[Dossier] Toulouse : Le ras-le-bol des fonctionnaires

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RH. Alors que les syndicats ont appelé à manifester mardi dernier pour la sauvegarde du Service public, des questions se posent sur la gestion des effectifs municipaux et métropolitains à Toulouse. Entre l’objectif affiché de rationaliser le budget ‘‘fonctionnement’’ et la nécessité de sauvegarder un service de qualité, où est le juste équilibre ?

 

Entre la ville et la métropole, près de 13 000 agents sont répartis dans les différents services de ces collectivités. Depuis l’arrivée de la nouvelle majorité, en 2014, l’objectif est clair : réduire peu à peu les effectifs en ne remplaçant pas les départs à la retraite et ainsi optimiser le budget fonctionnement des deux entités. « Jean-Luc Moudenc l’a clairement dit aux agents la semaine dernière : il va falloir faire mieux avec moins », rapporte un militant syndical de la CGT Toulouse métropole. Le maire de Toulouse et président de la métropole, qui a augmenté les impôts de la ville et la métropole, souhaite montrer que l’effort est partagé entre les contribuables d’un côté et l’administration de l’autre.

Comment cela se traduit-il concrètement ? « Le problème est que le non-remplacement des départs est appliqué sur tous les services de manière indifférenciée, donc les services qui étaient déjà en tension vont de plus en plus mal », note ce syndicaliste, qui regrette « un manque de vision globale » sur les besoins de chaque secteur. Certaines compétences municipales semblent néanmoins épargnées de cette politique : « On remarque que la priorité est donnée à la sécurité, l’éducation et la petite enfance », note Pascal Maynaud, secrétaire général adjoint de FO ville de Toulouse. Olivier Arsac, adjoint en charge de la sécurité, poursuit son objectif de doubler les effectifs de la police municipale (150 embauches entre 2015 et 2016). Au niveau des écoles, « les effectifs restent constants », selon la CGT Toulouse métropole, « mais le nombre de classes augmente chaque année, ce qui fait que le taux d’encadrement baisse. » Ce que réfute l’adjoint en charge des ressources humaines, Henri de Lagoutine : « Dans les écoles et dans les crèches, non seulement on remplace tous les départs à la retraite, mais on embauche lorsqu’il y a des créations de classes ou d’établissements. » L’an dernier, « Près de 100 agents ont été recrutés sur ces deux secteurs, donc les effectifs sont en hausse », précise le service des ressources humaines.

L’éducation est le premier budget de la ville, mais celui est essentiellement recentré sur la construction de nouveaux établissements et la rénovation des bâtis existants. Le personnel des crèches, écoles et Haltes-garderies avait d’ailleurs manifesté en décembre devant le Capitole lors du vote du budget. « Objectivement, il faut rappeler que nous ne sommes pas une seule fois en dessous du taux d’encadrement légal », nous avait alors répondu Sacha Briand, adjoint en charge du budget, « alors certains se plaignent que les personnes malades ne sont pas remplacées de suite, mais nous n’avons pas les moyens d’avoir une dizaine d’agents qui attendent que quelqu’un tombe malade. Cela demande un peu d’organisation et de contraintes si le remplacement prend un jour ou deux. » Dans les autres services ‘‘non-prioritaires’’ le fait que les effectifs « restent à un niveau constant pose problème, par exemple au niveau de la collecte des déchets le nombre d’agents n’a pas varié depuis 10 ans, mais la métropole accueille chaque année de nouveaux habitants, des quartiers sont sortis de terre, Borderouge ou encore la Cartoucherie, ce qui représente beaucoup plus de travail pour le même nombre d’agents », explique-t-on à la CGT Toulouse métropole.

Chaque année, la municipalité et la métropole enregistrent en moyenne 250 départs (retraite ou autre raison). Le non-remplacement de ces agents (en dehors des trois secteurs épargnés) est géré « par une réorganisation interne, soit des réaffectations d’un service à un autre lorsque c’est possible ». Une logique qui peut fonctionner à court terme, mais qui risque de s’essouffler au fur et à mesure des années et de la baisse d’effectif globale.

 

Un manque de transparence ?

Les syndicats des collectivités territoriales dénoncent un manque de visibilité sur les effectifs municipaux et métropolitains. « Nous n’avons pas d’informations précises, car nous ne réussissons pas à obtenir le ‘‘bilan social’’, un document que l’on nous donnait chaque année pour avoir toutes les données chiffrées sur le personnel », regrette Pascal Maynaud (FO ville de Toulouse). Ce rapport est effectivement dressé annuellement sur l’année N-1 pour les services de l’État. Il contient notamment « le nombre de départs par an, le nombre d’embauches, le nombre d’agents, la répartition par catégorie, les niveaux de formation, les dépenses de la collectivité pour les formations, le nombre d’hommes, de femmes, les âges… » détaille Christine Courade, ancienne adjointe au maire en charge des RH sous Pierre Cohen (PS). « Nous communiquions ce document chaque année aux syndicats et nous organisions une réunion de travail avec eux pour analyser les chiffres », précise-t-elle. Or depuis le début du mandat de Jean-Luc Moudenc, « nous n’avons jamais eu ce document, l’administration nous répond qu’elle ne veut pas discuter de cela avec nous », rapporte un membre de la CGT Toulouse métropole. « On peut quand même se demander pourquoi ils bloquent ce document, est-ce qu’il y a quelque chose à cacher ? » suspecte Pascal Maynaud. « Nous travaillons actuellement sur le bilan social de 2015 et il sera remis aux syndicats d’ici l’été, au plus tard en septembre », répond Henri de Lagoutine. Les organisations syndicales n’ont tout de même rien obtenu en 2014 et n’ont donc pas d’informations officielles depuis 2013 : « Ils ont tout de même eu des éléments, nous les rencontrons régulièrement », se défend Henri de Lagoutine. Une des conséquences, les syndicats ne savent pas ce qu’il est advenu des 500 agents en attente d’affectation, recensés en début de mandat. Interrogés à ce sujet, le service des RH, assure que sur ce nombre « 250 étaient en congé maladie et sur les 250 restants il ne reste plus que 68 agents sans affectation ». Une amélioration due à « au principe de réaffectation interne pour compenser les départs en retraite. » CQFD

 

En chiffres :

9000 agents à Toulouse

4000 agents à Toulouse métropole

250 départs d’agent en moyenne par an

75 policiers municipaux embauchés en 2015

50 agents embauchés dans les écoles en 2015

50 agents embauchés dans les crèches en 2015

68 agents ‘‘sans affectation’’ contre 250 en 2014

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