[Enquête] Peut-on vraiment se payer l’aéroport ?

.vue d'ensemble aéroport

Ricochet. L’affaire n’est pas nouvelle. L’année 2014 aura été marquée par la décision de l’Etat de mettre en vente une partie de ses parts dans le capital de l’aéroport de Toulouse. Depuis peu, certains élus sortent de leur tanière pour revendiquer un rachat des 10% restants à l’Etat. Info ou intox ?

En avril, Georges Méric, président du Conseil départemental, tout fraichement élu proposait le rachat des dernières parts de l’Etat au capital de ATB (Aéroport Toulouse Blagnac). Il avait d’ores et déjà affirmé avec fermeté son opposition à une cession de la majorité des parts de l’exploitation à un actionnaire privé, et au-delà de l’effet d’annonce de début de mandat, la parole a rapidement penché vers les actes. Quelques jours plus tard, il signait une lettre à destination des présidents de la CCI, du Conseil régional et de Toulouse Métropole pour les convier à une réunion de travail en septembre afin « d’envisager une manière de travailler ensemble pour racheter ces 10% ». En jeu ? « 49,9% des parts ont été cédées au consortium chinois Symbiose, l’actionnariat reste à majorité public (avec les parts de l’Etat, de la cci et des trois collectivités voir diagramme ndlr) et le gouvernement s’est engagé à ne pas céder ses parts restantes mais cela reste un aléa fort, le moyen le plus solide pour conserver une majorité publique c’est que les acteurs publiques locaux se mettent en situation de racheter les parts de l’état pour cumuler 50,01% ». Et s’assurer par là-même que les acteurs publics pèsent sur les grandes orientations de développement de l’aéroport en somme.

Dans les faits, le président du conseil départemental s’est tourné vers la plateforme de financement participatif Wiseed. Celle-là même qui avait déjà lancé un assaut en fin d’année dernière générant la mobilisation de 10 000 investisseurs potentiels pour racheter l’aéroport. 20 millions avaient alors été mobilisés, mais « ce qui nous avait manqué la dernière fois c’était un soutien des élus, on s’est sentis bien seuls… » Le projet avait alors capoté comme l’évoque Thierry Merquiol co-fondateur de Wiseed et président du conseil de surveillance, bien qu’il garde sa liste d’investisseurs potentiels sous le coude prêt à les relancer dès que les signaux sont au vert : « s’il y a une opportunité on est là ! On se met en ordre de bataille pour le faire et on verra la réaction de l’état. Dans cette configuration où les acteurs publics amènent leur caution à cette opération, on doit pouvoir aller beaucoup plus loin que la dernière fois ». En lice 5000 potentiels investisseurs en Midi-Pyrénées, 5000 autres dans les départements français. « Je n’ai pas le pouvoir de faire changer Emmanuel Macron ou François Hollande d’avis la dessus mais les autres acteurs locaux semblent assez confiants », rapporte-t-il, optimiste.

« On veut renverser les choses »

Il faut dire que si Alain Di Crescenzo président de la CCI de Toulouse a répondu présent (il s’était déjà positionné favorablement auprès de Wiseed à la fin de l’opération en 2014), les retours n’ont pas été si bienveillants chez tous les destinataires de la lettre de Georges Méric : « On a deux autres types de réponses avec un Martin Malvy moins tranché, plutôt favorable mais inquiet vis-à-vis du financement par les collectivités et Jean-Luc Moudenc, qui dit que de toute manière ce n’est pas à vendre et qu’on n’a pas les moyens.» Les trois ont pourtant donné leur accord de principe pour participer à la fameuse table ronde. « On n’est pas sur des déclarations d’intention on veut une position crédible, le travail est d’ailleurs déjà engagé avec Wiseed pour dépasser cet aspect de contrainte financière -qui est réel- pour trouver un partenaire de plus dans le tour de table ». Objectif : voir juridiquement comment on peut lier une Chambre du commerce, un département, une métropole plus un consortium d’actionnaires individuels citoyens regroupés par une holding pilotée par Wiseed. « Tout le monde à bien à l’esprit qu’à l’instant où l’on se parle les parts de l’état ne sont pas à vendre, on n’est pas en train de structurer une réponse à un deuxième appel d’offre et on n’a pas d’informations secrète du gouvernement qui nous dirait dans trois mois on met en vente ! » clame-t-on au département.

Car c’est bien là que le bât blesse. Au-delà de l’aspect financier, le pacte d’actionnaire qui lie la société Symbiose à l’aéroport de Toulouse Blagnac fait l’objet d’une option d’achat des 10,01% de l’Etat restant d’ici 2018. En gros, les actionnaires chinois ont négocié un droit de préemption. C’est cet aspect même du contrat qu’avait pointé l’avocat du collectif Contre la privatisation de l’aéroport dans son recours pour tenter d’obtenir la nullité de ce pacte. Il est ferme à ce sujet : « ces parts ne sont pas à vendre ». Pourtant Georges Méric entend bien prendre les devants : « On veut renverser les choses, monter un dispositif crédible et envoyer un message politique fort au gouvernement : vous avez ces 10% sachez qu’un groupement est en capacité juridique, financière et administrative d’en devenir les propriétaires. Ce ne sera pas la même discussion avec l’Etat que si ce ne sont que des déclarations d’intention. » Et de préciser que « la démarche n’aura pas le même poids si certaines collectivités se désolidarisent du projet ». Pour l’avocat Christophe Lèguevaques le projet est mort-né. Et pour cause « juridiquement parlant si les collectivités souhaitaient vraiment faire ce qu’elles prétendent il faudrait attaquer le pacte d’actionnaire, or elles le refusent ». S’il utilise le conditionnel c’est parce qu’il craint carrément que « les collectivités nous mènent en bateau pour se dédouaner et faire au final porter le chapeau à l’Etat de la perte total de contrôle sur l’aéroport». Il reste convaincu qu’une solidarité entre les collectivités pourrait amener à rompre ce pacte. La rentrée risque d’être houleuse.

 

 

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