mardi 1 décembre 2020
Actualités Quid de l’arrêté anti-prostitution ?

[Enquête] Quid de l’arrêté anti-prostitution ?

Désordre. Le 7 juillet dernier, un arrêté anti-prostitution était signé par la municipalité, en réponse à une déferlante de plaintes de riverains. 6 mois plus tard, le dossier – autant dire épineux- est évidemment loin d’être clos. Enquête.

Flashback. Automne 2013, la prostitution s’étend peu à peu au quartier des Minimes et de ses alentours ?. Un phénomène lié d’après nos sources policières, à l’époque, à « une arrivée massive de filles ». Le résultat ne se fait pas attendre, les plaintes pleuvent, les tensions montent, le malaise se creuse. La prostitution dans la ville rose fait parler d’elle aux municipales et devient d’ailleurs un engagement de campagne de Jean-Luc Moudenc. Ni une ni deux, arrivé au Capitole, c’est l’un de ses premiers chevaux de bataille. Le maire signe au début de l’été un arrêté interdisant la prostitution dans certains quartiers de la ville pour une durée de 12 mois. Les zones concernées : Matabiau, les Minimes, les Sept Deniers entre 18h et 5 heures du matin. Six mois plus tard, le constat est sans appel côté Capitole : « Nous ne notons que des effets positifs, le but était de soulager les quartiers concernés par des excès de prostitution qui généraient des tensions entre les habitants. Les choses ont très positivement avancé, c’est une grande victoire pour la municipalité », lance Olivier Arsac, adjoint à la sécurité. À dire vrai, le changement est radical. « Le boulevard Silvio Trentin et l’avenue des Minimes ne sont plus arpentés par les prostituées », poursuit-il. En tout, ce sont 400 amendes (à 38€ ) qui ont été distribuées depuis juillet : « avec une croissance régulière entre juillet et septembre, mais depuis ça stagne ». Mission accomplie donc. Les riverains dorment sur leurs deux oreilles.

Un déplacement de la prostitution

Au comité de quartier, on se réjouit de l’efficacité de la mesure ; pourtant tout n’est pas encore si rose, comme l’explique Frédéric Gresse, membre du comité de quartier Minimes et Barrière de Paris en charge du dossier : « Sur les Minimes la prostitution a pratiquement disparu, malheureusement tout s’est déplacé sur l’avenue des Etats-Unis, celle de Fronton et les rues adjacentes. Or le début de l’avenue des Etats-Unis reste un quartier résidentiel, entre habitations, écoles et commerces de proximité. » À ce sujet Olivier Arsac, qui déplore lui aussi « une reconstitution de la prostitution à ce niveau » a déjà une réponse, et ne cache pas qu’ « étendre l’arrêté à cette zone n’est pas exclu. Si on constate que les nuisances sont fortes on utilisera les armes qui ont fonctionné. Si la pédagogie suffit, on se donnera du temps.» La pédagogie, ce sont des patrouilles de police qui circulent tous les soirs sur les zones concernées invitant les prostituées à s’éparpiller et verbalisant les clients, le cas échéant. En tout état de cause, la politique municipale à ce sujet est claire : « la volonté n’est pas d’éradiquer la prostitution mais bien de disperser les filles afin de diminuer les nuisances ». Les effets collatéraux aussi : « isolement, mise en danger, violences, pratiques à risques », comme l’explique Jean-Luc Arnaud, directeur de l’Amicale du Nid, service social d’accompagnement de personnes se prostituant. Car à ce jour, la plupart des prostituées toulousaines arpentent les trottoirs de la zone industrielle de l’avenue des Etats-Unis, « on les retrouve jusqu’au rond-point de Sesquières, dans des zones insécurisées », poursuit-il. D’après l’adjoint au maire certaines auraient quitté le département. Pour Jean-Luc Arnaud, le problème c’est surtout que l’on a « désorganisé quelque chose d’établi : il y a maintenant pour les filles des luttes de places, on demande à certaines de s’acquitter de 50€ pour un morceau de trottoir. » Au Stras, syndicat du travail sexuel, Marie Brin, secrétaire générale dénonce des mesures « ignorant totalement les personnes que cela met en danger : les filles qui travaillent dans la rue se retrouvent dans des zones, sans lumière ni personne à contacter en cas de problème » et rappelle que « les nuisances sont non pas créées par les prostituées et leurs clients qui demandent la discrétion mais par la stigmatisation que fait de nous la société : le soir on vit les insultes, les klaxons, voire les crachats et jet d’objets, les nuisances sont là». Bien sûr les plaintes reçues par la mairie et comité de quartier font état d’autre chose, à l’image de ce père de famille expliquant amener chaque matin son fils à l’école au niveau de la barrière de Paris « en marchant sur des préservatifs usagés ».

Dialogues ?

Et si chacun y va de sa solution, un idéal n’a pas encore été trouvé. La mairie tente de donner quelques outils sociaux en lien avec les associations (Grisélidis, L’amicale du nid) afin de favoriser la réinsertion notamment mais entend en tout cas « garder la main tendue afin de jouer de la politique du bâton et de la carotte ». Quant au comité de quartier des Minimes, le plus ancien de la ville et qui fait poids avec ses 600 adhérents, il a mis en place en décembre un « cycle de réflexion » sur le sujet de la prostitution : « nous échangeons autour de réunions avec les différents acteurs pour tenter d’apporter des réponses et si nous ne sommes pas toujours d’accord, le dialogue existe ». En décembre c’est l’Amicale du Nid qui était conviée. Le 22 janvier, Grisélidis aura son tour, puis à venir une dernière cession avec le Stras. À l’heure où nous bouclons cette édition, le comité de quartier des Minimes est en discussion avec Olivier Arsac afin d’évoquer le (nouveau) problème de l’avenue des Etats-Unis ; Il y a fort à parier que les choses bougent dans les semaines à venir. À savoir que la prostitution n’est pas un délit, un arrêté de ce type doit donc concerner une partie restreinte de la ville au risque de correspondre à une interdiction d’activité. D’où l’inconfort de tenter de contenir une activité qui n’est pas interdite.

 

 

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