Ces professeures toulousaines appliquent l’écriture inclusive

PIVOT. Le 7 novembre dernier, le média Slate.fr publiait une tribune intitulée «Nous n’enseignerons plus que “le masculin l’emporte sur le féminin”». 314 membres du corps professoral ont signé ce texte afin que l’égalité des genres s’inscrive dans la langue française. Des signataires toulousaines appliquent déjà cette règle de grammaire.

© Pixnio
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«Quand j’ai enseigné la règle de grammaire “le masculin l’emporte sur le féminin” à mes élèves de CE1-CE2, les petites filles ont ouvert de grands yeux et les garçons s’en amusaient », se souvient Isabelle Dorche, aujourd’hui professeure de mathématique au Lycée Bellevue de Toulouse. Si elle assume s’être retranchée derrière cette méthode pendant longtemps, elle s’est engagée le 7 novembre dernier à ne plus l’enseigner.

Aux côtés de 313 membres du corps professoral de tous niveaux, elle a signé la tribune publiée sur le site Slate.fr. «Quand, dans une classe mixte, on s’aperçoit que les mains qui se lèvent pour répondre aux questions sont dans une grande majorité masculines, on se demande ce qui a pu, à la base, pousser les filles à ne pas prendre parole», raconte-t-elle. Si elle prône également la généralisation de manuels scolaires plus neutres, l’écriture est, selon elle, un moyen efficace de bousculer un système encore trop sexiste.

« Je remarque que l’écriture inclusive sort certaines filles de leur passivité»

Ainsi, elle note l’énoncé des exercices de mathématiques en écriture inclusive, et essaye de former ses élèves à avoir un esprit critique sur la question. « Je remarque que cela sort certaines filles de leur passivité », raconte-t-elle.
«Je ne me retrouve plus dans cette règle grammaticale et beaucoup de femmes non plus», lance de son côté, Marlène Coulomb-Gully, professeure d’université à Toulouse II – Jean Jaurès et également signataire de la tribune. «Je suis enseignante-chercheuse et non pas enseignant-chercheur. Il faut féminiser les noms de métiers et de titres car des femmes aussi occupent ces fonctions. Il s’agit de mettre en phase la langue avec la réalité », ajoute-t-elle. Elle ne va pas jusqu’à imposer à ses étudiants «formatés depuis 20 ans» d’écrire comme elle, mais souhaite les faire réfléchir en utilisant elle-même cette écriture plus égalitaire.

«C’est moins violent que de mettre tout au féminin et cela oblige les lecteurs à prendre conscience de la place des femmes », commente Nadine Halberstadt, directrice de recherche au CNRS. Celle qui est également signataire de la tribune termine par ailleurs ces courriels de la phrase : « Ce mail est rédigé en appliquant la règle de l’accord de proximité », afin de sensibiliser ses interlocuteurs. Elle accorde ainsi l’adjectif avec le mot le plus proche. Par exemple : “Les hommes et les femmes sont belles”.

Mais ce moyen de lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes est-il vraiment efficace? Oui, si l’on en croit une étude menée par Harris Interactive pour l’agence de communication Mots-Clés et réalisée sur Internet en octobre dernier. Le sondage demandait à 100 personnes majeuresde nommer des figures littéraires avec des énoncés différents : « Citez deux écrivains ou écrivaines célèbres» et « citez deux écrivains célèbres ». Résultat: « Les personnes interrogées nomment deux fois plus de femmes lorsqu’elles sont confrontées à des formulations inclusives.»

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