[Dossier] Sur YouTube, l’émergence d’une éducation sexuelle 2.0

Capture d'écran de la chaîne YouTube de Léa Choue©DR
Capture d’écran de la chaîne YouTube de Léa Choue ©DR

CLIC – Première fois, masturbation féminine, test de sex-toys… vidéastes et blogueurs se saisissent de plus en plus des questions sexuelles. Et comptent ainsi ouvrir un espace pour se renseigner et parler sans tabou et avec bienveillance.

« Sodomie, sodomie, sodomie… Cette situation te met mal à l’aise non ? Tu es obligé de mettre des écouteurs et de supprimer cette vidéo de ton historique » lance avec malice à sa webcam, la youtubeuse Léa Choue. En 3 minutes, elle explique pourquoi cette pratique sexuelle est taboue. À 24 ans, la jeune Toulousaine fait partie de la poignée de youtubeurs et blogueurs français qui ont décidé de parler de sexe en ligne et sans gêne.

Discours face caméra, tournage dans l’appartement même du vidéaste, montage nerveux,  les codes habituels de la vidéo YouTube sont repris pour aborder les notions de plaisir, les pratiques sexuelles, la santé… Outre Léa Choue, on trouve parmi ces éducateurs sexuels 2.0, Clemity Jane ou M’sieur Jérémy, spécialisés dans le test de sex-toys, Andrew Grey, qui aborde la sexualité des personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres, ou encore Sexy Soucis, véritable ‘’Gougle du Cul’’ comme l’a baptisé sa fondatrice, la journaliste Diane Saint-Réquier.

« J’essaye d’amener les plus jeunes à se poser des questions, car il n’y a pas de vérité établie »

Lancée il y a trois ans et demi sur des sujets beauté et lifestyle, la chaîne de la Toulousaine Léa Choue a progressivement pris une tournure plus intime. « J’avais pas mal de demandes dans les commentaires, sur Facebook, ou par mail, de personnes confrontées à des ruptures amoureuses, qui me demandaient ce qu’elles devaient faire ». Elle décide alors de raconter ses propres expériences, puis d’aborder d’autres questions, de la première fois à l‘orgasme féminin, en passant par les préservatifs masculins et féminins, la taille du sexe… « Pour moi, c’est une chaîne éducative et préventive, j’essaye d’amener les plus jeunes à se poser des questions, car il n’y a pas de vérité établie ». Parmi ses 380 000 abonnés, beaucoup de jeunes femmes, entre 17 et 25 ans… Signe selon elle « que la sexualité de la femme reste taboue ».

C’est aussi le constat que dresse la youtubeuse Clemity Jane, 25 ans. Sa vidéo sur la masturbation féminine a ainsi fait un million de vues. « Des jeunes filles de 13 ans me contactent, car elles se demandent si c’est normal de se masturber », explique-t-elle.  De l’avis des deux vidéastes, cette préoccupation de la normalité revient systématiquement. Selon elle, il y a un vide à combler. « De nombreux parents et l’Éducation nationale sont démissionnaires. Nos parents ont souvent été élevés dans une vision taboue de la sexualité et ne savent pas comment en parler à leurs enfants. Les cours de biologie au collège survolent la question ». Du coup, poursuit Clemity Jane, « pour de nombreux jeunes, la référence c’est le porno, mais c’est une vision biaisée de la sexualité. Beaucoup de jeunes filles passent à l’acte très tôt et culpabilisent ».  Face à ce constat, la jeune femme a décidé de diffuser, via ses vidéos, une vision de la sexualité « saine, positive, décomplexante et sans atteinte au consentement. J’ai la chance d’avoir été éduquée dans cet état d’esprit par ma mère. Et comme j’en parle facilement et librement, j’ai eu l’idée d’en faire mon activité ». Outre les thématiques abordées par ses vidéos, elle prend aussi le temps de répondre individuellement aux questions que lui posent les internautes. « Un boulot à temps plein », explique la jeune femme. Signe que les besoins sont là.

 

 

 

 

 

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