mercredi 25 novembre 2020
Actualités Intégration des Roms à Toulouse : le parcours impossible ?

Intégration des Roms à Toulouse : le parcours impossible ?

Impasse. La précarité est devenue le quotidien pour la population rom à Toulouse. Le milieu associatif est mobilisé pour favoriser l’intégration de cette communauté. Mais le chantier est grand.

 

Chemin des Izards, une permanence d’accueil a ouvert début septembre, au siège du CCPS (Comité de Coordination pour la Promotion et en Solidarité des migrants tsiganes). Dans le sous-sol du bâtiment, les salariés de l’association doivent faire face à toutes sortes de détresse. Au mur, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, au sol, des jouets d’enfants, et dans un coin, un vieux téléphone à cadran. Ce jour-là, le début de matinée est plutôt calme. Il faut dire que la nouvelle n’a pas encore fait le tour de tous les campements ou autres lieux de résidence des populations concernées. « Nous essayons de faire passer l’information sur le terrain et à tous nos partenaires », explique Emmanuelle, salariée du CCPS, de permanence ce matin. L’objectif de ce nouveau service est de conseiller les gens « dans le respect de la confidentialité et avec du matériel à disposition : ordinateurs, téléphone, documentations », précise Emmanuelle. Cela oblige également les personnes à faire la démarche de venir, « et donc d’être plus actives et autonomes, ce n’est pas nous qui venons vers elles, mais elles qui viennent vers nous. » Elle s’interrompt. Un homme et une femme entrent dans la pièce. Ils viennent remplir leur dossier d’aide médicale d’Etat, une couverture maladie pour les étrangers en situation irrégulière. « Les demandes mettent des mois à aboutir car l’administration doit vérifier que la personne ne bénéficie pas d’une couverture dans son pays d’origine », explique-t-elle. L’homme tente, avec quelques difficultés, de remplir le dossier lui-même. Mais en attendant cette aide, il faut trouver une autre solution pour ces personnes qui ont besoin de soins médicaux. Emmanuelle leur indique (en roumain) comment se rendre à Médecin du monde à Toulouse. Expliquer les déplacements pour se rendre à tel ou tel endroit en transports est une tâche récurrente pour les membres du CCPS. Ceux qui vivent sur des campements sont éloignés de tout et ont peu de moyens de transports à disposition. L’association a vocation à aider pour toutes démarches administratives, de la scolarisation des enfants, à la traduction de courriers, en passant par la recherche d’emploi, point crucial dans la problématique de l’intégration.

« Sur les 1200 roms toulousains, moins de vingt personnes sont salariées »

Certains travaillent exclusivement sur cette question, comme Germain Clément, trésorier du CCPS et ancien président. Aujourd’hui, il se définit comme « un coach » de l’insertion professionnelle. « En ce moment, je traite le dossier d’une famille qui est en très bonne voie d’intégration », raconte-t-il, « ils ont quatre enfants, le premier est inscrit dans un CAP maçonnerie, le deuxième en CAP cuisine, le troisième est au collège Anatole France et le dernier de 9 ans est scolarisé. » Un exemple encourageant pour le bénévole, mais ce n’est qu’une aiguille dans une botte de foin car arriver à ce résultat pour les 400 familles roms de Toulouse « est un travail de fourmi et on manque de bénévoles », regrette Germain Clément. Actuellement une vingtaine de personnes est suivie par l’association sur le volet de l’emploi.

Le principal obstacle à l’accès au travail est la langue. « Certaines personnes sont là depuis 2, 3 ou 5 ans et ne parlent toujours pas le français », souligne Emmanuelle. Les roms vivent dans la majeure partie des cas en communauté et ont finalement peu de contacts avec des personnes parlant le français, « à part au supermarché, à l’hôpital, par exemple, ils ont appris certains mots de base mais n’ont pas l’occasion de progresser », poursuit-elle. « Les enfants ça va, pour moi… handicap », balbutie un homme d’une quarantaine d’années venu à la permanence. Il y a bien des associations spécialisées dans l’apprentissage du français, «mais tous les cours sont pleins, car ils sont destinés à tous les étrangers donc il y a énormément de demandes », explique la salariée du CCPS. Et ceux qui y accèdent, « se découragent vite car avec un cours par semaine, ils n’ont jamais l’impression de s’améliorer. »

L’insertion professionnelle est pour l’instant un objectif, mais en aucun cas une réalité. « Sur les 1200 roms, moins de vingt personnes sont salariées», déplore Emmanuelle. Au camp du Ginestous (un des plus grands et plus anciens de Toulouse), une seule personne a trouvé un emploi. Mais son histoire est rare.

 

« A tous les gens qui passaient, je leur demandais un travail »

Calin, un jeune homme de 29 ans, est arrivé à Toulouse il y a un an et demi, sans sa femme et ses deux filles restées en Roumanie. Dans un premier temps, il vit sur un parking à Sesquières, et fait les poubelles pour survivre. Lorsqu’il trouve une vieille caravane, il s’installe sur le camp de Ginestous et fait venir sa famille. Calin prend alors l’habitude de mendier régulièrement devant le même supermarché : « A tous les gens qui passaient, je leur demandais un travail », témoigne-t-il (avec l’aide de Christian, salarié du CCPS, car Calin comprend le français mais s’exprime difficilement). A force de persévérance, une cliente régulière du magasin le prend en affection et décide de lui faire faire un essai chez elle, en tant qu’homme d’entretien (ménage et jardin). Depuis janvier dernier, le jeune homme travaille pour cette dame 60 heures par mois, pour un revenu de 480 euros. « C’est vraiment une mère pour moi », se réjouit Calin. En effet, plus que lui trouver un emploi, cette personne l’aide dans ses formalités, l’accompagne à Pôle emploi, reçoit sa famille chez elle pour le café. Prochain objectif de Calin : partir du campement. Il a déjà déposé une demande de logement social, « mais les délais sont tellement longs qu’il a également fait un dossier pour un logement classique », explique Christian. Une belle histoire dont se réjouissent les travailleurs sociaux. Mais pour les autres, la route est encore longue.

 

Toulouse a connu deux vagues de migration

« En 2009, l’immigration des communautés roumaines et bulgares a connu un pic sur Toulouse. Cette vague de migrants connaît aujourd’hui des difficultés pour s’intégrer, contrairement à la vague précédente, datant des années 1990. Les roms arrivés à cette période sont pour la plupart parfaitement insérés dans la société. Actuellement, le nombre de Roms est à peu près stabilisé dans la ville, on avoisine les 1500 personnes », selon Emmanuelle du CCPS.

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