[DOSSIER] Laïcité : le défi du vivre ensemble

 

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Principe. La laïcité est un fondement de notre République depuis 1905. Plus de 100 ans après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, elle reste aujourd’hui sujet de tabous, de polémiques, de tensions. Le contraire même de son objectif premier : garantir le vivre ensemble.

 

La laïcité est constamment en débat partout en France. Ouverte, fermée, tolérante, stricte… Les adjectifs ne manquent pas pour essayer d’appréhender ce concept difficile à appliquer dans les faits. À Toulouse, l’obédience maçonnique ‘‘Le Droit Humain’’ organise samedi prochain une conférence publique sur cette thématique, « ouverte à tous », précise Christian Larray, organisateur de l’événement. La laïcité est un sujet phare de réflexion pour ‘‘Le Droit humain’’ et  la franc-maçonnerie de manière générale. « C’est une question qui est toujours d’actualité, car quasiment toutes les religions s’opposent à la laïcité et sont un obstacle à une pensée libre », estime Christian Larray. La méfiance vis-à-vis des cultes est manifeste… Pourtant la religion quelle qu’elle soit ne s’impose à personne. « Si on prend la religion catholique, le pape s’oppose à tout ce qui peut libérer la femme, à la régulation des naissances, aux mesures contre la propagation du sida… Ces interdits religieux sont une entrave à la société et le Vatican étant un Etat, la parole du pape est politique. Donc nous devons être vigilants », argue-t-il. Mais tout le monde ne partage pas la même vision de la laïcité. C’est d’ailleurs le cœur du problème. Depuis plusieurs années, Toulouse est dotée de différentes structures chargées de réfléchir aux questions spécifiques qui touchent à ce sujet, tel l’observatoire de la laïcité de Haute-Garonne créé en novembre 2010. Son président Jean-Louis Lareng défend « une laïcité ouverte, de tolérance » qui permet « l’affirmation de chacun dans le respect de l’autre ». Enseignant de profession, il se souvient avoir demandé à certains élèves « de cacher leurs croix » et aujourd’hui « le gouvernement autorise les mères accompagnatrices des sorties scolaires à porter le voile, alors qu’est-ce qu’il faut faire ? » Pour lui, tant que l’Etat n’est pas plus clair, « comment peut-on demander  au citoyen d’abandonner tout signe religieux ? » L’association, qui est une déclinaison de l’observatoire national de la laïcité, est « avant tout un lieu de réflexion ». Elle souffre clairement d’un manque de visibilité car la seule communication autour de ses travaux passe par un blog qui n’a pas été alimenté depuis mars 2013… Coïncidence ou pas, c’est justement l’année où a été créé le Conseil de la laïcité de Toulouse, par l’ancien maire Pierre Cohen. Sa vocation, « discuter sur des problèmes très concrets en lien avec les représentants des religions », explique Françoise Laborde, membre de ce conseil, « mais il n’avait pas atteint son rythme de croisière », avoue-t-elle. Aujourd’hui qu’en est-il de ce conseil ? Depuis l’arrivée de la nouvelle municipalité en mars dernier, il reste en suspens en attendant une prise de position sur le sujet. Ce qui n’a pas manqué de provoquer les critiques de la gauche toulousaine… Mais le silence devrait être rompu, ce vendredi 12 décembre, lors du Conseil municipal. La relance de cette structure est à l’ordre du jour, « avec de nouvelles propositions pour gagner en efficacité et en visibilité », nous confie une source proche du Capitole. Signe que la laïcité reste une préoccupation quel que soit le bord politique au pouvoir. D’ailleurs, Jean-Luc Moudenc a créé une délégation dédiée à la laïcité et aux relations entre les cultes, confiée au conseiller municipal Laurent Lesgourgues.

 « la République ne doit pas avoir peur des crèches ! »

À Toulouse, la relation entre les trois religions monothéistes est déjà instaurée. « Depuis plus d’un an, nous travaillons sur un document commun, sous l’égide du préfet et de la mairie de Toulouse, pour établir comment nous pouvons participer au débat et apaiser les tensions », révèle le Père Simon d’Artigues. « Les relations sont très bonnes au niveau institutionnel », confirme le Rabbin Haim Matisof, qui se considère comme « un religieux laïc ». Il estime en effet que « la laïcité est très positive en France, le fait que la religion soit vécue dans la sphère privée est une bonne chose ». Il  prête en revanche une attention particulière au respect des religions « car il ne faut pas que la laïcité aboutisse à un refus de la religion, à un rejet de l’autre, mais aujourd’hui certains événements créent la confusion », regrette-t-il. Le Père Simon d’Artigues va plus loin : « La crèche retirée d’un Conseil général montre qu’on veut exclure le fait religieux de notre pays, c’est une conception très dure de la laïcité qui n’existe pas ailleurs, la République ne doit pas avoir peur des crèches ! ». Pour ce prêtre toulousain, « chacun doit être libre d’exprimer sa religion tant qu’il n’y a pas de prosélytisme ». Cela implique une vision très tolérante de l’Etat laïc : « Réserver le culte à la sphère privée est une déviance de la compréhension de la loi de 1905, nous défendons la place de la religion dans la sphère publique, pas seulement des catholiques, car nous sommes solidaires des juifs et des musulmans. Il s’agit de défendre la liberté de croire et de pratiquer sa religion. » Sion dit souvent qu’il y a autant de religions qu’il y a d’hommes, on peut en dire de même de la laïcité. Le défi sera d’accorder les différentes visions autour d’une conception cohérente qui n’aboutisse pas à un clivage monde religieux vs monde laïc. Un enjeu qui se joue à tous les niveaux, du gouvernement à la commune. Le conseil de la laïcité toulousain ressuscité aura du pain sur la planche.

 

Les principes de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat

Article 1 : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Article 2 : La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes.

Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.

Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l’article 3.

 

Info pratique : La conférence publique sur le thème « La laicité, un défi pour le XXIe siècle », organisée par l’ordre maçonnique mixte international ‘‘Le Droit Humain’’, se tiendra samedi 13 décembre à 18h30 à la maison de la citoyenneté, rue San Subra à Toulouse. Elle sera présidée par Michel Meley, président du Conseil national du Droit Humain. La sénatrice de Haute-Garonne, Françoise Laborde, l’historien Henri Del Pup et la secrétaire générale d’EGALE Martine Cerf (également codirectrice du Dictionnaire de la Laïcité) seront présents.

 

 

 

 

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