vendredi 4 décembre 2020
Actualités La liberté de la presse attaquée à Toulouse

[Coulisses] La liberté de la presse attaquée à Toulouse

Plainte. Le 4 novembre 2013, nos confrères de « La Voix du Midi » publiait une interview de Thierry et Nadia Portheault, un couple d’anciens militants FN. Dans la foulée, le parti de Marine Le Pen attaquait pour « diffamation. » Mais bizarrerie de l’affaire, le magistrat instructeur s’en est pris également au rédacteur en chef du journal.

 

Pascal Pallas a fait son métier. Pas plus pas moins, en restituant les propos d’un couple d’anciens militants frontistes, dans un article publié par « La Voix du Midi » en novembre 2013 : « Je voulais être candidate sous mon nom de jeune fille: Djelida. On m’a vivement conseillé de privilégier mon nom d’épouse, allant même jusqu’à me dire que mon prénom était déjà presque un handicap», y déclarait notamment Nadia Portheault, qui avait été un temps pressentie pour être tête de liste FN à Saint-Alban. De rudes attaques qui n’ont pas plu à la direction nationale du Front National qui a décidé de déposer une plainte : « Nous portons plainte pour diffamation contre le couple Portheault car nous condamnons leurs propos. Ils n’ont pas été tenus au sein de notre fédération. Qu’ils nous apportent la preuve qu’ils ont été tenus, et par qui », nous confiait Julien Léonardelli, secrétaire départemental du FN, en décembre 2013. Seul hic, le 17 mars dernier c’est étrangement Pascal Pallas, rédacteur en chef de « La Voix du Midi », qui a été mis en examen pour « complicité de diffamation. » Un comble puisque ce dernier n’a même jamais été mis en cause par le parti frontiste tout au long de cette procédure : « J’ai un peu de mal à comprendre ce que je fais là, d’autant qu’on m’attaque personnellement. Le directeur de la publication du journal n’est pas mis en cause … », nous confie la plume toulousaine qui était convoqué lundi dernier devant le tribunal correctionnel. Résultat des courses : le parquet n’a requis aucune peine ni envers notre confrère, ni envers le couple Portheault. Mais attention, veillons encore au grain, car le délibéré ne sera délivré que le 26 février prochain : « Mon avocat est plus que confiant », déclare Pascal Pallas. Mais toute cette affaire pose la question de l’exercice même du métier de journaliste. Cette pression galopante pourrait favoriser l’autocensure dans la profession. Que  doit-on écrire et que peut-on écrire ? « C’est tout l’enjeu du débat qu’a ouvert cette procédure », confirme le rédacteur en chef de « La Voix du Midi », qui en revanche ne croit pas que la liberté de la presse soit en danger en France : « En effet, je ne serai pas aussi catégorique que ça, mais c’est à nos magistrats de faire respecter ce droit fondamental. » Autre enjeu posé par cette procédure, c’est la manière dont les médias doivent traiter le Front National : « Il y a une espèce de chape de plomb dès qu’on parle du FN. On marche sur des œufs, au risque de devenir suspect autant auprès des pros que des antis », nous explique Pascal Pallas. Une chose est certaine, c’est toute une profession qui est auprès de notre confrère. Le stylo levé.

Retrouvez le « Touitt » de Philippe Motta sur le même sujet en page 7

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