[Dossier] Malaise dans les collèges toulousains  

collège toulouse

Impasse. Le suicide d’un jeune enseignant stagiaire au collège Hubertine Auclert, fin janvier, a relancé le débat des violences dans les collèges. Les syndicats dénoncent des conditions de travail de plus en plus difficiles, l’académie temporise. Le point sur une situation complexe.

 

Le contexte était déjà tendu dans les collèges. La réforme menée par la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem a suscité une grosse mobilisation des enseignants le 26 janvier dernier. Le lendemain, Vincent, enseignant stagiaire à Toulouse se suicide. Un acte de désespoir qui a mis de l’huile sur le feu. Son entourage pointe du doigt les conditions de travail devenues trop difficiles à supporter au quotidien dans son établissement. Le collège Hubertine Auclert (quartier Croix Daurade) ne fait pas partie des neuf établissements classés REP (Réseau d’éducation prioritaire) de l’académie. Mais dans une lettre ouverte, publiée dans Politis, ses collègues évoquent les problèmes récurrents auxquels ils font face : « insultes, incivilités, coups portés sur les adultes, dégradations des locaux, déclenchements incessants de l’alarme incendie, violence dans la cour, en classe ou devant le collège, harcèlements conduisant certains élèves à des absences répétées voire à des départs de notre établissement. Il se tient dans le collège plus de 15 conseils de discipline par an, et tout autant ne sont pas tenus pour faire baisser les chiffres… »  Pour Bernard Schwartz, secrétaire général du SNES 31, « le suicide de ce professeur est un évènement grave minimisé par l’académie, qui évoque un problème personnel. » « La faute est sans cesse renvoyer sur les enseignants, l’interview du directeur académique dans la Dépêche du Midi est méprisante pour notre métier », renchérit un professeur syndiqué à Sud éducation. Celui-ci a notamment déclaré : « Personne n’oblige les profs à être profs », mais a tout de même reconnu le manque de formation pour gérer les situations « délicates ».

« Un professeur n’est pas un psychologue, une assistante sociale, un éducateur de rue »

La situation est-elle si catastrophique dans nos collèges toulousains ? Comment mesurer l’évolution des comportements violents ? « Le seul chiffre dont nous disposons est le nombre de signalements qui nous parviennent des établissements », nous indique-t-on à l’académie, « soit 900 incidents recensés en 2014 et 715 en 2015. » Cela comprend tous les niveaux, écoles primaires, collèges, lycées, sur les neuf départements de toute l’académie. En outre, les incidents signalés ne sont pas nécessairement des faits de violence : « Ce peut être une inondation, une fermeture exceptionnelle, un accident de voiture d’un professeur », précise la communication de l’académie, qui affirme ne pas avoir le détail des chiffres. Tous types d’évènements jugés ‘‘anormaux’’ par le chef d’établissement peuvent être signalés. « Mais un même fait ne va pas être considéré de la même manière partout, par exemple, une insulte à un professeur dans un collège difficile où cela arrive couramment ne sera pas signalée, mais elle le sera dans un établissement qui est rarement confronté à cette situation », explique le militant Sud éducation. Autre problème relevé par les syndicats, « la volonté de ne pas faire de vagues, les chefs d’établissement qui poursuivent une logique de carrière n’ont aucun intérêt à faire remonter les informations négatives ». La tension avec les proviseurs, accusés d’être « devenus des managers » est palpable. « Il faut arrêter de stigmatiser l’administration, il y a des gens volontaires qui souhaitent réellement réfléchir à de nouveaux dispositifs pour enrayer la violence dans leurs établissements », tempère Lionel Hanctin, qui a été directeur de la SEGPA du collège Bellefontaine avant de devenir proviseur adjoint du lycée de Pamiers. Lui-même est très engagé pour faire bouger les lignes dans ce quartier, avec son association Jeunesse Action Loisirs.

« Nous voulons faire tomber les déterminismes sociaux »

Néanmoins, les chiffres de l’académie ne sont pas un indicateur très fiable des faits de violence. « Le nombre de conseils de discipline peut être en revanche révélateur des tensions dans un établissement », indique Bernard Schwartz, « par exemple, 15 conseils en une année à Hubertine Auclert, c’est énorme », poursuit-il. Selon lui, plusieurs personnes avaient demandé à ce que l’établissement soit classé REP. De manière générale, « le public des adolescents a évolué, à l’image de la société et les rapports avec les élèves sont de plus en plus difficiles », remarque le secrétaire général du SNES 31. Un phénomène « qui dépasse le cadre des REP, car les inégalités sociales se sont accrues partout », poursuit le professeur toulousain Sud éducation. Pour ce syndicat, des solutions peuvent être envisagées : « Embaucher du personnel qualifié pour accompagner la scolarité des élèves, un professeur n’est pas un psychologue, une assistante sociale, un éducateur de rue. » Le manque d’assistantes sociales est une problématique particulièrement criante : « Elles ne sont à temps plein sur aucun établissement, même pas en REP. Celle qui s’occupe du collège Bellefontaine travaille dans trois établissements », dénonce ce syndicaliste. Les dispositifs existants sont le plus souvent « externalisés » c’est-à-dire confiés à des structures extérieures aux établissements. Ce n’est pas toujours au goût des syndicats, mais le milieu associatif peut obtenir des résultats probants. L’association Jeunesse Action Loisirs installée au collège Bellefontaine mène depuis 2001 des actions de solidarité avec les élèves de cet établissement classé REP + : « Nous avons nettoyé le village de Saint-Béat, ou encore un village en Ariège après une coulée de boue, cela montre que ces jeunes sont capables de mener des actions remarquables », affirme le Lionel Hanctin, dont l’objectif est de « faire tomber les déterminismes sociaux ». Dans ce quartier difficile « enclavé et ghettoïsé », tout est bon pour créer de nouveaux liens sociaux. « Nous accueillons des élèves d’autres établissements toulousains qui viennent pour utiliser notre piste de sécurité routière », mentionne le président de l’association, en exemple. Bellefontaine a toujours été « une plaque tournante d’expérimentations ». Aujourd’hui l’association embauche deux anciens élèves et forme des jeunes à devenir eux-mêmes formateurs BAFA : « Ils prennent le relai et deviennent eux-mêmes acteurs », se félicite le président de l’association. Mais force est de constater que « le mouvement social de l’an dernier a tout fait voler en éclat », regrette-t-il. Jeunesse Action Loisirs poursuit plus que jamais son travail de terrain et parvient à capter un budget « trois fois supérieur à l’aide de l’éducation nationale grâce aux conventions avec la maire de Toulouse la CAF ». Il n’y a pas d’équivalent sur Toulouse d’une telle structure, mais le modèle est à encourager.

 

 

Nombre d’incidents signalés à l’Académie :

900 en 2014

715 en 2015

 

 

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.