dimanche 24 octobre 2021

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ActualitésPhilippe Motta est le rédac' chef de la semaine

Philippe Motta est le rédac’ chef de la semaine

Ce journaliste et auteur de polars est un pur produit toulousain. Après avoir délaissé la presse pour se lancer dans l’écriture de romans noirs il s’adonne aujourd’hui à la sculpture, suppliciant d’antiques machines à écrire… Un personnage singulier, véritable électron libre de l’art et de la pensée.

Office de la comptabilité

L’Office de la Tranquillité est au fil de l’usage devenu un aimable fourre-tout. De la quémande ordinaire, à l’arbitrage de vétilles, le Toulousain y avait recours pour résoudre pêle-mêle un problème d’encombrants, de réverbère éteint, de caniveau engorgé, autant que d’ados boutonneux qui soignent leur acné à grands coups de watts. Cerise sur le gâteau : l’accueil était vocal. Je lis que Jean-Luc Moudenc veut « policiariser » ce dégrippant du vivre-ensemble. Question de coût. « La mairie n’a pas les sous », dit-il, pour entretenir cette danseuse trop humaine. En revanche Olivier Arsac, son adjoint à la sécurité, nous promet « 80 caméras de vidéo sécurité dans la ville » … « Pour commencer », ajoute-t-il (La Dépêche du 1er juillet 2014). Bref, de la caméra en képi pour effacer 1,2 millions d’euros du budget. Il n’y a pas de petites économies. En revanche, les génies comptables du Capitole ont oublié de dire aux toulousains que statistiquement une caméra coûte 20.000 euros auxquels s’ajoutent, statistiquement encore, 5 agents à 28.000 euros par an pour surveiller 20 caméras. On résume : 1,6 M€ pour les caméras, 560.000 € de salaire pour les surveiller, sans oublier les équipements immobiliers qui vont avec, mais dont on ne nous parle toujours pas. Bref, pour économiser 1,2 M€ on prévoit d’en dépenser plus de 2,2 « pour commencer ». C’est intelligent, le vivre ensemble en uniforme.

 

Toujours plus jeunes

Des Toulousains ont monté un « réseau social », pour descendre plus bas l’âge de la crétinerie smartphonée. Dès 7 ans on peut avoir un « profil » sur une sorte de Facebook en culottes courtes. Une façon de proposer mieux à faire que d’organiser son anniversaire en invitant quelques copains et copines édentés qui croient encore que la souris passe sous l’oreiller. Non. La souris sert à te visser le cul sur une chaise des soirées entières pour oublier que papa et maman ont encore des choses à t’apprendre. Mais tu as un « profil ». En clair : un ordinateur. Bientôt une tablette, et si t’es sage un smartphone. Là-bas, en Amérique, il y a des gens qui font des programmes et les engins que tes parents t’achètent. Dans la Silicon Valley, les pontes de Microsoft, Google, Apple et etc… paient à grands frais à leurs enfants des écoles (« écoles Steiner-Waldorf ») où l’on fait de la poterie, du dessin et où on apprend dans des livres. L’usage du téléphone portable et de l’ordinateur est cause d’exclusion (Libération du 1er fev.2013). Je t’invite, avant de t’inscrire, à méditer sur la portée de ce cynisme. Quoi ? Tu ne sais pas ce que ces mots veulent dire ? En clair : fais-toi payer un vélo ou un ballon, tu verras que le souvenir d’un genou écorché est plus durable que celui des « amis » que tu ne verras jamais.

 

Plus « tank » que « think »

En français, les « laboratoires d’idées » souscrivaient initialement à ce que le terme signifie littéralement : on réfléchit et on en récupère l’effervescente substance. La perversion de cette louable idée est arrivée avec celle du vocabulaire qui les désigne désormais : les « think tanks ». C’est le vent du libéralisme américain qui a poussé l’anglicisme jusqu’ici. Et avec le mot, l’intention que cette perversion syntaxique sous-tend. Car là-bas rien n’est gratuit. Pas même le jus de crâne. Le think tanks n’est plus une aimable côterie de Nimbus animés par le souci du bien commun, mais se rapproche désormais davantage de ce dont les Français se méfient : le lobby. « Think tank », ça fait plus chic, mieux habillé, quoi. Mais au bout du compte, l’intention est identique. Convaincre des élus d’adopter un point de vue. Leur point de vue. Qu’importe si cet avis à partager, fomenté par des gens qui se cooptent pour avancer dans le même sens, n’a rien de partageux. Un think tank n’a rien à vendre, on y trouve surtout des gens qui pondent des livres ou des rapports. Mais il serait sot de croire que le marché est loin derrière. C’est un faux nez avec, souvent, un joli nom « Montaigne », « Le Siècle », énigmatique, IFRI, ou plus direct, « La fabrique de l’industrie »… Avouez que ça fait plus élégant que « amicale des producteurs de porcs ».

 

 

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