[ENQUETE] Une communauté dans le doute

ecole juiveExode. L’antisémitisme progresse. Dieudonné sévit et provoque. Ozar Hatorah reste dans les mémoires. Hyper Cacher a ravivé les tensions. Beaucoup de juifs vivent désormais dans la peur, se sentant parfois même trahis par leur pays. Plongée dans la communauté toulousaine dont certains membres n’hésitent plus à partir en Israël.

Le réveil est difficile. Alors que l’on vient tout juste de célébrer le 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, des chiffres cruels viennent de nouveau troubler la communauté juive de Toulouse. En effet, le très sérieux Service de protection de la communauté juive (SPCJ) vient de publier son rapport annuel. Le verdict est sans appel : notre ville se classe désormais au quatrième rang en nombre d’actes antisémites recensés (après Paris, Marseille et Lyon.) Une vérité difficile à affronter pour une communauté qui a déjà beaucoup subi. La cicatrice du 19 mars 2012, la tuerie d’Ozar Hatorah, est à jamais ouverte … « J’étais sur place ce jour-là. Ces images sont gravées en moi, pour la vie », se remémore avec émotion Gérard Nahon, membre du cabinet de Jean-Luc Moudenc en charge de développer les jumelages, et notamment avec Tel Aviv. Aujourd’hui le constat s’impose, la communauté juive de Toulouse se sent en danger, et nombreux sont ceux qui pensent à rejoindre Israël. Pour Armand Partouche, vice-président de la communauté juive de Toulouse et à la tête de Radio Kol Aviv, il y a trois raisons à cela : « En premier lieu, il y a clairement la montée de l’antisémitisme et cette insécurité croissante. Beaucoup se sentent trahis en France, et ils sont devenus des cibles. Ensuite il ne faut pas nier que pour certains il y a une volonté spirituelle, une nécessité à retrouver leur culture et leurs racines. Enfin, nous ne pouvons pas exclure la situation économique de la France, alors qu’Israël se développe sur la base d’une croissance forte. »

« Beaucoup partent, mais est-ce pour autant le bon choix ? »

Mais si le départ de juifs français vers Israël est largement relayé par les médias, Armand Partouche s’inquiète également de l’envol de certains de ses amis vers des pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l’Australie : « La situation est préoccupante et la réalité des chiffres est tronquée. Les juifs ne quittent pas la France que pour Israël … Et je crains que ce phénomène perdure. » Du côté de Gérard Nahon on analyse les choses avec pragmatisme : « On ne peut pas nier l’évidence. Aujourd’hui beaucoup partent, mais est-ce pour autant le bon choix ? C’est un problème de conscience personnelle. » Armand Partouche de renchérir : « Je comprends ceux qui sont inquiets, mais de mon côté je pense qu’il faut résister. Je suis très républicain et je ne quitterai pas mon pays. Ce serait une démission. » L’enjeu est donc de taille, et Gérard Nahon confie que la mairie est consciente des actions à mener : « Nous ne sommes pas fatalistes. Les Toulousains sont faits pour rester Toulousains. Jean-Luc Moudenc connaît cette réalité depuis bien longtemps, il en parle avec –la communauté depuis bien avant son élection. Il a toujours été très clair sur le sujet. » La cible est bien nommée par Gérard Nahon : « Je suis un ami de l’Islam, mais un fervent ennemi des islamistes. » Le combat de l’antisémitisme est par ailleurs le combat de tous, pas celui d’une communauté : « Cela concerne tout le monde quand les valeurs de la République sont touchées », livre Armand Partouche. Ce dernier fait d’ailleurs partager une anecdote : « J’ai beaucoup d’amis qui ne sont pas juifs, et souvent quand je termine un déjeuner, ils me lancent « Bon courage ! » Je leur retourne souvent « Bon courage à nous tous ! », car en fait ce mal concerne tout le monde. Nous sommes dans le même bain, la même lutte. » Et si le bras de fer est engagé avec les ennemis de la démocratie et de la fraternité, le quotidien est là : « Quand j’amène ma petite fille à l’école, et que je vois encore des militaires ou des policiers à l’entrée, j’avoue me poser beaucoup de questions. » Pour nombre de membres de la communauté juive de Toulouse la réponse semble avoir été trouvée …

 

Le CRIF alerte

Salomon Attia

Salomon Attia, secrétaire général du CRIF (conseil représentatif des institutions juives) Midi-Pyrénées, s’inquiète du climat actuel : « Il y a aujourd’hui de l’inquiétude dans notre communauté à Toulouse. On nous avait dit qu’il y aurait un avant et un après 19 mars 2012 (la tuerie d’Ozar Hatorah, ndlr) … Et puis Charlie, et puis Hyper Casher … Le plus triste est que ceux qui ont commis ces attentats sont français. On a donc une guerre à l’intérieur de notre pays. Et c’est sans doute pour cela que beaucoup de juifs ne se sentent plus compris. Il y a des phénomènes inquiétants et éloquents, regardez dans les écoles on a même du mal à traiter la Shoah, et c’est un problème qui ne date pas d’hier. Il est urgent de rétablir un dialogue inter-religieux efficace et de défendre avec force la laïcité. »

 

 

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