[Dossier] Les citoyens reprennent-ils le pouvoir ?

Dessin Syl

Révolution ou illusion. Le mot citoyen est plus que jamais dans l’air du temps. Non loin de nous, Syriza et Podemos ont apporté un vent nouveau en politique. A quelques mois des élections régionales où l’abstention sera un enjeu majeur, ce vent peut-il pousser lesdits citoyens aux urnes ?

 

L’engagement citoyen semble redevenir à la mode. Des initiatives telles que la réserve citoyenne à Toulouse en témoignent. Lancée à la fin du mois de septembre, elle regroupe 134 bénévoles chargés d’aller prêcher la bonne parole républicaine dans les établissements scolaires. C’est l’une des idées post-Charlie Hebdo du gouvernement. Le service civique a également la cote auprès des jeunes. Depuis cinq ans, il a mobilisé 85 000 personnes sur toute la France. Mais au-delà de ces dispositifs institutionnels, de nombreux collectifs de citoyens se mobilisent sur des sujets divers. Toulouse en regorge. Le militantisme politique au sein des partis est en crise mais pas le militantisme en tant que tel. Il prend de nouvelles formes, autour de problématiques ciblées. Le collectif ‘‘Regards citoyens’’ est un exemple. Ses membres font véritablement bouger les lignes sur l’Open data (le libre accès à toutes données détenues par l’administration) et donc sur la transparence de nos institutions. Le Toulousain Laurent Guerby a rejoint le collectif il y a deux ans : « Nous sommes un lobby citoyen au service d’une cause, et si notre association est microscopique, elle a un impact considérable. » Au moment de l’affaire Cahuzac, ils ont mobilisé 8000 personnes « pour numériser toutes les déclarations d’intérêts des élus dans une base de données exploitable pour les gens et les journalistes. D’ailleurs de nombreux médias se sont appuyés sur notre travail », explique-t-il. L’activité de ce collectif est essentiellement nationale, mais il peut aussi avoir une influence locale. Laurent Guerby a notamment milité pour la libéralisation des données de Toulouse métropole en 2011.

Nous sommes un lobby citoyen au service d’une cause »

Ce collectif se veut « transpartisan » et affiche l’objectif « de rassembler des personnes issues de sensibilités diverses », précise Laurent Guerby, lui-même ancien militant du PS. Par conséquents, ce sont des militants plutôt politisés et enclins à participer aux élections. Ce n’est pas le cas partout. Youssef Azroual, un des bénévoles du village Alternatiba Toulouse, qui a regroupé cette année près de 200 associations locales autour de l’enjeu du changement climatique, remarque « une certaine envie de s’engager», mais n’est pas convaincu que cela se traduise dans les urnes : « De ce que j’ai pu constater chez nos bénévoles, il y a deux catégories de personnes : ceux qui sont militants dans des partis qui vont continuer à l’être pour faire passer un message en interne ; et les autres qui restent distants par rapport au milieu politique. » La charte de cet évènement stipule par ailleurs : « ni partis, ni syndicats ». Les élus locaux d’EELV ont bien entendu soutenu l’évènement, mais Alternatiba ne deviendra pas un soutien au Projet en commun : « Nous n’avons pas discuté des différentes listes aux élections régionales entre nous, mais il est clair que nous ne prendrons pas position car nous voulons rester apolitique. » Même son de cloche au Collectif Job. Créé au Sept Denier, après la fermeture de l’usine de papier Job en 2001, ce collectif est né d’un combat de quartier pour que le site soit reconverti en lieu culturel et non livré aux promoteurs immobilier. Inauguré en 2011, il regroupe aujourd’hui une dizaine d’associations : « Nous travaillons avec les habitants du quartier pour élaborer une programmation culturelle riche », explique Stéphane Gauthier, bénévole depuis 4 ans au collectif. Une programmation qui a également pour objectif de favoriser la démocratie participative : « Nous évoquons des sujets citoyens à travers des manifestations artistiques, par exemple avec ‘‘Le vent se lève’’, qui est un festival d’éducation populaire politique », précise-t-il.

 « J’ai l’impression qu’on est dans le citoyenwashing »

Ce bénévole remarque tout de même des réticences parmi les habitants du quartier : « Dès qu’on parle de politique, de débat, les gens ont peur, et participent moins qu’aux réunions de quartier sur des sujets plus pratiques et concrets. » Pour lui l’explication est simple : « Il y a un amalgame dans le langage, nous faisons de la politique au sens large du terme et pas de la politique politicienne, qui suscite un véritable rejet» Est-ce que les différentes listes dites citoyennes pourraient convaincre les réticents ? « J’ai l’impression qu’on est dans le citoyenwashing, a priori tout le monde est citoyen, les élus compris. Le terme de citoyen est beaucoup utilisé, mais ce n’est pas parce qu’on en parle qu’on agit forcément en ce sens… » Les listes de Gérard Onesta, Philippe Saurel, Gérard Cavard et Gilles Fabre (voir encadré) vont devoir combattre le scepticisme ambiant. Autre difficulté : elles ont toute pour cible un électorat de gauche. Ce que regrettent certains… Depuis Avril, un collectif citoyen marqué à droite de l’échiquier politique s’est créé : ‘‘Le peuple d’abord’’. Adeline Guibert, militante Debout La France en est l’une des fondatrices : « Toutes ces listes sont connotées fortement à gauche, donc elles ne sont pas vraiment citoyennes… Nous, nous avons la volonté de rassembler des gens de toutes tendances qui sont patriotes et qui défendent une France souveraine. » Le collectif n’en est qu’à ses débuts, et n’a pas de visée pour les régionales. Mais il soutient des mouvements de luttes ciblés comme celle des agriculteurs, des travailleurs indépendants, des médecins… Le genre de militantisme qui ne s’éteindra jamais.

 

Listes qui se revendiquent ‘‘citoyennes’’ aux élections régionales :

Le Projet en commun, mené par le conseiller régional écologiste Gérard Onesta

Citoyens du Midi, mené par Philippe Saurel, maire de Montpellier, ex-socialiste

Le Bien commun, mené par Christophe Cavard, député du Gard ex-EELV

Nouvelle Donne, mené par Gilles Fabre, co-fondateur d’Attac Montpellier

 

Le chiffre :

55,68% d’abstention aux élections régionales de 2010 en Midi-Pyrénées.

 

 

 

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