[Dossier] Migrants : quelles solutions locales ?

Re╠üfugie╠üs Syriens les isards(16-09-2015)┬®franckalix-2
Les réfugiés syriens menacés d’expulsion aux Izards. Photo / Franck Alix

Prémices. Depuis plusieurs mois, une crise humanitaire pousse des milliers de réfugiés sur les côtes européennes. La France s’est engagée à accueillir près de 24000 réfugiés sur son sol dans les deux prochaines années. A Toulouse, plusieurs centaines de Syriens sont attendus. Et si des réticences se font sentir, les initiatives abondent. Quelles réponses donne-t-on à ces primo-arrivants ? Quid de l’implication des collectivités locales ?

 

Alors que l’initiative portée par l’association des maires de France organise l’accueil des réfugiés dans les collectivités, d’autres initiatives isolées se mettent en place et laissent émaner des pistes de solutions. Au collectif Toulouse Syrie solidarité, on est complètement débordé par la situation. Créé en 2011 quand la révolution Syrienne a commencé, la structure informelle tente aujourd’hui de répondre aux initiatives de toulousains qui souhaitent apporter leur aide aux réfugiés : « boite mail saturée, téléphone qui ne cesse de sonner », Rawa Pichetto, coordonnatrice, annonce une vingtaine de proposition d’hébergement spontanées, mais aussi de personnes arabophones qui proposent leur aide en traduction, des dons et autres colis de nourriture. Le collectif participe à une structuration des différentes associations qui tentent de s’organiser pour mettre en place une entraide. « Il y a un élan solidaire impressionnant, de toutes les générations et de tous âges, mais que veulent faire les autorités locales ? On ne nous dit rien. Les réfugiés sont fragiles, ce sont des gens arrachés à tout. La plupart du temps ce sont des gens qui avaient une situation, qui parlent plusieurs langues qui ont fait leur vie là-bas et se retrouvent parachutés ici. Il faut un encadrement psychologique, il y a souvent des traumas grave : des familles ont subi des pertes, certains ont été torturés… » Car c’est bien là qu’en sont les associations : au recensement des besoins et aux prémices d’une organisation qui pourrait potentiellement répondre à une arrivée plus conséquente de réfugiés sur Toulouse. A la Croix Rouge, récemment missionnée par l’Etat pour l’accueil des primo-arrivants, Patrick Bastos président de l’antenne toulousaine explique : « Les associations se réunissent en local pour dialoguer sur les compétences et possibilités de chacune. On n’exclut pas de s’unir via un collectif, même si ce n’est pas encore le cas. On ne sait pas encore ce qui va se déployer, on commence à travailler notamment avec les collectivités, comme c’est déjà le cas avec la commune de Bessières. » Depuis le 31 aout, la Croix Rouge reçoit des migrants tous les jours, « on est encore en transition, en attente de ce qui va être annoncé par les pouvoirs publics car à notre niveau on n’a rien à proposer, on est une force d’accompagnement et de proposition mais il nous faut des ressources. » Un défi supplémentaire s’ajoute pour la semaine à venir à la Croix Rouge : « on va déployer une action aux Izards. La problématique actuelle à Toulouse est d’abonder sur les deux situations en parallèle… »

« Accueillir ce n’est pas juste offrir un toit aux gens »

Car le paradoxe toulousain réside bien là. Si l’élan de solidarité semble bien parti, quid des réfugiés déjà arrivés il y a quelques mois et en passe d’être expulsés de leur actuel logement ? François Piquemal, porte-parole du DAL (Droit au logement Sud-ouest) pointe cette incohérence : « il y a deux histoires distinctes qui correspondent pourtant à la même » Il évoque alors ces 140 syriens installés dans des locaux appartenant à Habitat Toulouse aux Izards depuis le début d’année. Ces familles ont quitté la Syrie en 2011 pour la plupart, indique Riad Hassad, d’origine syrienne, qui a laissé sa famille à Nice pour venir aider les réfugiés ; Aujourd’hui il leur permet de communiquer avec les différents acteurs gravitant autour d’eux : « Ils viennent de Homs pour la plupart, ils sont passés par le Liban, la Jordanie, l’Egypte, l’Algérie, le Maroc. En tout ce sont 46 familles. Ils ont dû s’arrêter parfois plusieurs mois an attendant de repartir, parfois sans visa grâce à des passeurs. Arrivés en Espagne il n’y a pas eu d’aide et les familles ont dormis à la rue. Elles se sont éparpillées… En janvier un certain nombre sont arrivés à Toulouse et ont trouvé ces locaux aux Izards et s’y sont installés. Petit à petit d’autres les ont rejoints. Moi j’ai abandonné ma famille à Nice pour pouvoir venir les aider à communiquer avec les associations etc. On a tout de suite reçu de l’aide du quartier puis de quelques associations. Les personnes qui ont fui avaient de très bonnes situations, ce sont des commerçants pour la plupart, parfois des hommes d’affaires. » L’audience concernant les familles qui sont menacées d’expulsion a pu être reportée en octobre. D’ici là, associations et collectifs prennent le dossier à bras le corps.

« L’heure est à la mutualisation des compétences »

Dans la boucle des acteurs solidaires de ces familles, le DAL bien entendu mais aussi le Syndicats des avocats de France. Le discours est unanime : « La situation n’est pas nouvelle. On est étonné par les proportions que cela prend subitement. Attention à la manière dont les politiques jouent avec ça : on veut éviter le tri, la hiérarchisation entre les bons et les mauvais migrants », poursuit François Piquemal. La crainte du « Pourquoi on arrive à trouver des solutions pour eux alors qu’il n’y en a pas pour nous », le laisse un peu amer. Il avance un rapport de la préfecture datant de 2013 et qui annonce 4344 logements comme réquisitionnables (c’était un bilan d’étape demandé par le préfet), c’est-à-dire qu’ils sont vacants et peuvent légalement être réquisitionnés. « D’après l’INSEE il y en a 16000. Le vrai chiffre doit se situer quelque part entre les deux », plaisante-t-il. « C’est une question de courage politique, ils ne se mettent pas hors la loi, mais ils ont peur que tout le monde viennent chez eux s’ils décident de pencher vers l’accueil. Jean-Luc Moudenc a annoncé avoir dépensé 272000 euros en nuitées d’hôtel depuis début 2015, c’est du courtermisme qui ne sert à rien. Les initiatives individuelles c’est bien mais cela ne doit pas se substituer au rôle de l’état et des collectivités. » Selon les chiffres publiés par la mairie, 25 000 demandes de logements sociaux sont enregistrées à Toulouse et un quota d’accueil de 450 demandeurs d’asile est déjà en place ainsi que 750 nuits d’hôtels quotidiennes, financées par la préfecture… A la Cimade, service œcuménique d’entraide, Pierre Grenier, président local insiste : « cet élan de solidarité ne doit pas occulter la réalité : on reçoit des personnes dans ces situations depuis des années ! » Aujourd’hui « c’est de la compétence de l’Etat, mais la réalité c’est aussi que les personnes dont on nous annonce l’arrivée ne sont pas encore là et personne ne peut dire combien seront là, ni quand… » Par ailleurs les acteurs locaux de l’entraide rappellent qu’accueillir ce n’est pas juste offrir un toit, ainsi maitre Amalric-Zermati, présidente du SAF Toulouse précise que « Les Etats et les collectivités locales doivent assurer la protection d’urgence et les droits sociaux fondamentaux : logement, santé, éducation. » Une organisation au long court.

 

 

En chiffres :

La préfecture recense à la mi-juillet 2015, 69 adultes et 68 enfants, avec, parmi eux, des bébés, de jeunes enfants et des pré-adolescents. Soit 137 réfugiés syriens au total.

 

 

3 questions à Maitre Amalric-Zermati, présidente du Syndicat des Avocats français, à Toulouse :

Votre point de vue sur l’assignation d’expulsion des familles syriennes installées aux izards?

Cette assignation d’expulsion est totalement illégale car selon la convention de Genève de 1950 additionnée à la directive européenne de Berlin, les réfugiés politiques ont droit d’asile et cela impose l’obligation pour l’état et les collectivités. C’est une cause humanitaire que nous voulons défendre. C’est aux états et collectivités locales d’amener la protection d’urgence et les droits sociaux fondamentaux (logement, santé, éducation) ; On ne peut pas hésiter ou tergiverser, c’est une protection qu’ils doivent avoir de droit.

Sur quoi planche actuellement le SAF ?

On va essayer de faire mettre en place par le barreau de Toulouse un service de consultation juridique gratuit. Le SAF sollicite aussi l’autorisation pour ces personnes de travailler -en attendant- pour pouvoir s’intégrer ; On sollicite la suspension du traité de Dublin qui vise à mettre à la charge des pays limitrophes du pays fui l’obligation de prendre en charge les personnes en détresse.

Les particuliers peuvent-ils vraiment accueillir des réfugiés en toute légalité ?

On ne peut pas être complice d’un réseau d’immigration clandestine, c’est-à-dire accueillir en masse et en faire un trafic mais héberger une famille est une action ponctuelle et isolée, rien ne l’empêche. Il faut par contre se signaler aux associations, pour aider à un recensement des initiatives et un suivi des familles.

 

 

Ils ont dit :

Martin Malvy, président du Conseil Régional : « C’est un sujet sensible, je le sais, mais au moment où enfin des décisions paraissent devoir être prises au plan européen, nous devons affirmer notre solidarité dans la confrontation à une telle inhumanité. »

Jean-Luc Moudenc, amire de Toulouse : «La vérité commande aujourd’hui de reconnaître et d’affirmer que l’échelle d’action pertinente pour gérer cette situation est d’abord européenne et internationale. C’est à ces niveaux que doivent être prises les décisions cruciales. »

Georges Méric, président du Conseil départemental :« Il est de notre devoir de tendre la main aux populations victimes de cette guerre. L’aide sur place est une priorité pour répondre à l’urgence humanitaire et sanitaire. »

Christophe Lubac, maire de Ramonville : « On va faire appel aux biens communaux. On n’est pas sur le contingent du logement social classique pour continuer à répondre à la demande et pouvoir répondre plus rapidement »

 

 

Les pistes de solutions :

– VNF (Voies navigables de France) a recensé une dizaine de maisons éclusières entre Bordeaux et Sète qui sont vacantes et pourraient être mises à disposition des réfugiés. Cette aide sera proposée aux communes concernées. Un courrier a été envoyé aux maires en question, la décision est aujourd’hui de leur ressort.

-Le député Christophe Borgel a lancé un appel aux maires de sa circonscription pour l’acceuil des migrants. Onze maires se sont joints à lui sur les communes de Saubens, Labarthe-sur-Lèze, Pins-Justaret, Roques-sur-Garonne, Pinsaguel, Eaunes, Villate, Ramonville, Roquettes, Lagardelle-sur-Lèze et Portet-sur-Garonne.

-Le Conseil Départemental a voté une aide exceptionnelle de 100 000 euros votée en faveur des populations victimes de guerre. En parallèle la collectivité mène depuis le mois de juin un travail avec l’office public de l’habitat de Haute-Garonne pour accueillir les familles de réfugiés arrivées dans le département.

-A la préfecture Florence Vilumus, sous-préfète chargée de mission pour la politique de la ville et de la cohésion sociale a été désignée coordinatrice départementale pour recenser les offres des collectivités territoriales et de la société civile.

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.