[Dossier] Habitat participatif : la ville de demain ?

Callisto-Balma-15-08-27-06

Précurseurs. Le logement rentre dans la troisième dimension, à mi-chemin entre la construction d’une maison individuelle et l’achat ou la location d’un appartement. L’habitat participatif semble avoir de beaux jours devant lui et la région toulousaine n’est vraiment pas en reste. Visite de chantier.

 

À Toulouse les esprits sont en effusion. L’habitat participatif est un concept plutôt récent. On le voit apparaitre à la fin des années 2000 en France, mais à Toulouse le premier logement a été livré il y a seulement deux ans. Plus récemment, Balma a également inauguré sa résidence participative. Une petite consécration. Il faut dire que c’est un véritable parcours du combattant. Intermédiaire entre habitat individuel et collectif, né de l’engagement et la coopération des futurs habitants, cette nouvelle forme d’accession à la propriété ouvre la porte à une tout autre manière de bâtir sa vie. En région toulousaine et dans le département d’autres projets sont en cours (cf. carte) à la Cartoucherie, à Saint-Cyprien, à Bellefontaine, mais aussi à Beaumont-Sur-Lèze, Pamiers (09) ou Cazères.

Considéré comme la « troisième voie du logement », l’habitat participatif permet à des particuliers de s’engager ensemble dans une opération immobilière autour d’un projet mêlant espaces privés et partagés (chambre d’amis, buanderie, atelier, jardins, etc.) « Il y a différents degrés d’habitat participatif, à la Cartoucherie, au-delà de nos appartements respectifs, on veut partager et mutualiser et on tient à la mixité sociale et générationnelle » explique par exemple Stéphane Pinon du collectif Abricoop, qui s’installera sous peu dans l’écoquartier de la Cartoucherie. Au-delà de ces critères, les coopérateurs se sont entendus sur une clause de revente pour la non-spéculation. À noter que l’habitat participatif est surtout une autre manière de vivre. Les participants sont tous unanimes : on n’achète pas pour revendre ses parts sociales et s’enrichir.

« C’est LA réponse pour une ville durable »

La loi ALUR, en offrant un cadre juridique, a largement aidé à la démocratisation des projets participatifs qui se sont rapidement multipliés depuis. Au niveau national et local, différentes associations ou opérateurs se sont par ailleurs spécialisés sur le sujet. Ainsi l’AERA (Action Etudes et Recherches sur l’Architecture, l’habitat et la ville) qui chapeaute la plupart des projets toulousains. L’idée ? Accompagner les groupes dans leur projet, ou bien favoriser la constitution d’un groupe à partir d’un terrain. « Concernant les opérateurs ça tient beaucoup à la volonté et aux aspirations de chacun », explique Stéphane Gruet, architecte et directeur de l’AERA et de citer l’entreprise Patrimoine initialement engagée dans un projet (celui de Bellefontaine ndlr.) qui a fait marche arrière suite à un changement de direction. « Ce n’est pas par stratégie de développement de l’entreprise, car il n’y a aucun intérêt de ce côté-là, il faut une fibre participative et sociale, cela donne du sens à leur action » termine-t-il.

À ce jour le Groupe des Chalets est le premier bailleur social à développer cette nouvelle démarche d’accession à la propriété. « L’habitat participatif on en a fait avant de savoir qu’on en faisait », ironise Jean-Paul Coltat, directeur général du groupe. « C’est arrivé de manière assez naturelle, on peut dire que le monde coopératif est dans nos gènes. C’est absolument extraordinaire la vie qu’il peut y avoir dans ces logements partagés. Je suis à chaque fois étonné par l’ambiance, l’entraide et la convivialité qui règne dans ces lieux. Le vivre ensemble devient une vraie réalité. Quand on gère du patrimoine on reçoit régulièrement des lettres de plainte concernant tel voisin trop bruyant ou tel autre, c’est dramatique d’en arriver là il faut réapprendre à communiquer et revenir aux fondamentaux. »

 

L’appui nécessaire des collectivités

Pourtant il faut s’armer de patience pour construire ce genre de projet, surtout lorsque l’on n’a pas de foncier : « ce sont des procédures plus longues en amont, donc ce ne sont pas ou rarement les particulier qui vont patienter, il faut donc tabler sur des terrains appartenant à la puissance publique ou dans le cadre de ZAC », poursuit Jean-Paul Coltat. « En théorie par rapport à une opération classique il faut rajouter 3 mois, à condition que tout soit prêt avec une armée de professionnels puis un appel public à projet. Si personne n’est encore convaincu et qu’il n’y a pas de foncier, il faut une ténacité hors norme » ajoute Stéphane Gruet. C’est ce qu’il s’est passé pour le projet de la Cartoucherie. À la base une dizaine de ménages a amorcé l’élaboration de son habitat idéal en 2008, sous le nom la Jeune pousse. Ce n’est qu’en 2011 que Toulouse Métropole et Opidea dédient un ilot à l’habitat participatif à la Cartoucherie. Retient le projet pour l’éco quartier de la cartoucherie. Les travaux ont commencé il y a trois semaines seulement pour une livraison en 2017. Entre-temps la coopérative d’habitant est devenue Abricoop, compte 17 foyers qui sont pour la plupart de nouveaux venus, les anciens ayant abandonné en route. Un parcours qui prend plusieurs années et pendant lequel il ne faut pas avoir peur de vivre des désillusions. Certains groupes cherchent le foncier idéal pendant des mois  pour finir par se faire doubler par un promoteur immobilier. Franck Biasotto, adjoint délégué au logement explique que la mairie ne peut pas préempter un terrain privé pour le revendre dans ce cadre, « l’habitat participatif n’est pas considéré comme étant d’utilité publique. Ce genre de projets peut se faire à partir d’une ZAC ou d’un OAP ». Il est clair que l’appui des collectivités et des élus est un atout indéniable dans le processus participatif. À Strasbourg et à Lille, des terrains sont réservés d’office à ce genre d’opération, Toulouse saura-t-elle donner un nouveau coup d’accélérateur ?

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.