Kiosques : cabanes en voie de disparition

Kiosques 3

Ricochet. La crise de la presse papier se répercute fatalement sur les kiosques à journaux. Ces petits commerces disparaissent peu à peu du centre-ville. Mais quelques résistants font face à la crise…

 

Sept. C’est le nombre de kiosques que compte la ville aujourd’hui. Et parmi eux, certains sont fermés : dont celui boulevard Carnot, face au TNT, et celui de Saint-Pierre momentanément déplacé à Compans-Caffarelli le temps des travaux. Mediakiosk, filiale de Decaux, qui gère les kiosques toulousains, peine à en ouvrir de nouveaux dans la ville : « A Bordeaux, j’implante un kiosque par an alors qu’à Toulouse je n’en ai pas ouvert un depuis que je suis dans la société c’est-à-dire en 2003 » lance Pascal Beck, responsable régional de Mediakiosk, notamment chargé de trouver des emplacements et de les soumettre à la mairie. Pour lui, « la grande époque des kiosques, c’était sous Baudis, depuis il ne s’est rien passé ».  Pourtant, il reste confiant pour l’avenir : « les rapports avec la nouvelle municipalité sont bons, nous avons une réunion de travail en septembre pour voir si on peut définir de nouvelles implantations. » En attendant, le kiosque boulevard Carnot « vient de trouver un nouveau exploitant et doit rouvrir prochainement », nous apprend-t-il.Toute la difficulté est de trouver ces exploitants, car les candidats au poste de kiosquier ne se bousculent pas au portillon. Un rôle que se partagent la mairie, la SAD (société de diffusion des journaux) et Mediakiosk. « Le problème est que l’activité de la presse est difficile et demande beaucoup de travail », explique Jean-Jacques Bolzan, adjoint au maire en charge du commerce. « Un kiosque est ouvert 12 heures par jour, c’est en effet beaucoup pour une seule personne, souvent les kiosquiers embauchent quelqu’un ou travaillent en couple », précise Pascal Beck. En outre, les conditions de travail sont très dures, comme en témoigne Christelle Thibault qui a repris le kiosque allées des soupirs en février dernier : « J’ai tout eu, le vent, la pluie, la neige, les manifestations de Sivens… » raconte-t-elle. Une vie particulière dans une dizaine de mètres carré, où l’on ne peut pas s’asseoir et où il n’y a pas de toilettes… L’avantage principal de s’installer en kiosque reste le prix du loyer. Mediakiosk et la mairie de Toulouse sont liés par une convention jusqu’en décembre 2016. La filiale de Decaux se rémunère sur l’affichage publicitaire qui entoure les kiosques, tandis que la mairie perçoit un loyer pour l’emplacement. « C’est une spécificité toulousaine, dans les autres villes le loyer est perçu par Mediakiosk », précise Pascal Beck, « mais ce n’est pas très grave car c’est une petite somme ». En effet, l’exploitant reverse à la municipalité 114€ par mois. Alors que la valeur locative des locaux en centre-ville ne cesse d’augmenter, ces conditions qui peuvent permettre à certains de se lancer : « Les kiosques ont également un rôle social, ils peuvent être l’occasion de retrouver un emploi, de compléter un revenu, de se reconvertir… » signale l’adjoint au maire.

 « la grande époque des kiosques, c’était sous Baudis »

René, qui tient le kiosque du quartier Jeanne d’Arc,  en est un parfait exemple. Il vient de de fêter ses 80 ans et a repris l’affaire depuis 9 ans « pour arrondir les fins de mois et compléter ma pension retraite », explique-t-il. Pour cet ancien boucher du marché Victor-Hugo, ce travail est parfait : « J’ouvre tous les matins, sur les mêmes horaires du marché, de 6h à 13h, 7 jours sur 7, ce qui fait tout de même 50 heures par semaine. »  Connu du quartier, tenir ce kiosque lui permet « de voir du monde et de m’occuper, quand je vois des retraités qui regardent la télé toute la journée, je préfère être ici ! », lance-t-il. A la fin du mois, il arrive à se dégager un petit salaire équivalent au SMIC, « mais pour un jeune qui veut faire vivre une famille, c’est difficile », reconnait-il, « ou alors il faut vendre autre chose que des journaux ». C’est le pari qu’a fait Christelle Thibault, en reprenant un kiosque allée des soupirs (près du Grand rond). Elle a redonné vie à ce local fermé depuis près de 10 ans : « J’habite dans la rue et je cherchais un endroit pour lancer un food-truck mais la municipalité m’a orientée vers ce kiosque », raconte-t-elle. Du coup, elle n’a pas lâché son idée de restauration, qui vient parfaitement compléter l’activité de ventes de journaux. « A côté de la presse, je vends des sandwichs, des pizzas, des gâteaux, des glaces, des boissons fraîches… » énumère-t-elle. Elle a même installé une petite terrasse, pour s’installer le temps d’une pause. A l’intérieur, les 12 m2 ont été optimisés au maximum pour accueillir un four à pizza, un frigo, un plan de travail pour réaliser les pizzas sur place. Et Christelle ne s’arrête pas là : « Le dimanche, je vends des fleurs, le lundi matin je fais dépôt de pain car les boulangeries sont fermées, en fait je m’adapte aux demandes des clients. »  Si, pour l’instant, elle ne gagne pas d’argent grâce à la presse, « les journaux restent un produit d’appel et j’espère que cette activité sera rentable d’ici trois ans », projette-t-elle.

« Les kiosques ont également un rôle social »

La diversification sauvera-t-elle les kiosques ? « Celui du Grand-rond est un cas particulier, car il n’y a pas autant de passage qu’en plein centre, donc le snacking est une bonne idée ; en revanche pour ceux du centre-ville, l’activité la plus rentable à mettre en place pour les kiosques, c’est les jeux. Cela pourrait représenter un chiffre d’affaires considérable pour eux », révèle Pascal Beck. Pour Valérie Pollencigh, associée de la société Presta service à Toulouse, « la diversification est obligatoire pour les kiosques : la carterie, les souvenirs, les fleurs voire les boissons fraîches sont autant de choses qui peuvent apporter un complément à la presse. » Elle, qui visite les kiosques et les marchands de journaux tous les jours constate « l’ambiance morose », d’autant que les points de vente  disparaissent peu à peu du centre-ville : « Depuis janvier cinq points de vente ont fermé autour du Capitole », regrette-t-elle. Créer des kiosques permet donc de palier à ce phénomène. Pascal Beck repère d’ailleurs les meilleurs emplacements en fonction de ces fermetures : « Nous sommes là pour maintenir la vente de la presse en centre-ville, et on va y arriver car la nouvelle municipalité est ouverte », insiste-t-il. Ce n’était visiblement pas le cas du temps de Pierre Cohen : « Nous avions pour projet de dénoncer la convention avec Mediakiosk pour développer une vraie politique municipale autour des kiosques », nous révèle Isabelle Hardy, ancienne adjointe au maire en charge du commerce. De quoi compliquer les négociations… Une embellie est peut-être à attendre pour le monde de la presse, d’autant que les kiosques offrent un service de proximité et créer du lien social dans les quartiers. René, Christelle et les autres le prouvent tous les jours.

 

 

 

 

 

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