lundi 2 août 2021

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ActualitésJean-François Grelier écrit à Christiane Taubira

Jean-François Grelier écrit à Christiane Taubira

Expéditeur : Jean-François Grelier, ce professeur à l’IUFM grièvement blessé lors de l’explosion d’AZF, il créé dans un premier temps « Le Collectif des sans fenêtres ». En 2002 il rejoint l’Association des sinistrés du 21 septembre, dont il devient président en 2009.

Destinataire : Christiane Taubira, actuelle garde des sceaux, ministre de la justice depuis mai 2012. Initialement professeur de sciences économiques elle fut députée de Guyane en 1993 réélue en 1997, 2002 et 2007 et députée au Parlement européen de 1994 à 1999.

 

Madame la ministre,

Le 21 septembre 2001, j’étais chez moi, en train de corriger des copies, avec le pole chimique sous mes yeux. Et l’usine AZF s’est invitée chez nous, alors que nous ne lui avions rien demandé. Il nous a fallu beaucoup de temps pour reconstruire notre environnement moral et matériel. Il nous a fallu se battre seul contre la machine Total pour être indemnisés, en sachant qu’on laissait sur la route tous ceux, personnes âgées, traumatisées, parlant mal le français, qui  n‘avaient pas la force de le faire.

Et voici la première peine.

Et puis est venu le temps des procès. Nous nous sommes d’abord battus pour que le groupe Total soit dans le procès, et nous avons réussi ce tour de force par la citation directe, alors que tout l’appareil judiciaire que vous représentez a toujours refusé d’aller chercher des responsabilités au-delà des cadres toulousains. Ceux-ci n’ont eu que le tort d’appliquer la politique que le groupe Total leur demandait d’appliquer. Nous avons réussi à faire reconnaître l’erreur industrielle, et le groupe Grande Paroisse, ombre portée de Total, a été condamné. Mais ce procès a été cassé par la faute d’une erreur inqualifiable du premier président de la cour d’appel de Toulouse. Le travail exemplaire du collège d’experts, ainsi que le travail des trois magistrats de la cour d‘appel de Toulouse, auquel il n’est fait aucun reproche sur le fond est ainsi annulé. Ne serait-ce que du point de vue d’une bonne gestion de l’argent public, c’est un fiasco retentissant. Quant aux victimes, la faute professionnelle du premier président les replonge dans les souffrances, les empêchant de tourner la page.

Et voilà la deuxième peine.

La cour de cassation a pris une deuxième décision lourde de conséquences. Elle a fixé l’appel à Paris. Nous avons appris que c’est quinze jours avant la décision de cassation du procès AZF, le 26 décembre 2014, que vos services ont signé le décret n° 2014-1634fixant la liste et le ressort des juridictions interrégionales spécialisées en matière d’accidents collectifs. Désormais la loi désire que ce type d’accident relevant de la juridiction toulousaine soit jugé au TGI de Paris.

Et voilà la troisième peine.

L’image d’Épinal des audiences foraines est un tribunal se déplaçant en pirogue sur le fleuve Maroni pour rendre justice au fin fond de la Guyane. Vous pouvez par ordonnance décider que le tribunal spécial que vous avez désigné se déplace au fin fond de la France, à Toulouse, pour permettre aux victimes toulousaines d’assister à leur procès. Au point de vue d’une bonne gestion des intérêts de l’Etat, que vaut-il mieux : payer le déplacement de trois magistrats parisiens à Toulouse, ou payer le déplacement de 2300 victimes toulousaines à Paris ?

Je vous remercie d’être attentive au bon déroulement de la justice

 

Jean-François Grelier, Président de l’Association des Sinistrés du 21 septembre

 

 

 

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