RDV de la Table du Vigneron : Personne n’a rendu son tablier !

Débat
Anne-Marie Fontaine, Nicole Miquel-Belaud et Sophie Guichard à la Table du Vigneron

Osmose. Une fois n’est pas coutume, notre tablée du jour était exclusivement féminine. Pour décortiquer le Congrès du Parti socialiste, aborder les rebondissements dans l’affaire Vincent Lambert et revenir sur la quinzaine de Roland Garros, Sophie Guichard, Nicole Miquel-Belaud et Anne-Marie Fontaine se sont jointes à nous.

 Par Coralie Bombail et Séverine Sarrat

 

C’est en sirotant un vin blanc pétillant bien frais que nos trois invitées font connaissance, à la terrasse du restaurant La Table du vigneron (chez Gaure) situé rue des Filatiers. Sophie Guichard, Nicole Miquel-Belaud et Anne-Marie Fontaine sympathisent immédiatement ce qui présupposait d’un débat riche et intéressant… d’autant que les trois femmes n’ont pas leur langue dans la poche. Après avoir passé commande, c’est tout naturellement que nous lançons le premier sujet, à savoir le Congrès du PS qui avait lieu le week-end dernier à Poitiers. Entre la chronique d’Arnaud Montebourg et les frondeurs qui montent aux créneaux, cette réunion au sommet était-elle témoin d’un PS à bout de souffle ? Pour Nicole, la surprise, tout en résumant parfaitement le contexte, est venue de la photo de fin : « Hormis la Motion A, une grande partie des socialistes étaient absents de l’image et l’on nous parle ensuite d’unité ! Il s’agit d’une faute politique énorme ! Aucun frondeur, Martine Aubry a disparu, de même que Benoît Hamon… » Le choc des mots, le poids des photos comme le disait si bien Paris-Match. Plus éloignée de la politique, Anne-Marie observe plutôt la forme que le fond et pour elle, « ce genre de grand-messe est dépassée. Aujourd’hui, l’engagement politique passe par la vie de tous les jours, il vient de la base, là où l’encartement n’est pas nécessaire pour faire changer les choses. Je pense qu’il faut réinventer une nouvelle manière de faire de la politique pour prôner le commun et non la division ! » Pourtant, comme le rappelle Sophie, « Valls a fait une ovation à François Hollande ce qui marque bien une forme d’unité, mais effectivement, si ce n’est que le haut de l’iceberg… » Le Congrès de l’UMP, pardon… de Les Républicains s’invite alors au débat : « C’était pareil pour celui-ci, aucun intérêt. La politique doit maintenant passer par la proximité et ce n’est pas en multipliant les grand-messes de ce type qu’ils y parviendront », acquiesce Nicole. Et naturellement, c’est aux réseaux sociaux que pensent nos trois invitées. « Avec les nouvelles technologies, la base a repris le pouvoir. Les anciennes structures où il convenait de suivre un chef ne fonctionnent plus », explique Anne-Marie. Malheureusement, « c’est pour l’instant idéaliste et utopique car tout est encore organisé de manière pyramidale », constate Nicole. En tous les cas, toutes s’accordent à penser que le fonctionnement des partis politiques ne prend plus auprès des citoyens… « et surtout des jeunes qui préfèrent s’engager dans des associations, des clubs ou des plateformes collaboratives plutôt que dans des partis », constate Anne-Marie, interrompue par Nicole, pas tout à fait d’accord : « Beaucoup de jeunes s’engagent en politique et ils représentent une réelle force de frappe pour les partis. Il ne faut pas caricaturer le monde politique, certains se dévouent encore pour leur territoire. Heureusement, sinon ne resteraient que ceux à l’égo surdimensionné ! »

« Avec les nouvelles technologies, la base a repris le pouvoir » 

Tout comme dans le milieu économique, constate Sophie : « on parle souvent des entreprises du CAC 40 et peu des PME. » Mais fatalistes, elles entrevoient toutes un nouvel affrontement Hollande/Sarkozy/Le Pen, les changements mettant du temps à se concrétiser. Faire une confiance aveugle en un chef est alors dépassé, « les gens veulent participer », clame Anne-Marie, « et les politiques doivent écouter les citoyens ». Pour elle, nous sommes en pleine mutation organisationnelle mais qui peut dire à quoi ressemblera la politique dans 20 ans ? Disposerons-nous de nouveaux outils dont nous n’avons même pas idée ?

Avec les filets de saumon et ses petits légumes, arrivent le deuxième sujet qui, il est vrai, aurait pu couper l’appétit : l’affaire Vincent Lambert. Vendredi dernier, la Cour européenne des droits de l’Homme a confirmé l’arrêt rendu en 2014 par le Conseil d’Etat autorisant l’arrêt des soins à Vincent Lambert, tétraplégique en état végétatif chronique depuis 2008. « Personnellement, je suis croyante mais je suis pour l’euthanasie. Dans cette affaire c’est l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation qui me pose un problème car, là, on ne parle pas de mettre fin à ces jours rapidement mais plutôt de le laisser souffrir pour qu’il s’éteigne seul », explique Nicole qui estime avoir le droit de décider de sa mort tant qu’elle est clairvoyante. Effectivement, dans ce cas précis, c’est la méthode employée qui choque nos invitées : « Stopper l’alimentation et l’hydratation est pour le coup, un acte de torture. C’est totalement paradoxal avec la volonté de laisser partir quelqu’un pour ne plus qu’il souffre », convient Sophie, désarçonnée. Pour Anne-Marie, le réel problème est en réalité que dans cette situation, « chaque cas est particulier, il est donc impossible de légiférer », car les lois gardent un caractère généraliste. Les cas particuliers sont ensuite traités par décrets, « alors on ne s’en sort plus ! » désespère Nicole. Pourtant, il faut bien un cadre commun.

 « Stopper l’alimentation et l’hydratation est pour le coup, un acte de torture »

La seule solution serait alors de « faire savoir, de son vivant, ce que l’on souhaite », poursuit-elle, coupée par Anne-Marie qui s’interroge : « encore faut-il savoir si ce que l’on veut bien portant sera ce l’on désire une fois malade ! » Elle propose alors : « pourquoi ne pas mettre en place un Conseil de médecin impartial qui ferait loi plutôt que de faire reposer la décision sur les épaules d’un seul médecin ou d’une famille déjà affaiblie par la maladie d’un proche ! » Et c’est terminant leur assiette tout en dégustant un verre de vin blanc pour les unes et de rouge pour les autres, que nos invitées s’interrogent sur la fin de vie, la place des personnes âgées dans notre société et plus tard, dans une longue déviation, de la place des femmes.

D’ailleurs certaines ont tiqué quant au traitement des matchs féminins lors de la quinzaine de Roland Garros. Plongeant les cuillères dans les desserts, et déplorant les décolletés, eux aussi plongeants, des joueuses ou des femmes filmées dans le public par les caméras. « Il est vrai que les joueuses ressemblent plus à des top-modèles qu’à des athlètes de haut niveau », reconnaît Nicole, « mais c’est grâce à cela qu’elles gagnent aujourd’hui mieux leur vie et les téléspectateurs regardent leurs matchs », renchérit-elle. Pourtant inconditionnelle de tennis il y a quelques années, elle avoue être allé à Roland Garros « et comme tout le monde, pour voir les matchs des hommes. Désormais, les femmes jouent aussi bien ! » La finesse du jeu peut-être ? Mais… « au fait, c’est la Coupe du monde de foot féminin bientôt », se rappelle Anne-Marie, « et qui en parle ? » Mieux vaut le match amical France-Belgique regrettent, moqueuses, nos « drôles de dames », engloutissant leur café puis retournant à leurs obligations personnelles !

 

 

 

 

 

 

 



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