[Le débat de la rédac] Une formule “Argent, politique et liberté” s’il vous plait !

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Indiscipline. De l’affaire Panama papers, à la protection des données personnelles par la CNIL en passant par le mouvement En Marche lancé par Emmanuel Macron, nos invités ont commenté l’actualité de la semaine. Et n’ont pas hésité à déborder sur d’autres considérations…

 

Par Aurélie Renne et Coralie Bombail

 

Alors que le soleil bat son plein en ce mardi midi, nous prenons place sur la terrasse du Télégramme, avec nos débatteurs du jour : Xavier Bigot, militant écologiste, Michel Aguilar, ingénieur aéronautique et Philippe Milani dirigeant de l’entreprise Karma Finance. Un casting pour le moins hétéroclite, qui n’a pas mâché ses mots sur notre premier sujet, l’affaire Panama papers dont les révélations ne cessent d’alimenter la presse. « C’est un dossier intéressant du point de vue l’évolution de l’humanité, sur la place de l’argent dans notre société », commence Michel Aguilar qui interpelle son voisin de table Philippe Milani : « Vous qui êtes de la finance, vous en pensez quoi ? » « J’en pense que plus on met de règles, plus on trouve des moyens de les détourner, même les banques sont impliquées dans cette bulle économique d’argent sale », répond l’intéressé qui pressent que « d’autres affaires de ce genre seront révélées dans l’avenir ». Pour Xavier Bigot, il s’agit « d’une course permanente, ceux qui ont beaucoup d’argent cherchent à ‘‘optimiser’’ comme ils disent pour en avoir toujours plus… Ce qui me gêne, c’est que beaucoup d’entre eux ont profité du système français, comme Platini par exemple qui a été formé en France, et ne payent pas leurs impôts ensuite. Pourtant cela ne les mettrait pas en grandes difficultés financières ! » Comment expliquer cette dérive alors ?  « C’est un cancer mental, la logique ‘‘plus j’en ai, plus j’en veux’’ est celle du cancer qui grossit. L’impact de l’argent est si puissant qu’on n’hésite pas à être dans l’illégalité », remarque l’ingénieur, « est-ce par angoisse ou par vanité ? » s’interroge-t-il. « D’autant que le Panama est un pays instable, quand on place de l’argent là-bas, on n’est pas sûr de le revoir un jour », avance Philippe Milani, « mais dans certains milieux, ça ‘‘fait bien’’ d’avoir un compte à l’étranger, c’est une sorte de reconnaissance… » Cet argent « représente un trou noir pour les états », soulève Michel Aguilar, mais il s’avère très difficile de lutter contre ce système. « On ne peut pas lutter contre l’appât du gain », avance Xavier Bigot, fataliste. « De tout temps, les gens ont toujours a cherché à cacher leur argent mais aujourd’hui avec les médias et les réseaux sociaux tout se sait », conclut le gérant de Karma Finance.

« Dans certains milieux, ça ‘‘fait bien’’ d’avoir un compte à l’étranger, c’est une sorte de reconnaissance… »

Calamars et brochettes de bœuf arrivent sur la table, en même temps que le deuxième sujet qui a marqué l’actualité politique : le lancement du mouvement En Marche, par le ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Le personnage semble séduire au moins deux de nos invités… « Il me plait bien, il est jeune, cultivé, il essaye de faire bouger les lignes », avance Michel Aguilar. « Je vais suivre ça de près, mais il faut voir avec qui il va partir », poursuit Philippe Milani, « qu’ils soient bleu, vert ou rouge, ça m’est égal, car il y a de bonnes idées partout, mais il faut que ce soit des jeunes prêts à mettre leurs égos de côté pour faire avancer le pays. » L’écologiste Xavier Bigot est plus perplexe : « Il répète qu’il ne fait de politique, pourtant c’est ce qu’il est en train faire, il tâte le terrain pour les présidentielles. » Emmanuel Macron représente-t-il vraiment un renouveau dans le monde politique ? « Il veut faire croire qu’il ne fait pas partie du système, mais il est dedans ; des Macrons, il y en a 10 000 dans les ministères. Il fait partie d’une caste dans laquelle il existe une forme de reproduction, et qui mène la France dans le mur », répond Xavier Bigot, sans concessions, qui estime en outre qu’il « ne propose rien du tout et reste dans un schéma économique classique ». Sur ce point, Philippe Milani exprime son désaccord : « La loi Macron était bien au départ, puis, au fur et à mesure des modifications, elle est devenue inutile. C’est un peu ce qui se passe aujourd’hui avec la loi Travail, le problème est que tout le monde pense à sa réélection. » La discussion se détourne dévie instant sur le système présidentiel :

Xavier Bigot : Je suis pour la suppression de l’élection présidentielle, qui monopolise tout le débat politique.

Philippe Milani : Il vaudrait mieux un mandat de 7 ans non renouvelable.

Xavier Bigot : Nous n’avons pas besoin de la personne providentielle qui va guider le peuple. La présidentielle, c’est clivant, car les candidats sont les uns contre les autres. Il faudrait mettre en place une élection législative à la proportionnelle qui détermine le gouvernement et le président servirait à inaugurer les chrysanthèmes !

Michel Aguilar : Même avec le risque du FN ?

Xavier Bigot : Soit on interdit ce parti, soit on accepte qu’il fasse partie du jeu démocratique. Mais beaucoup de pays fonctionnent selon ce système.

« Des Macrons, il y en a 10 000 dans les ministères, il fait partie d’une caste qui mène la France dans le mur »

Après cette parenthèse, on se recentre sur le cas Macron pour conclure que ses intentions ne sont pas encore claires. « Il joue sur un double langage, car si Hollande se représente, il lui laissera la place », regrette Philippe Milani. « C’est une stratégie approuvée par Hollande dans le but de lui ramener des voix plus à droite en 2017 », estime quant à lui Xavier Bigot.

« Moi qui ne suis pas terroriste, ça ne me gêne pas si on rentre dans mes infos personnelles »

On termine ce débat avec le chiffrement des données personnelles par les fabricants de technologie. La question est épineuse à l’heure de l’intensification de la lutte anti-terroriste et de l’état d’urgence. La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) s’est prononcée en faveur du chiffrement des données en invoquant le motif de la protection des libertés individuelles. « Aux États-Unis, Apple a refusé de débloquer des données d’un téléphone pour une enquête du FBI, mais ils ont tout de même trouvé quelqu’un pour le cracker », rappelle Xavier Bigot. Pour Philippe Milani, « on vit dans un monde où toutes les infos sont tracées, donc cet avis de la CNIL, c’est encore une règle pour se faire plaisir ». « Moi qui ne suis pas terroriste, ça ne me gêne pas si on rentre dans mes infos personnelles », s’amuse Michel Aguilar, qui nuance tout de même sa pensée : « je voudrais savoir dans quelles conditions ce serait possible ». Xavier Bigot soulève quand ce contexte « d’état d’urgence, ils font ce qu’ils veulent, on a juste la liberté de dénoncer qu’on a perdu toute liberté ». À méditer…

 

 

Mini bios

 

Xavier Bigot : Militant Europe Écologie Les Verts, Xavier Bigot est par ailleurs porte-parole du collectif Casa Nova Toulouse métropole, qui se définit comme un « groupe de réflexion et d’actions de citoyens et citoyennes de gauche autour de la métropole toulousaine ». À côté de son activité militante, il est collaborateur du groupe Nouveau Monde en commun de la région LRMP.

Philippe Milani : Après un parcours bancaire dans plusieurs établissements en France, Philippe Milani a décidé de créer sa société de courtage immobilier et de gestion de patrimoine Karma Finance. En moins de deux ans, l’entreprise basée à Toulouse a ouvert deux autres bureaux, à Lyon et Mont-de-Marsan.

Michel Aguilar : Ingénieur aéronautique, Michel Aguilar a travaillé pour la Direction générale de l’armement et pour le ministère de l’Industrie, notamment. Il développe depuis une quinzaine d’années le véhicule du futur ‘‘Xpolair’’, communément appelé voiture volante.  « Il s’agit d’un aéronef à décollage vertical, financé en partie par la DGA, dont le concept est aujourd’hui validé », précise-t-il.

 

 

 

 

 

 

 

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