[Dossier] Logements sociaux : l’urgence de rénover

Logements sociaux

Parc ancien. À Toulouse, plus de 20 000 logements sociaux ont été construits dans les années 60 – 70. Si des rénovations sont régulièrement entreprises par les bailleurs sociaux, il reste encore du chantier pour certains immeubles.

 

« Le parc ancien des logements sociaux nous vaut régulièrement des remarques bien senties dans la presse », lance Luc Laventure, nouveau directeur général d’Habitat Toulouse, qui a dressé en début de semaine le bilan d’activité l’office public de l’habitat, en compagnie de son président Franck Biasotto (par ailleurs élu à la ville et à la métropole dans la majorité de Jean-Luc Moudenc). En effet, les témoignages s’enchainent sur les problèmes signalés dans les vieux immeubles de la ville : chauffage collectif défaillant, mauvaise insonorisation, canalisations anciennes, moisissures, fissures… Habitat Toulouse estime qu’il y existe, parmi son parc de résidences, 3000 logements à rénover en urgence dans les quartiers de La Cépière, Papus, Picarel et Negreneys. Le premier bailleur social de Midi-Pyrénées, qui gère 17 500 logements dans l’agglomération toulousaine affirme que la réhabilitation des logements est « une priorité » dans l’objectif de valoriser son patrimoine ancien. Entre 2005 et 2015, 2700 logements ont été réhabilités et 2700 résidentialisés ( ce qui signifie que les immeubles ont été clôturés et sécurisés, NDLR). La rénovation urbaine va se poursuivre dans les quatre prochaines années pour les 3000 logements cités, grâce un budget « de 12 à 15 millions d’euros par an », précise Luc Laventure, qui n’exclut pas pour autant, la démolition de certains immeubles. « Cette option sera envisagée dans plusieurs quartiers », ajoute Franck Biasotto avec prudence, « détruire un immeuble n’est jamais indolore pour les habitants », reconnait-il.

« Détruire un immeuble n’est jamais indolore pour les habitants »

À plus d’un titre, cette pratique est décriée par les associations et les locataires. « Si on démolit pour reconstruire du neuf, on ne risque pas d’atteindre les 25% ou 30% de logements sociaux dans la ville », pointe Tristan Simon, militant du DAL Toulouse (Droit au Logement). Le porte-parole de l’association, François Piquemal, poursuit : « On détruit pour reconstruire moins et plus parfois plus cher, ces opérations cachent un déplacement d’une population pauvre pour la remplacer par une population plus aisée. » Sur les 10 dernières années, Habitat Toulouse a détruit 1500 logements et en a construit 700. Du côté des habitants, la démolition au profit du neuf laisse également perplexe : « A Empalot, on a détruit les bâtiments 24 et 25 pour reloger les gens dans du neuf, les charges ont augmenté, le chauffage ne marche pas, il y a des coupures d’eau… » raconte Colette, qui vit dans le quartier. Elle-même a aménagé dans une résidence neuve, gérée par Habitat Toulouse, en 2012 : « Depuis mon arrivée, il y a des infiltrations d’eau sur les murs dès qu’il pleut et on est passé du chauffage individuel au collectif et depuis ça ne marche plus ! » Cette retraitée ne souhaite « pas vivre un hiver de plus dans cet appartement, où il fait 13° dans la chambre à coucher et à peine 17° dans la pièce à vivre ». À bout de nerf, elle a engagé un avocat et compte entamer une procédure contre le bailleur. Le problème du chauffage est récurrent dans le quartier. « À Empalot, il y a une pétition par an ! » ironise Luc Laventure sur le sujet, « nous avons mis des capteurs dans les immeubles en décembre qui n’ont signalé aucune faiblesse des compteurs, nous allons vérifier tous les thermostats des radiateurs pour y voir clair. » Les seuils de températures sont fixés à 19° le jour et 17° la nuit, « exactement ce que l’on trouve dans les résidences d’Empalot, on est prêt à augmenter le chauffage, mais qui paye ? » s’interroge le président d’Habitat Toulouse Franck Biasotto. Pour l’instant, ce sont les locataires. Dans l’immeuble de Colette, « on paie des factures d’électricité astronomiques, car on a été obligé de mettre des radiateurs d’appoint », rapporte-t-elle.

« On constate l’insalubrité au quotidien »

Tous les bailleurs sociaux de la ville sont confrontés au problème de vétusté et de malfaçons. « On constate l’insalubrité au quotidien », regrette François Piquemal. Toulouse métropole consacre un budget de 2 millions d’euros en 2016 pour la réhabilitation des bâtiments. L’observatoire de la vigilance des copropriétés qui dépend de l’AUAT qui surveille le parc ancien des logements sociaux « est un outil de prévention pour nous permettre de détecter en amont les problèmes et de prendre des mesures de sauvegarde », explique Franck Biasotto. Mais ce dispositif ne suffit pas toujours. Lorsque la situation se dégrade, le service communal d’hygiène et de santé est chargé de signaler les ‘‘avis d’insalubrité’’ à la préfecture, qui elle-même déclare la situation remédiable ou irrémédiable. «La préfecture peut demander le relogement d’un locataire aux frais du bailleur, mais comme il y a peu de logements sociaux disponibles c’est compliqué », explique Tristan. Rue Grande-Bretagne, une habitante attend depuis 8 ans une mutation de logement « car elle vit avec un trou dans un mur, son état de santé s’est dégradé », déplore le militant du DAL. Avec la baisse des aides à la pierre , la réhabilitation de l’ancien est un vrai défi pour les promoteurs sociaux… Mais l’effort se poursuit tant bien que mal. Un des objectifs aujourd’hui d’Habitat Toulouse est d’arriver à revendre le patrimoine ancien : « Cela permet une responsabilisation des habitants et une mixité de statut entre locataires et propriétaires », explique Luc Laventure. Ces ventes permettent surtout de financer des constructions neuves. « Les 60 premières ventes en HLM en 2015 nous donnent la possibilité de financer 240 nouveaux biens », précise Franck Biasotto. Un calcul avantageux. Reste à convaincre les locataires…

 

 

 

 

 

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