[Dossier] Grande région = hôpitaux ruraux en danger ?

hopital - bill mcchesneySANTÉ. Partout en France, les services d’urgence, de maternité ou de chirurgie ferment à tour de bras. Des structures souvent rurales, de taille moyenne ou à l’activité modeste, qui accueillent pourtant des patients au quotidien. Dans cette nouvelle région encore plus étendue, les établissements de santé de proximité sont-ils condamnés ?

 

« Pour qu’un hôpital fonctionne les autorités sanitaires ont établi des seuils minimums d’activité », explique Jean Scheffer, cardiologue ancien chef de service à l’hôpital d’Albi. Ainsi par exemple, 300 accouchements par an pour une maternité, 2000 opérations chirurgicales, 10 000 passages aux urgences, etc. En dessous de ces seuils, la sécurité des patients ne serait plus garantie. Pourtant les naissances sur le chemin de la maternité ne sont pas une légende… Et si la politique de restructuration touche les maternités de plein fouet, elle ne se limite pas à ces services. « Elles sont la plupart du temps la première étape de fermeture d’un site, pour faire tomber un hôpital il faut faire tomber la maternité c’est bien connu », explique Paul Cesbron, obstétricien à la retraite et membre de la Coordination des comités de lutte contre la fermeture des hôpitaux et maternités de proximité. Depuis le milieu dans années 70 deux tiers d’entre elles ont fermé dans l’hexagone. « Les hôpitaux de proximités sont des relais importants. Mais dans la santé comme ailleurs, tout est histoire de couts, il y a notamment une obsession quant à la durée de séjour des patients, il faut le savoir en tant que chef de service on a régulièrement des pressions à ce sujet » poursuit-il. Les méthodes employées actuellement : prôner la chirurgie ambulatoire pour supprimer des lits des établissements. « On doit faire3 milliards d’économies en 2015 et 2017, en Midi Pyrénées cela revient à supprimer 280 lits et 560 en Languedoc Roussillon, soit 840 au total », explique Jean Scheffer. Ancienne région la plus vaste de France métropolitaine, Midi-Pyrénées est aujourd’hui associée à sa voisine pour former la seconde plus grande région. Avec ses 72 000 km2 elle reste un territoire en grande partie rural et la problématique d’accès aux soins se pose dans plusieurs zones considérées comme enclavées. Jean Scheffer dépeint la situation locale : « On a fermé 10 maternités, depuis une vingtaine d’années, la liste est longue : Mazamet, Bagnère, Carmaux, Lourdes fin 2015, Lannemezan et Moissac il y 3 ans, Lavelanet, Lavaur, Gourdon, Saint Céret. Et des menaces reviennent régulièrement, on met en avant l’activité des structures, mais sans tenir compte des disparités démographiques. »

“La fusion des régions accentue cette « Hostérité »”

Si l’on parlait d’exception géographique pour Midi-Pyrénées sous l’ancien découpage, ce qui avait notamment permis au Centre Hospitalier de Saint-Affrique d’avoir une enveloppe supérieure malgré son activité modeste, la liste des lieux menacés s’allonge. « On voit chaque année paraitre dans les médias des listes élaborées par des technocrates, malheureusement souvent médecins qui poussent des dizaines d’établissements vers la sortie, avec l’appui du ministère… » Une « Hostérité » largement relayée par les syndicats qui luttent contre cette recherche effrénée de diminution des couts. Le service de chirurgie du centre hospitalier de Saint Giron est dans la même situation, « maintenu, mais menacé de disparaitre. La chirurgie de Lourdes est à risque, Millau saint Affrique et Decazeville viennent d’avoir rune prolongation de la maternité pour un an, que dire de la suite ? Depuis deux ans les directeurs d’hôpitaux, les ARS et président de commission médicale des établissements se réunissent et définissent les GHT (groupement hospitalier de territoire), mais on n’a pas beaucoup plus d’informations.» À l’ARS on expliqueque la loi de modernisation de notre système de santé prévoit « un nouveau mode de coopération entre les établissements de santé pour garantir un meilleur accès aux soins ». L’idée ? Un hôpital « structurant » pour un territoire donné dès le 1er juillet. Le risque ? Voir des fusions faisant disparaitre les plus petits. Jean Scheffer ne cache pas ses doutes quant à ce système : « La fusion des régions accentue le problème. On centralise tout ce qui est administratif, pour éviter les doublons, résultats on va créer des postes administratifs au détriment des postes de soignants. » Il explique par ailleurs qu’en France « quand on regarde le nombre de lits on est tout proche de la moyenne européenne. En nombre d’établissements on est au-dessus de la moyenne européenne, mais le pays à des zones rurales assez nombreuses, c’est une spécificité que l’on ne peut pas ignorer. » Pour lui la solution est à trouver dans le mélange des compétences avec la médecine libérale : « aujourd’hui les cliniques privées représentent le ¼ de l’activité. Je pense qu’il faut envisager une complémentarité entre public et privé pour garder une offre de soin efficace, tout en évitant les doublons et donc en créant des économies. D’autant que les secteurs privés sont très florissants, à Toulouse et Albi notamment. Mais attention aux écueils, car les cliniques privées sont lucratives, il faudrait qu’elles s’engagent à ne pas faire seulement des actes rentables. À Figeac par exemple on a assisté à la disparition de la chirurgie publique au profit du privé. Attention à ne pas choisir les interventions -et donc les malades- pour être rentables».

Établissements restructurés ou menacés de fermeture

Mazamet (regroupement avec Castres)

Carmaux

Lavaur (urgences, chirurgie)

Lourdes (Maternité fermée, chirurgie à risque)

Lannemezan (maternité)

Bagnère

Moissac (Maternité)

Lavelanet

Céret (maternité)

Prades (maternité)

Gourdon (maternité)

Saint Ceret (maternité, chirurgie)

Castelnaudary

Carcassonne

Millau

Saint Affrique

Saint Giron

 

 

 

 

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