[Enquête] Admission en crèche : fallait-il réformer ?

jtoul-15-05-07

Essai. Pression démographique en constante augmentation, de moins en moins d’enfants qui rentrent à l’école à 2 ans et demi : Toulouse semble s’embourber dans un rapport offre/demande totalement déséquilibré. La nouvelle municipalité vient de voter une réforme du système d’admission en crèche qui a créé un véritable tollé au dernier conseil municipal.

 

En 2010 l’équipe municipale sous l’égide de Pierre Cohen décide de faire table rase d’un système d’attribution des places en crèche jugé opaque. « Jusqu’alors chaque directrice faisait ses admissions dans son coin », expliquait Jérôme Bonnemaison directeur du service de la petite enfance, en 2013 dans la Gazette des communes. Du néant, on passe à la transparence, « de la boite noire à la maison de verre » poursuivait-il. Via une commission d’admission avec des critères pondérés, on sélectionne les familles avec équité. Un système qui semble avoir fait ses preuves et est notamment pris en exemple par certaines communes.

« La crèche ne doit pas être un luxe »

Pourtant, transparent ou pas le système reste ce qu’il est : insuffisant ! En 2014 on compte près de 20 000 enfants de moins de 3 ans à Toulouse et 7000 pris en charge par la municipalité. Restriction budgétaire aidant, la municipalité a rapidement voté pour l’option « faire mieux avec moins ». A savoir améliorer l’existant. « Le système instauré sous Pierre Cohen était très prometteur sur le papier mais beaucoup moins dans la réalité », fustige Laurence Katzenmayer, adjointe en charge de la petite enfance. Aujourd’hui la ligne directrice est claire : gagner du temps (et donc de l’argent) et améliorer le taux de remplissage des crèches : « aujourd’hui on remplit les établissements avec des enfants qui viennent deux ou trois jours… Je veux corriger ce taux d’occupation » Dans le viseur de l’adjointe, les familles qui ne travaillent pas mais ont une place en crèche pour leurs enfants. « Ces places sont avant tout destinées à un public qui ne peut pas garder son enfant, cela semble logique ! » Elle explique que la classe moyenne était lésée, cette dernière qu’elle veut aujourd’hui tant mettre en avant. Pourtant comment ne pas faire de discrimination ? Comment ne pas infliger une double peine aux personnes à la recherche d’un emploi ? C’est là que le bât blesse. Surtout que la circulaire  LC2014-009 de la CAF stipule bien que « les EAJE (établissements d’accueil du jeune enfant ndrl) doivent accueillir tous les parents quelle que soit leur situation liée à l’emploi », comme nous le confirme Marie-Agnès Archimbaud, responsable du service développement à la CAF de Toulouse. Elle nous confirme par ailleurs que « c’est un sujet sensible »… Laurence Katzenmayer entend construire un système « plus réactif : des places temporaires seront destinées aux personnes qui retrouvent un emploi et ont besoin de faire garder leurs enfants rapidement. » Espérons qu’elles se libèrent aussi vite qu’on appose sa signature à la fin d’un contrat. En attendant la « reprise d’activité » est un nouveau critère du barème qui apporte deux points pour tout nouveau dossier de demande d’admission en crèche constitué…

« Les directrices de crèches arrivaient avec leurs propres listes »

Si le système ne bouleverse pas l’ancien en place sur le papier, quelques repères risquent sur le terrain de changer la donne : la grille des revenus est supprimée et on passe du déclaratif au justificatif, car « les parents avaient beaucoup d’imagination jusqu’ici pour décrocher une place… » dénonce Laurence Katzenmayer évoquant certaines déclarations chimériques pour gagner quelques précieux points. Autre modification et non des moindres, le système des points devrait « passer au second plan, car on fera de l’humain avant tout. » Un argument séduisant… au premier abord. L’opposition municipale craint notamment un retour à l’arbitraire et aux passe-droits. Une source proche du dossier accuse d’ailleurs Laurence Katzenmayer d’ « opacifier le système pour des raisons clientélistes, d’introduire du trouble via des mesures floues qui lui laisseront une belle marge de manœuvre ». L’adjointe entend, elle, démystifier l’ancien système : « les directrices de crèches arrivaient déjà avec des listes d’enfants qu’elles voulaient prendre dans leur établissement : la commission énumérait les noms les uns après les autres et les directrices choisissaient à leur bon vouloir… »

« On n’est pas là pour trier mais pour humaniser »

Nous avons rencontré une directrice de crèche d’une intercommunalité en périphérie toulousaine qui explique que le système qu’elle connait « se rapproche assez de celui qu’impose la nouvelle municipalité ». Elle avoue cependant qu’il y a « forcément un minimum de subjectivité dans le choix des familles. Ici ça fonctionne bien d’une part car les élus n’ont pas accès aux listes d’attentes, mais d’autre part car sur cette liste aucun nom n’apparait. » Impossible à partir de là de recevoir quelconque pression. « C’est possible, c’est la base d’un système équitable, pourquoi ne pas le généraliser ? »  Elle concède cependant qu’à l’échelle d’une ville comme Toulouse vouloir imposer un tel système de « cas par cas » semble totalement illusoire.

« A trois vous allez faire tout le travail de classification, on va alourdir les charges de travail, vous allez examiner des milliers de demandes, je suis soucieux de votre santé ! », plaisantait justement Pierre Lacaze lors dudit conseil municipal. Les commissions d’admission concernant la rentrée de septembre commencent la semaine prochaine. Il  y a du pain sur la planche.

 

En chiffres

Taux d’enfants accueillis à Toulouse : 29% (la moyenne nationale est de 14% )

Avril 2014-fin 2015 : 300 places de crèches créées

2014 : 20000 enfants entre 0-3 ans/7000 en crèche publique

 

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