[Enquête] Toulouse, ville infidèle ?

Infidélité FOREST

Soupçon. Coquetterie exacerbée, retards à répétition, rouge sur le col d’une chemise… L’infidélité semble en plein boom voire en quête de légitimité. Décryptage à Toulouse d’un phénomène qui tend presque à devenir tendance…

 

Frédéric a 41 ans. Il est en couple depuis 16 ans et marié depuis 8. Trois enfants, un train de vie familial et professionnel  bien établi et des aventures à la pelle depuis plus d’un an : « La première fois c’était un hasard, c’est une fille qui m’a accosté. J’ai trouvé que ça avait un effet bénéfique sur mon couple, ça l’a presque redynamisé ! Depuis je me suis inscrit sur un site et c’est vrai que j’ai fait plusieurs rencontres… » Le site en question c’est Gleeden. Créé en 2009 « par deux hommes », explique Solène Paillet responsable de la communication du site, «  puis géré par des femmes de A à Z », précise-t-elle, il s’est développé comme une traînée de poudre dans toute l’Europe. En France, c’est 1 million de membres, dont 40 000 à Toulouse. L’idée est claire : proposer un site « sécurisé » pour les infidèles.

Depuis, le concept a fait des émules et l’infidélité 2.0 semble avoir de beaux jours devant elle, car chez Gleeden and co on a pensé à tout : « on peut créer un book de photos privées, pour ne pas avoir à publier sa photo publiquement sur le site », poursuit Solène Paillet. Et c’est sans parler du bouton « Panic » qui permet de camoufler rapidement ses recherches et être renvoyé sur la page de son choix au cas où le conjoint passerait par là… Ou encore des règlements effectuables en cash au kiosque du coin… Gleeden est payant pour les hommes et gratuit pour les femmes, ce qui fait petit à petit pencher la balance vers l’équilibre : 40% de femmes contre 60% d’hommes inscrits.

« On fait régulièrement des études, Toulouse fait résolument partie des villes les plus infidèles », balance Solène Paillet comme si l’adultère était un critère de plus pour atteindre le top 5 des villes où il fait bon vivre… Toulouse serait à la 12ème place des villes les plus infidèles (chiffres Ifop/Gleeden datant de février 2015) avec un taux de 8,62% d’infidèles (ratio du nombre d’inscrits par le nombre d’habitants). Et lorsque l’on pointe l’éthique dans tout ça, la défense est simple : « Gleeden n’incite pas mais donne les moyens de faire discrètement. » Il faut dire que le business de l’infidélité ratisse large. Pour preuve, les partenariats couchés entre ces sites et des entreprises locales : des hôtels qui baissent leurs tarifs pour louer des chambres à l’heure, ou certains restaurants qui réservent leurs tables les plus discrètes à la clientèle Gleeden !

Un alibi à la pointe !

Des esprits malins ont carrément pris le créneau de l’alibi et proposent des preuves « matérielles » pour excuser nos infidèles notoires de leurs absences. « Nous avons une centaine de demandes en région toulousaine chaque année », explique Gérard Nabet, créateur de mon.alibi.free.fr. Ce détective privé  à la retraite estime que la demande représente pour 60% des femmes : « elles sont prudentes…les hommes eux se font prendre. » Des prestations pour lesquelles il faudra tout de même compter entre 50 à 100€ par document, « sinon moins cher j’ai le coup de l’appel de la secrétaire à 30€ », lance-t-il sans l’once d’un scrupule…

Dans la ville rose -au risque de surprendre- « l’infidèle type est un homme de 37 ans, marié depuis plus de trois ans et appartenant à une catégorie socio-professionnelle supérieure », détaille Solène Paillet. Et de rajouter « Mais ce n’est qu’un profil type car nous avons de plus en plus de femmes, c’est un phénomène de société qui se féminise, l’attrait de la gratuité doit y être pour quelque chose mais c’est aussi clairement mieux accepté et assumé qu’avant. » Pourtant, côté conjoint, tous les couples ne peuvent se targuer d’assumer une sexualité débridée et libertine, car les enquêteurs n’en finissent plus d’être contactés à ce sujet… « Cela représente 40% de notre activité en nombre d’affaires », indique Jean-Marie Quoirez, détective agréé. L’homme a trente ans d’enquête à son actif et il explique que « parfois il s’agit simplement de lever un doute, d’autres connaissent déjà le nom de l’amant, son âge et sa profession, ce qu’ils veulent ce sont des preuves pour un rapport en justice dans le cadre d’un divorce. » Pour lui, l’infidélité est carrément « en augmentation mais cela ne se répercute pas forcément sur notre activité car les gens ont de plus en plus de matériel pour piéger eux-mêmes : micro, appli mobile, outils internet. Et ils s’en servent ! » Et si femmes et hommes font appel à ce genre de prestations pour pister leur conjoint(e), la nouveauté est toute autre : «une nouvelles catégorie, les 60-70 ans, apparaît dans notre clientèle depuis 2 ans… Il y a une logique, aujourd’hui on vit plus vieux on parle du 4ème âge, alors on batifole plus tard aussi… » Barbara, elle, a 38 ans et si elle n’est en couple que depuis 3 ans, elle considère que tromper son partenaire de temps en temps n’est pas bien grave : « il faut savoir penser à soi ! » Mais en fin de discussion elle admet tout de même que le plus difficile dans l’infidélité c’est « l’après », lorsqu’il s’agit de rentrer à la maison regarder l’autre dans les yeux.

 

Eclairage par Daniel Welzer Lang, sociologue spécialiste des rapports sociaux de sexe et de genre.

 

Que dire de l’infidélité aujourd’hui ?

L’infidélité est de plus en plus tolérée. Chez les hommes, bien sûr, car ils sont socialisés comme infidèles depuis leur plus tendre enfance. On leur apprend l’excitation via la pornographie pendant que les femmes lisent Arlequin et Marguerite Duras ! Et n’oublions pas que jusqu’à peu, il y avait encore les bordels : les hommes sont légitimement infidèles.

Peut-on dire que l’infidélité évolue ?

La nouveauté c’est que le plaisir sexuel féminin est aujourd’hui reconnu. L’infidélité est en voie de légitimation pour elles aussi. La cause de ce phénomène de société est simple, le couple actuel, papa/maman/enfant est un couple ou on veut tout : être de bons amis, de bons amants, de bons parents et avec une durée de vie qui augmente ! »

Toulouse est-elle infidèle ?

On peut dire que dans le sud-ouest, l’église catholique a eu moins de poids qu’ailleurs, la moralité judéo chrétienne de la fidélité à la vie à la mort moins d’effet… N’oublions pas les Cathares ! Toulouse est une ville riche, jeune, avec beaucoup de célibataires, et autant de tentations…

Internet fait-il augmenter l’adultère ?

Les sites qui le facilitent sont des dispositifs commerciaux qui se sont mis en place car il y avait là un besoin ! La question, c’est l’évolution globale de la société. Un dispositif technique (caméra personnelle ; minitel, internet), ne se développe pas seul, les gens le créent et les dispositifs ne font que la renforcer.

 

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