dimanche 26 septembre 2021

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Quoi de neuf ? Le président de la ligue des droits de l’Homme de Toulouse revient sur son année

Jean-François Mignard, le président de la ligue des droits de l’Homme de Toulouse revient sur ces douze dernier mois, dans le cadre de nos interviews estivales : “Quoi de neuf ?”

Jean-François Mignard ligue des droits de l'homme
Jean François Mignard, président de la ligue des Droits de l’homme Toulouse © LDDM 2020

Issu d’une famille toulousaine modeste, Jean-François Mignard, est élevé avec des valeurs de solidarité. Il se lance dans le militantisme dès le lycée, en s’opposant à la loi Debré, la loi qui abrogeait la possibilité d’obtenir un sursis avant de faire sons service militaire. Dans les années 70, animé par un sens aigu de la solidarité et de la fraternité et toujours en quête d’engagement, il devient professeur. Il entre ensuite au sein de la ligue des droits de l’Homme. D’abord en tant que simple membre, avant de prendre des responsabilités et de devenir président de la section de Toulouse.

Si vous deviez résumer votre année en un mot…

Jean-François Mignard. Erratique.

C’est à dire ? 

J-F. M. C’est un adjectif qui me semble caractériser ce que j’ai vécu et ce que nous vivons tous depuis maintenant plusieurs mois. J’évoque là, bien sûr, la pandémie avec ce qu’elle entraîne d’aléas et d’insécurité au plan individuel et collectif. Mais je pense également à la manière dont la crise est gérée par les autorités qui accumulent discours et injonctions contradictoires, s’emmêlent dans des pratiques incohérentes et font preuve de constante autorité. Au point d’aggraver – et c’est un exploit – la crise de confiance collective que nous connaissons. Bref, j’irais jusqu’au paradoxe « erratique … et autoritaire ».

L’actualité qui vous a le plus marqué cette année (hors Covid) ?

J-F. M. L’élection au Chili, en mai dernier, d’une assemblée constituante largement dominée par des indépendants et présidée par une universitaire indigène Mapuche. Pour quelqu’un de ma génération, encore meurtri et révolté par le cauchemar qu’a constitué l’arrivée sanglante de Pinochet et ses Chicago Boys au pouvoir en 1973, c’est une lueur d’espoir qui éclaire à nouveau ce continent.

La disparition qui vous a le plus touché ?

J-F. M. Elles ont été trop nombreuses ces derniers mois. Mais celle de Bertrand Tavernier m’a beaucoup attristé. Au-delà de la sympathie qu’il pouvait m’inspirer en tant qu’homme, ses films ont accompagné une bonne partie de ma vie. Ils ont jalonné son parcours militant et humaniste et ont fait de lui un compagnon de route dont la disparition me touche particulièrement. Ajoutons que, pour moi, ses films sont aussi l’occasion de retrouver à l’écran beaucoup d’actrices et d’acteurs qui nous ont quittés … bref, pas mal de nostalgie.

Qu’est-ce qui vous fait peur pour l’avenir ?

J-F. M. Je dois avouer être sidéré par la violence “sans filtre” des affirmations, sentiments, avis, opinions et impressions qu’un nombre croissant de mes congénères, il me semble, prennent pour des arguments. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, je ne trouve pas notre société plus violente dans les actes, mais plutôt dans les rapports que nous entretenons entre nous : la concurrence de tous contre tous, la méfiance, les procès d’intention, les insultes, les provocation et, au mieux l’indifférence. Quand ce n’est pas carrément une forme de haine de la différence… D’autant plus que certains médias, qui me semblent être à la limite du regardable, et la plupart des réseaux sociaux font office de caisses de résonnance. Il va pourtant falloir continuer à faire société dans un avenir qui ne s’annonce pas très rose sous pas mal d’aspects. C’est inquiétant…

Qu’est ce qui vous rend optimiste ?

J-F. M. Rien de particulier. Il m’a toujours semblé que le pessimisme est un sentiment que nous n’avons pas le luxe de nous payer. Je suis donc indéfectiblement optimiste. Au moins jusqu’à ce jour. Le futur sera ce que nous en ferons. Ni plus, ni moins.

La bonne habitude que vous avez prise cette année ?

J-F. M. Je me suis drastiquement interdit l’utilisation des ascenseurs et escalators. Depuis, je tiens le coup et je prends systématiquement les escaliers. Même – et surtout ! – dans le métro.

L’homme ou la femme de l’année ?

J-F. M. Pour 2021, comme l’année précédente, je choisirai Cédric Herrou. Pas tant pour la personne en tant que telle, qui m’est très sympathique, que pour la cause qu’il incarne. Celle des “délinquants de la solidarité” qui n’hésitent pas à donner de leur temps, de leur énergie et de leurs moyens pour faire vivre les principe de fraternité et de solidarité active avec les réfugiés. Des sans-papiers qui fuient des pays invivables, souvent extrêmement violent, et qui viennent chercher espoir et survie parmi nous. La brutalité pavlovienne des poursuites engagées par les autorités préfectorales à son encontre, l’acharnement indigne des autorités à le poursuivre en font pour moi une figure emblématique.

Qu’est ce que l’on peut vous souhaiter pour l’avenir ?

J-F. M. A la lumière de quelques épisodes de ma vie ces derniers mois, je me limiterai à quelques banalités : la santé, surtout …

La chanson que vous avez le plus écouté cette année?

J-F. M. « Besame mucho », la version de Caetano Veloso et Jao Gilberto. Allez savoir pourquoi… Et, surtout, beaucoup de bossa nova.

Le film de l’année ?

J-F. M. Il y’en a eu très peu, forcément. Je dirai ”Des hommes”, de Lucas Belvaux. Là aussi, c’est le film d’une génération.

Le livre de l’année ?

J-F. M. « Lettre aux professeurs sur la liberté d’expression » , de François Heran, aux éditions La Découverte.

La blague qui vous qui vous a fait marrer cette l’année ?

J-F. M. Je ne me lasse pas du clip féroce qui a été diffusé par TV 3 (une chaîne de télévision publique catalane, NDLR) lors d’une émission sur Manuel Valls !

 

Face aux multiples crises, comment retrouver la sérénité ?

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