lundi 30 novembre 2020
Actualités Quel avenir pour le tramway ?

[Dossier] Quel avenir pour le tramway ?

 

Photo : Franck Alix

Visions. Métro, tramway, bus, les Toulousains ont l’embarras du choix pour leurs déplacements en commun. Mais justement, les options prises par les municipalités successives sont-elles ou ont-elles été judicieuses ? L’équipe de Pierre Cohen avait priorisé le tramway… développement stoppé net par celle de Jean-Luc Moudenc. 

 

Par Thomas Simonian et Séverine Sarrat

 

Si après sa disparition progressive dans les années 1980, le tramway se nommait « désir » pour certains Toulousains, aujourd’hui il aurait plutôt tendance à se nommer « polémique ». En effet, la ligne T1, dont le premier tronçon reliant Beauzelle aux Arènes, a été mis en service sous le premier mandat de Jean-Luc Moudenc (2004-2008), pour se voir ensuite prolongé jusqu’au Palais de justice sous l’ère Pierre Cohen, pose désormais un vrai débat. En off, l’actuel maire de Toulouse, aurait lui-même déploré la lenteur et le manque d’affluence du tram lors d’une réunion qui faisait suite à la mise en service du premier tronçon… Déjà à l’époque, Jean-Luc Moudenc ne semblait donc pas un grand fan de ce mode de transport. Pour Philippe Goirand, ancien conseiller syndical et membre du bureau de Tisséo pendant le mandat de Pierre Cohen, « la majorité de l’époque a hérité d’un tram non justifié qui n’enregistrait que 20 000 voyageurs par jour. Une ligne de bus aurait largement suff ! » Pourtant, c’est bien cette même municipalité qui a fait du développement du tramway son cheval de bataille lors des dernières élections pour la course au Capitole. Un choix politique qu’a bien du mal à comprendre l’actuel président de Tisséo, adjoint au maire en charge des déplacements, Jean-Michel Lattes : « J’avoue qu’en matière de vision je ne comprends pas que l’ancienne majorité ait tout axé sur le développement du tramway. Il n’y a aucune comparaison possible entre le métro et le tram… Alors certes le coût des investissements est supérieur avec le métro, mais en matière de capacité nous ne jouons pas dans la même catégorie. » Pourtant, l’adjoint de Jean-Luc Moudenc reste objectif : « Avec le prolongement de la ligne de tramway il y a eu des effets bénéfiques mais qui restent modérés. » Du côté de Philippe Goirand, on ne cherche pas forcément « à remuer le passé… excepté lorsqu’il éclaire l’avenir, il ne faut pas soutenir mordicus un mode de transport plutôt qu’un autre car tout dépend de la fréquentation attendue. Dans certains cas le tramway ou le BHNS (bus à haut niveau de service) sera plus adapté que le métro, et inversement. » Même son de cloche avec Jean-Michel Lattes, « en matière de transports il ne faut jamais être dogmatique. » Aujourd’hui, les deux lignes de métro concentrent l’essentiel de la fréquentation toulousaine en matière de transports collectifs, pourtant l’investissement pour réaliser une ligne de métro est trois à quatre fois plus cher que pour une ligne de tramway. Toute la réflexion réside donc dans le rapport de rentabilité entre les investissements et l’affluence espérée. Alors, le calcul effectué par les techniciens devrait être le même qu’il s’agisse d’une municipalité de droite ou de gauche, ce que convient l’ancien élu écologiste, allié au PS ; cependant chaque maire aurait à souhait de marquer la ville de son empreinte, « et là, les calculs deviennent beaucoup plus politiques. » Pour certains, le métro et le tramway peuvent cohabiter en bonne intelligence, mais encore faudrait-il prendre en compte l’urbanisme de l’agglomération. Pour P. Goirand, « la carte est claire. L’agglo est constituée de grands axes pénétrants et d’axes circulaires. Le tramway trouverait tout son sens sur ces axes circulaires mais Jean-Luc Moudenc veut mettre le paquet sur son projet de troisième ligne de métro. »

Ainsi, avec 50 à 80 000 voyageurs estimés par jour, l’option du tramway semblait la meilleure pour relier le quartier du Palais de justice à Matabiau pour la municipalité précédente, explique l’ancien conseiller municipal chargé de la politique vélo et de l’éco mobilité, rajoutant qu’avec « la nouvelle majorité, le tram n’a plus d’avenir ! » « Jean-Luc Moudenc s’est clairement fait élire sur la base d’un projet de troisième ligne de métro qui ne trouvera sa finalité que dans 10 ans, c’est quand même curieux et intéressant à la fois! » constate Philippe Goirand qui tient à préciser que le financement ne serait toujours pas assuré. En effet, les aides de l’Etat sur lesquelles comptait la majorité actuelle devaient être issues de l’écotaxe, qui a elle-même été abandonnée par le gouvernement. Jean-Michel Lattes répond sans détour : « Il est faux de dire que nous nous reposons uniquement sur le projet de nouvelle ligne de métro. Nous développons des lignes de bus Linéo qui vont quadriller la ville. C’est même notre priorité aujourd’hui ! Je rappelle également que nous étudions concrètement le projet d’aérotram, et nous n’allons pas non plus nous interdire de réfléchir pourquoi pas à d’autres projets de tram. Je pense par exemple à l’arrivée sur Castanet-Tolosan. Rien n’est figé ! » Le débat tram/métro, serait-il en réalité une controverse gauche/droite, qui voudrait que les défenseurs du tram soient de gauche et que  ceux du métro votent plutôt à droite ? Les faits tendraient à prouver qu’il n’en est rien, puisqu’à Bordeaux tenue  par le maire UMP Alain Juppé, le tramway est roi. Mais les préjugés ont la vie dure, semble-t-il. « Jean-Luc Moudenc ne veut pas bousculer ses électeurs qui prôneraient plutôt la voiture. Le métro n’empiétant pas sur les voies, son choix a été vite fait ! » s’exclame Philippe Goirand. « Aujourd’hui tous les projets tram intra-muros sont en stand-by ! Ce n’est pas notre priorité », confirme Jean-Michel Lattes. Pour avril, l’avenir du tram se joue à l’aéroport… C’est la ligne « Tram Envol » qui sera alors inaugurée : « Cela va nous amener une nouvelle clientèle », explique J.M Lattes.

 

 

Ces Toulousains qui prennent le tram

  • Carolina, 31 ans, consultante informatique : « Je prends le tram tous les jours d’Ancely à Palais de justice pour me rendre sur mon lieu de travail. Je trouve ce moyen de transport très agréable et pratique. Le point noir reste encore Blagnac où le tram partage la route avec les voitures. Si un embouteillage se dessine, les deux sont prisonniers. De plus, les rames sont lentes à ce niveau-là, multipliant les arrêts. »
  • Aurélie, 26 ans, assistante administrative : « Je l’emprunte pour faire le trajet des Arènes au Leclerc Blagnac assez souvent et j’avoue que j’ai du mal. Comparée à Montpellier, la lenteur du tramway de Toulouse est une horreur ! De même, je trouve la fréquence du passage des rames un peu trop longue. »
  • Jean, 61 ans, retraité : « personnellement, je trouve le tramway très agréable, il permet de regarder dehors, d’apprécier la ville, sans en subir les embouteillages. Mais peut-être que je pense cela parce que j’ai le temps maintenant, je ne travaille plus. Si j’avais des horaires à respecter, je n’aurais pas le même sentiment ! »

 

 

Les transports en chiffres

Evolution du 1er janvier au 19 octobre 2014 (après prolongement Tram) :

  • Le réseau progresse de 4 000 000 (+3%) de validations essentiellement dues au réseau de surface, tandis que pour le métro, la ligne A perd 850 000 validations non totalement compensées par les 530 000 gagnées par la ligne B.
  • Le tram a fortement progressé : +56% sur la période et particulièrement les séniors (+82%).

 

La rédactionhttps://www.lejournaltoulousain.fr
Le Journal toulousain est un média de solutions hebdomadaire régional, édité par la Scop News Medias 3.1 qui, à travers un dossier, développe les actualités et initiatives dans la région toulousaine. Il est le premier hebdomadaire à s'être lancé dans le journalisme de solutions en mars 2017.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Articles en rapport