mais l’avocat pénaliste toulousain Eric Mouton ne le représente plus depuis un mois. Les motifs de cette rupture ne sont pas connus. Seul désormais l’avocat bordelais Maître Benoît Ducos-Ader défend les intérêts du toujours présumé innocent. Car l’enquête est toujours en cours … Une audition pourrait avoir lieu très prochainement, et une demande de remise en liberté sous contrôle judiciaire serait à l’étude. Votre hebdo vous tient au courant.

 

 

 

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