[Dossier] Précarité : les associations sont sur le pont

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Alerte. Alors que les chiffres de la précarité sont alarmants dans la région, les acteurs sociaux s’inquiètent à l’aube de l’hiver. En Haute-Garonne, les associations s’organisent pour faire face aux demandes de plus en plus nombreuses, dans un contexte difficile en termes de moyens.

 

« Cela fait des années qu’on n’a pas connu une telle situation, c’est dramatique ! » s’indigne Geneviève Genève, porte-parole du Collectif inter associations Toulouse, qui regroupe 17 structures humanitaires et caritatives (dont Emmaüs, Le Secours Catholique, Médecins du Monde, Le GAF, L’Entraide Protestante, La Croix-Rouge…). Le constat est sans appel : « Sur l’ensemble de nos associations, on remarque que la précarité augmente et touche tous les domaines, que ce soit alimentaire, logement, santé… », cite la porte-parole. Le phénomène est global et concerne une population très diverse : des ‘‘grands précaires’’, qui vivent le plus souvent dans la rue depuis plusieurs années, des familles avec enfants, des travailleurs précaires,  ou encore des jeunes couples.

« La population a beaucoup changé depuis 10 ans, les gens qui font appel à nous ont la tête sur les épaules, sont insérés dans la société, et ils se retrouvent du jour au lendemain  dans une situation précaire, suite à un licenciement, un divorce, une longue maladie… », observe Houria Tareb, secrétaire général du Secours populaire en Haute-Garonne. Des situations difficiles à gérer car ces personnes « n’ont pas l’habitude de demander de l’aide, ils ressentent une certaine honte à se tourner vers nous », précise-t-elle. Les actions du Secours populaire sont principalement axées sur les besoins alimentaires, via la distribution de « produits de base », sur l’accès au droit, à la santé, à l’éducation et à la culture. Les 820 bénévoles actifs qui œuvrent pour l’association sur le département « prouvent que la solidarité continue ». Une nécessité au regard de l’augmentation significative du nombre de demandeurs : « Nous avons reçu en septembre dernier autant de familles que sur toute l’année 2013 », révèle Houria Tareb.

À la Croix Rouge, un indicateur permet de mesurer cette « nouvelle précarité », selon Patrick Bastos, président de l’unité locale de Toulouse : « le nombre de bénéficiaires de la domiciliation postale est passé de 2000 à 3000 en un an. » Ce ne sont pas forcément des personnes à la rue, mais des gens « qui le plus souvent dorment dans une voiture, chez un ami, quelqu’un de la famille ou ailleurs, et qui n’ont pas d’adresse fixe ». Ce qui peut être préjudiciable pour réaliser des formalités administratives, des demandes de droit, ou établir un contrat de travail. La deuxième priorité de la Croix Rouge est la maraude sociale. Trois soirs par semaine (mardi, jeudi, samedi), l’association prend en charge les personnes qui ont appelé le 115. Des équipes de 5 à 6 bénévoles distribuent dans la rue sandwichs, duvets, couvertures, kits d’hygiène. « L’objectif est également de créer du lien social et de redonner confiance », rappelle Patrick Bastos.

Répondre à l’urgence

Depuis quelques jours, les températures commencent à baisser. Les Restos du cœur de Toulouse ont débuté la semaine dernière leur campagne hivernale, avec la distribution de repas chauds dans la rue (place Héraclès, place Saint-Aubin et place du Salin) et de colis repas dans les 36 centres du département. L’an dernier, 1 378 367 colis ont été distribués en Haute-Garonne, dont 102 786 repas chauds sur les trois sites toulousains. « Nous remarquons que de plus en plus de familles vivent à la rue », s’inquiète Josette Privat, présidente des restos du cœur 31, « l’année précédente, nous en avions 3400 inscrites dans nos centres ».  Pour faire face au nombre croissant des demandes, l’association ouvre ce jeudi un nouveau centre à Cugnaux et souhaite en ouvrir un autre dans le quartier Toulouse Nord. Mais le contexte financier est peu favorable au développement de la structure : « Les subventions des institutions baissent chaque année, d’ailleurs la campagne hivernale 2014-2015 durera 17 semaines au lieu de 18 car nous n’avons pas assez de moyens ». Le Secours populaire tente également de développer son réseau, « car nous remarquons qu’il y a des zones blanches dans le département, notamment entre Portet-sur-Garonne et Saint-Gaudens ». Une antenne a ouvert en octobre à L’Union et une autre à Gagnac, jeudi dernier. La Croix Rouge développe de nouvelles activités « comme le transport des personnes sans abri vers des lieux d’hébergement d’urgence ; nous ne le faisions pas avant, mais on s’est rendu compte que c’était très difficile de s’y rendre le soir, les centres sont parfois loin du centre-ville et il n’y a plus de transports en commun », explique Patrick Bastos. Toutes souffrent du manque de moyens. Leurs sources de financement viennent principalement des dons de particuliers (récoltés lors d’opérations spéciales), mais aussi des grandes entreprises. À l’approche des fêtes, elles comptent particulièrement sur la solidarité de chacun. « C’est une période difficile moralement, surtout pour les parents qui veulent faire des cadeaux à leurs enfants », souligne Houria Tareb. De multiples actions sont prévues : le spectacle du Secours populaire, avec un goûter offert pour les enfants (le 10 décembre au Phare, à Tournefeuille), l’arbre de noël des Restos du cœur (le 14 décembre à Villemur-sur-Tarn), la balade de noël des motards, où chaque participant amène un cadeau (organisée avec les Restos du cœur à Toulouse), entre autres. Le moment ou jamais d’être généreux.

Les chiffres de la pauvreté en Midi Pyrénées

424 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté (977 euros par mois pour un célibataire, 1466 euros pour un couple).

Le phénomène concerne en particulier :

Les jeunes : 16,8 % des 18-25 ans vivent sous le seuil de pauvreté en 2011 contre 14,8 % en 2008.

Les familles monoparentales : 31,4 % sont pauvres, contre 29,8 % trois ans auparavant.

En revanche, le taux de pauvreté recule chez les 65 et plus, en passant de 13,6 % en 2008 à 11,8 % en 2011.

*Source : chiffres Insee 2011

 

Le plan hivernal de la préfecture de Haute-Garonne

Le préfet Pascal Mailhos a présenté mardi dernier le dispositif mis en place pour accueillir les plus démunis  en hiver. Le département dispose de 2089 places, dont 639 en hébergement d’urgence. Les 40 places supplémentaires ouvertes en 2013 sont pérennisées jusqu’en mars 2015.  Puis, en cas de grand froid, entre 60 et 120 places pourront en outre être mises à disposition.  Le préfet a précisé que l’aide apportée aux plus précaires avait augmenté de 14% en deux ans.

Des annonces qui ne convainquent pas le Collectif inter associations : « Il n’y a aucune place supplémentaire ouverte, la manière dont les choses ont été présentées par le préfet est un peu tendancieuse », tempête la porte-parole du collectif Geneviève Genève. L’an dernier, « 66 places ont été ouvertes en hiver et nous avons obtenu la pérennisation de 40 d’entre elles, ce qui fait que nous en avons perdu 20 », explique-t-elle, en ajoutant « qu’il y aura une centaine de places d’hôtel mises à disposition cette année contre 250 l’an dernier, donc au final on y perd largement ! » Le collectif s’apprête à organiser des actions « dès la semaine prochaine pour remettre les pendules à l’heure. »

 

Infos pratiques :

Pour devenir bénévole, ou faire un don :

  • Les Restos du cœur de la Haute-Garonne

27  chemin du Séminaire, 31200 Toulouse

05 34 40 12 12

  • Le Secours populaire de Haute-Garonne

147 Avenue des États Unis, 31200 Toulouse

05 34 40 34 40

  • La Croix Rouge de Toulouse

20 rue Raymond IV, 31000 TOULOUSE

05 61 99 24 69

 

 

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