[Dossier] La culture toulousaine en crise

place dupuy-crédit mairie de Toulouse Patrice NinAmertume. Faire le tour des lieux culturels de la ville par les temps qui courent c’est un peu ouvrir la boite de pandore. Car Toulouse accuse avec difficulté le coup de la récente annonce de baisse des subventions municipales à la culture. Etat des lieux d’un domaine qui tentait de rattraper son retard et qui reste quelque peu contrarié.

C’est dans son bureau du TNT que nous reçoit Laurent Pelly, co-directeur du site. Derrière l’ambiance volontairement détendue, l’atmosphère reste lourde… « Il y a eu un moment de stupeur quand on nous a annoncé la baisse des subventions » explique-t-il. Il y a trois mois le TNT apprenait comme toutes les structures culturelles locales que 2015 verrait une première salve de baisse des subventions de la mairie à hauteur de 10%, pour un objectif à -25% d’ici 2020. « On l’a appris en cours de saison, les contrats sont signés, les budgets engagés, on reproche l’irresponsabilité de la ville qui nous pousse à créer un déficit car sur certains points on ne peut pas revenir en arrière. » Le TNT, qui est en fait un centre dramatique national (logiquement financé à parité entre le ministère de la Culture et la ville), voit sa subvention de 2 millions 300 000 € baisser de 233 000€. « C’est le centre dramatique national le plus touché de France ». Un problème de priorité, d’après la plupart des structures rencontrées, à l’image de Matthieu Miegeville, fondateur de Jerkov Musiques : « Ni Midi-Pyrénées ni Toulouse ne sont des régions ou villes où la culture a un poste budgétaire haut, certains font le pari de la culture ce n’est pas vraiment notre cas. Jerkov Musiques est encore en négociation avec la municipalité car nous pourrions disparaitre cette année-même où Cats on trees -que nous avons porté jusqu’au succès- reçoit son disque de platine… » Pendant que certains s’arrachent les cheveux pour faire des économies de bout de chandelles (réduction des horaires d’ouverture, annulation de spectacles, etc.), d’autres voient là la fin d’un combat. Annie Bozzini, directrice du CDC (centre de développement chorégraphique) est en colère. D’ailleurs pour elle la coupe est tellement pleine qu’elle a décidé de quitter son poste à la fin de l’année : « Si on considère que Toulouse est la 4ème ville de France je ne suis pas sûre que la diversité soit encore là. Au CDC avec une baisse de 25 % on n’y arrivera pas. » Il faut dire qu’elle portait le projet ambitieux de Cité de la danse, qui a fait partie de ceux qui ne seraient finalement pas retenus. Globalement l’amertume se fait sentir, même si le problème vient de plus loin. Car ce qui chiffonne le plus nos experts culturels locaux c’est bien la place qu’est donnée à la culture dans la ville rose. « Toulouse est la ville de France, qui dépense le moins pour la danse, par rapport à Montpellier et aux grandes villes, on a 25 ans de retard, c’est un art qui n’a jamais été porté ici. On va retomber très bas», termine-t-elle. Pour elle on subit « des choix d’élus sans risque qui servent un public unique en donnant la priorité à l’Orchestre du Capitole » Une référence qui réunit la sphère culturelle locale : l’Orchestre du capitole, reconnu internationalement reste « une véritable vitrine pour Toulouse » pour les uns, qui «phagocyte une partie du budget culture» pour les autres.

« Toulouse aura bientôt du mal à supporter la concurrence avec Montpellier »

« Il faut éduquer à la culture.  On est en train de tout bousiller, même si ici il y a toujours eu un déficit réel de culture, Toulouse est une ville particulière, c’est un gros village de tradition rurale, il n’y a pas eu ici de bourgeoisie éclairée comme on a pu voir à Bordeaux, ou Lyon où la Culture reste une priorité. Qui plus est il n’y a jamais eu de place pour l’avant garde ici ». Annie Bozzini ne mâche pas ses mots. Toulouse aurait historiquement quelques lacunes côté culture. C’est d’ailleurs un constat que font la plupart des acteurs locaux, notamment un spécialiste de l’art moderne à Toulouse : « On a des établissements muséaux de premier ordre comme les Abattoirs, le Muséum, les Augustins, mais clairement si on prend les trois première villes de France et Toulouse il y a un fossé ! Ce n‘est pas une ville neuve mais sur le plan culturel il n’y a pas de tradition forte par les musées comme à Strasbourg par exemple. » Dominique Salomon, vice-présidente de la région chargée de la culture donne le coup fatal : « baisser le budget culture c’est une faute grave, l’image de Toulouse pourrait bien en pâtir et je pense même qu’elle aura bientôt du mal à supporter la concurrence avec Montpellier. »

Sans jeter la pierre aux élus qui se sont succédés au capitole, Toulouse apparait pour nombre d’acteurs culturels comme un énorme bourg au milieu d’une grande campagne. Un retard historique finalement, qui « pourrait être rattrapé, avec un peu de bonne volonté ». Paradoxalement on parle d’une vraie intensité toulousaine, où « les rencontres se font vite et bien, il y a un côté laboratoire et une rapidité de décision et de mise en œuvre des projets. » Autre explication au retard culturel toulousain, sa position géographie, loin de Paris : « Quand les artistes sont à deux ou trois heures de TGV de la capitale les choses sont plus faciles », poursuit notre spécialiste de l’art moderne, nuançant cependant ses propos : « Mais finalement Toulouse trouve aussi là son intérêt, elle est isolée, et par là-même a du caractère, c’est un peu une ile au milieu du continent. » Jackye Ohayon, co-fondateur du théâtre Garonne entend laisser du temps au temps : « L’offre à Toulouse est depuis longtemps sur la bonne voie mais elle manque d’un souffle complémentaire, même si elle a connu des paliers d’évolution importants. » L’élément qui pèche pour lui c’est la production, car les équipes artistiques manquent de soutien. « Il y a encore un bout de chemin à faire mais c’est sûr que si on voit les choses d’un point de vue comptable, politiquement ça n’a pas de sens, il faut passer à la phase analyse. On essaie de tenir un certain niveau d’ouverture du théâtre et de respecter nos engagements  mais nous procéderons forcement à quelques allègements ». S’il n’entend pas détailler ce qui sera sucré du programme, c’est pour mieux attendre l’analyse de ces retombées. « Le rapport comptable est dévastateur s’il n’est pas accompagné d’une vision politique.» A bon entendeur.

 

3 questions à Francis Grass, adjoint à la culture :

La proposition culturelle toulousaine est-elle à la hauteur de la 4ème ville de France ?

Nous avons ici une offre culturelle très diverse. Le Muséum le plus important de France (300 000 visiteurs par an) la Cité de l’espace (500 000 visiteurs/an), l’Orchestre national au Capitole, le seul en région qui soit internationalement reconnu, la Cinémathèque, la plus visitée de province ainsi que de nombreux festivals. L’offre est si variée qu’on en perd peut-être en visibilité…

Baisser les subventions de la ville de 25% d’ici 2020 n’est-ce pas sacrifier la culture ?

N’oublions pas que les subventions ont augmenté de 40% sur les 6 dernières années. Aujourd’hui elle est portée par la ville et représente 25 à 30% du budget de la ville. J’ai pu constater parfois que l’argent est mal utilisé. Nous voulons faire mieux avec moins en travaillant mieux le calendrier pour que les manifestations ne se télescopent pas et en réduisant la diversité sans l’appauvrir en utilisant la récurrence biennale au lieu d’annuelle par exemple.

Que faut-il attendre nouveau culturellement parlant ?

Il y a beaucoup de projets à venir : le Quai des savoirs à l’horizon 2016, la Piste des géants et l’Auditorium, qui est en phase d’étude. Sans oublier bien sur le projet de label Unesco.

 

 

 

 

 

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