[DOSSIER] Extrême gauche : la lutte s’organise…

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Activisme. Associations, collectifs, syndicats, organismes politiques, Toulouse est un vivier de la lutte politique d’extrême gauche. Alors que la mairie est repassée à droite, que le FN œuvre à son implantation, le combat continue pour la mouvance antisystème… et évolue.

Par Myriam Balavoine et Coralie Bombail

Le barrage de Sivens, le blocus de l’université du Mirail, le sitting devant le conseil général, les luttes pour la sauvegarde de la Case santé, et aujourd’hui d’un planning familial. Les sujets ne manquent pas pour les organisations d’extrême gauche. Le tout, dans un contexte national explosif, où les mesures sécuritaires s’intensifient suite aux attentats de Charlie Hebdo. À Toulouse, le calendrier militant ne s’arrête pas pour autant. Vendredi 30 janvier, un rassemblement contre le racisme, l’islamophobie et l’antisémitisme est organisé square Charles de Gaulle, par les principaux collectifs de lutte que sont l’Union antifasciste de Toulouse (UAT), Coup pour coup 31, la confédération nationale du travail 31, la CLIME (….) et AFA Tolosa. Autant d’entités distinctes qui arrivent à se rassembler autour de certaines causes. « Nous avons le souci de travailler de manière unitaire avec ces collectifs, mais également avec Alternatives Libertaires et NPA, qui sont des organismes politiques », explique Boris, porte-parole de Coup pour Coup 31. Dans ce milieu militant, les liens se tissent, « mais il faut se méfier de l’entre soi », prévient Jean-Marc, adhérent d’Alternative Libertaire Toulouse (organisation politique communiste et anarchiste, créée en 1991).  En effet, s’il ne se passe pas un jour sans qu’une réunion, concert, débat, ciné conférence, rassemblement divers… aient lieu quelque part dans la ville, « on a tendance à y voir toujours les mêmes personnes », remarque-t-il. C’est tout le paradoxe de ces organisations qui veulent porter un message tout en ayant tendance à se replier sur elles-mêmes. Les ‘‘antifas’’ en sont l’exemple type : « Les idées fascistes prolifèrent dans toute la France et ils ne sont pas en mesure de faire front, les militants de l’UAT ont beaucoup de mal à faire émerger une parole antifasciste », estime le militant Alternative Libertaire. « Ce groupe est assez fermé », remarque une autre source du milieu militant. Contacté par téléphone dans le cadre de ce dossier, une des porte-parole antifa a fait croire à une erreur de numéro pour ne pas répondre à nos questions… L’ensemble de ces mouvements ne représente pas un grand nombre de militants à proprement parler, pourtant leur force de frappe peut être considérable sur certains rassemblements. « La mobilisation est très variable, on peut être 50 ou 1500 sur une manifestation », note Jean-Marc. Ce phénomène s’explique par l’émergence d’une nouvelle vague d’activistes, affiliés à aucun mouvement spécifique. Une sorte de ‘‘mouvance invisible’’… Des groupes épars, qui ne demandent qu’à s’organiser « pour redonner un sens politique à ce mouvement social inspiré des indignés », analyse Jean-Marc.

Squat, centre autogéré, ZAD… vers une nouvelle lutte ?

À Toulouse, la CREA (Campagne de Réquisition d’Entraide et d’Autogestion) a donné le LA en matière de nouvelle organisation collective basée sur l’autogestion. Le groupe a pris pour habitude de squatter des immeubles vides. Allées des demoiselles, faubourg Bonnefoy, avenue Jean-Rieux, et aujourd’hui boulevard de la marquette, la CREA change d’adresse à chaque expulsion mais continue à survivre. Ce qui reste sa principale préoccupation. Contrairement à la Chapelle, autre lieu d’autogestion qui vient en soutien d’autres luttes. Occupée depuis 1993, la Chapelle sainte Jeanne d’Arc, située au 36 rue Danielle Casanova, est le plus vieux squat de Toulouse. « Lieu d’expérimentation sociale, politique et culturelle », de mouvance libertaire, elle est gérée de façon autonome par l’association l’Atelier Idéal. Empreinte de l’histoire de Jiri Volf, poète tchèque réfugié à Toulouse et mort sur le site, la Chapelle défend « des pensées autour de l’antinucléaire, de l’aide aux SDF, l’enfermement carcéral mais aussi social (le fait que la société nous contraigne), et l’anarchisme », explique Yann. La Chapelle est également en lutte face à la municipalité, propriétaire du lieu. « Nous négocions pour obtenir un bail emphytéotique, qui donne au locataire les droits et les devoirs du propriétaire sur le long terme. Cela nous permettrait de conserver cette autonomie que nous avons depuis plus de 20 ans », expliquent-ils avant d’insister sur un point fondamental : « Nous luttons pour garder ce lieu, certes, mais nous venons surtout en soutien des différentes luttes d’associations extérieures comme la CREA, le planning familial… La Chapelle est un outil et un espace de possibles ». Ainsi, c’est sur le principe d’autogestion et des pratiques collégiales qu’ils proposent une autre façon d’être ensemble. C’est autour de la culture, en tant que créateur de lien social que s’articule le lieu, accessible à tous sans distinction afin de « susciter un échange et d’interroger le monde tel qu’il ne va pas ». Par la culture, les membres de l’Atelier Idéal ont trouvé un moyen de soutenir des projets. « Toutes disciplines confondues, ce n’est pas le résultat qui compte, mais la façon d’y parvenir » explique Thomas.

« Il faut se méfier de l’entre soi »

Les squats sont par excellence un vivier de militants potentiels, engagés pour un nouveau mode de société. « La plupart ont choisi ce mode de vie même si certains sont vraiment dans la galère », témoigne Camille, qui vient d’ouvrir un squat dans le nord de Toulouse. Militant toulousain depuis près de 20 ans, il est un des fondateurs du collectif ZAD 31 et un des premiers occupants de la zone du Testet. Le collectif toulousain a été créé en octobre 2012 « en soutien à ce qui se passait à Notre Dame Des Landes et se mobilise en fonction de l’actualité ». Avec le barrage de Sivens, l’actualité a vite rattrapé ces militants… A moins que ce ne soit l’inverse. Comment se définit une ZAD (Zone à défendre) ? « On était persuadé qu’il fallait en installer une dans le Sud-Ouest, car il y a un état d’esprit propice à la révolte, c’est un bon terreau, comme en Bretagne », raconte Camille. Pour les zadistes, « tous les projets d’aménagement du territoire sont plus ou moins scandaleux ». Le choix s’opère de manière stratégique, « en fonction de la force de l’adversaire, des moyens logistiques que l’on peut mettre en œuvre et des chances de gagner le combat ». Pourtant Sivens n’était pas une bataille facile sur le papier, « mais on savait que cela pouvait faire du bruit, et que ce serait un bon moyen de lancer le mouvement dans la région. Si finalement, on a remporté c’est à cause d’un évènement imprévu, tragique et on ne veut pas gagner grâce à ça ». La mort de Rémi Fraisse a marqué un tournant et a mis sur le tapis la violence des zadistes. « Cela faisait des mois que nous militions de manière pacifique, mais nous avons dû augmenter nos rangs  lorsque le Conseil général du Tarn nous a envoyé 200 gendarmes sur la zone », argumente l’activiste. Conséquence, il n’y a eu aucun contrôle sur les nouvelles recrues. Aujourd’hui, le mouvement n’a pas abandonné la zone du Testet, « au cas où ». Le 21 février prochain, une manifestation nationale  est prévue à Toulouse. Mais le mouvement ne s’est pas totalement débarrassé des ‘‘casseurs de flics’’ : « Certains veulent récupérer cette  manif pour jouer le match retour du mois de novembre, ce qui risque de nous desservir », regrette Camille qui voudrait recentrer le mouvement sur ses objectifs de départ : «défendre des territoires et expérimenter des nouvelles façons de vivre ensemble ».  Le collectif est en prospection de nouvelles ZAD dans la région et réserve quelques surprises…

 

Bonus web :

A l’université Jean-Jaurès, la conscience collective n’est pas morte !

 

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