jeudi 27 janvier 2022

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[ITW] Franck Calmels : « En affichant des mesures inapplicables, Blanquer augmente les risques plus qu’il ne les diminue »

Trois jours après la rentrée scolaire, Franck Calmels, secrétaire départemental du Syndicat des enseignants UNSA en Haute-Garonne, fait le point sur la mise en œuvre, dans les écoles, du protocole sanitaire annoncé par le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Entre « incompétence et manque de considération », le syndicaliste regrette un protocole inapplicable et déconnecté de la réalité du terrain.

Calels syndicat Unsa
Franck Calmels, secrétaire départemental du Syndicat des enseignants UNSA en Haute-Garonne

Journal Toulousain : Comment se passe cette rentrée scolaire en pleine cinquième vague de Covid-19 ?

Franck Calmels : Avant même de parler en détail de la situation, je voudrai dire que nous sommes atterrés par la manière d’agir et la désorganisation dont fait preuve notre ministère. Nous atteignons des sommets d’incompétence et de manque de considération. Au début de l’épidémie nous pouvions comprendre que les autorités soient surprises mais, après deux ans, il n’y a plus de surprise qui tienne. Découvrir le nouveau protocole dans la presse la veille de la rentrée, c’est ingérable. Autant pour les enseignants que pour les parents d’élèves. Cette situation est invraisemblable.

JT : L’annonce du protocole par voie de presse, la veille de la rentrée, était une erreur ?

FC : Ce n’est pas un simple couac, c’est le fonctionnement habituel de notre ministre et nous le dénonçons depuis deux ans. Jean-Michel Blanquer prend des décisions seul et, de ce fait, il établit des protocoles qui sont impossibles à tenir sur le terrain. Il est inconcevable de vouloir organiser les choses sans discuter avec le personnel ou, a minima, l’informer correctement. Les notes officielles ne sont arrivées que le mardi dans les boîtes mails des établissements scolaires. De plus, certains points du protocole n’étaient toujours pas clairement définis le jour de la rentrée. Par exemple, sur la question de la conduite à tenir face aux élèves cas contact dans leurs familles, nous avions trois réponses contradictoires émanant du ministère de l’éducation, de celui de la santé ou du rectorat.

JT :Comment se traduit cette « désorganisation » sur le terrain ?

FC : Les parents arrivent parfois avec des informations que nous n’avons pas. Nous devons nous adapter en permanence avec la crainte de ne pas pouvoir nous occuper correctement de nos élèves. Pour ne rien arranger, les consignes changent pratiquement toutes les semaines et ne sont pas transmises aux personnels. C’est à nous d’aller consulter la Foire aux questions (FAQ) du ministère pour savoir ce que nous devons mettre en place. Depuis la rentrée de septembre, celle-ci a déjà été actualisée 36 fois. Cela atteint un point inimaginable. Nous ne sommes que le 5 janvier et le protocole a déjà changé deux fois depuis le début de l’année. Des mesures ont été annoncées le 31 décembre puis immédiatement modifiées le 2 janvier. C’est un tel casse-tête qu’après seulement deux jours de classes, les directeurs d’écoles disent être plus fatigués qu’avant les vacances.

JT :Constatez-vous une augmentation du nombre d’établissements fermés avec la vague du variant Omicron ?

FC : Aujourd’hui, il n’y a que très peu d’établissements fermés. Essentiellement parce que le principe de la fermeture d’une classe avec trois cas positifs parmi les élèves a été abandonné. Actuellement, la situation est floue car le texte dit « à partir d’un certain nombre » sans être plus précis. Cela fait l’objet d’une étude au cas par cas, qui peut varier d’un établissement, ou d’un territoire à l’autre.

JT : Concrètement, quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans les établissements scolaires ?

FC : Le plus compliqué, c’est de devoir appliquer un protocole inapplicable. Non seulement nous manquons de masques, de capteurs de CO2 et de personnels dans tous les établissements, mais en plus nous sommes confrontés à des injonctions contradictoires. Comment prendre en charge les enfants des personnels soignants ou les élèves des professeurs absents sans mélanger les groupes quand nous n’avons pas de remplaçants ? On nous demande d’aérer régulièrement mais certaines fenêtre doivent rester fermer par mesure de sécurité.

En primaire, les directeurs d’école sont submergés par la gestion des cas de covid et des différentes attestations parentales alors qu’ils n’ont aucune aide administrative et qu’ils doivent être présents dans leurs propres classes. Il faudrait plus de personnels pour garantir le respect du protocole sanitaire mais l’administration est visiblement incapable de recruter. Après chacune des règles établies, il faut ajouter “quand on peut” et “avec les moyens que l’on a ou non”. Le ministère se cache sans cesse derrière la formule consacrée “dans la mesure du possible”.

JT : Selon vous, en annonçant des mesures strictes mais inapplicables, le gouvernement ferait de l’affichage ?

FC : Tout à fait, le ministère affiche “je gère, ça marche”. Mais la réalité est tout autre. D’une école à l’autre, chacun fait ce qu’il peut. Il y a un écart flagrant entre ce qui est annoncé aux médias, la propagande du gouvernement, et ce qu’il est réellement possible d’appliquer dans les établissements scolaires.

JT : Aujourd’hui, craignez-vous pour la santé des enfants et des personnels ?

FC : La situation est très variable d’un établissement scolaire à l’autre. Et les écoles ne sont pas plus dangereuses que le reste de la société. Mais si l’on prétend mettre en place un protocole que l’on ne peut pas appliquer, alors on augmente les risques. En affichant des mesures inapplicables, Jean-Michel Blanquer augmente les risques plus qu’il ne les diminue.

JT : Quelles sont vos préconisations et vos attentes face à cette « désorganisation » que vous déplorez ?

FC : Nous demandons la même chose depuis le début de l’épidémie : de la concertation et de l’anticipation. Il aurait fallu discuter avec les personnels dès le mois de décembre. Cela aurait permis d’arrêter beaucoup plus tôt un protocole réaliste. Quitte à le doter de plusieurs scénarios pour s’adapter en fonction de l’évolution de l’épidémie. Le bon protocole, c’est celui que l’on peut réellement mettre en place.

Nicolas Belaubre
Nicolas Belaubre a fait ses premiers pas de journaliste comme critique de spectacle vivant avant d’écrire, pendant huit ans, dans la rubrique culture du magazine institutionnel ‘’à Toulouse’’. En 2016, il fait le choix de quitter la communication pour se tourner vers la presse. Après avoir été pigiste pour divers titres, il intègre l’équipe du Journal Toulousain, alors hebdomadaire de solution.
 

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